• Chroniques

Le vide et l’immobile

Alex Morel

Il n’est pas surprenant que les plus anciennes professions soient reliées directement aux besoins fondamentaux. Accablé par les intempéries et les variations de température, l’humain s’est habitué à trouver un refuge où les notions de confort et de décoration sont apparues, bien après que les métiers de la construction aient commencé à se définir. Mais quelque part entre l’habitat et l’habitant s’est infiltré un acteur essentiel doté des meilleures aptitudes sociales : l’agent immobilier. Son noble mandat était simplement de disposer ses divers investisseurs de manière à ce que chacun puisse se réjouir de la verdure du gazon de son voisin, mais hélas l’aura sombre de certains locaux commerciaux dans le désert banlieusard les rendaient pratiquement impraticables…

En arrivant de l’Est par l’autoroute transcanadienne, vous apercevrez immanquablement à  votre droite un genre de gros cabanon vitré dont l’arrière coïncide avec la célèbre et unique voie ferrée qui coupe la 20. Ayant servi de cantine, dépanneur, station-service, pizzeria, rôtisserie et magasin de suppléments pour ceux qui tiennent absolument à avoir la capacité physique de tirer un train à une main sur de l’asphalte, ce local multidisciplinaire vient avec l’espace suffisant pour 8 voitures, et annonce fièrement l’arrivée imminente d’un comptoir à sushis et toute la ville se croise les doigts pour que ça marche mais ce qu’il manque vraiment dans ce coin là c’est un endroit ouvert 24 heures servant du café…

Le restaurant Pépé a une excellente réputation, mais depuis qu’il s’est exilé quatre  coins de rue plus loin, son ancien emplacement se laisse constamment terrasser par sa propre disposition. Que ce soit des grillades, des moules, de la saucisse ou simplement pour boire un martini, la salle à manger extérieure offre à la clientèle une ambiance agréable de mai à septembre lors des journées ensoleillées, mais quand arrive la bise et que la fourmi s’encabane, elle semble  oublier rapidement que le restaurant interchangeable possède également un intérieur confortable où la grande majorité des items apparaissant sur le menu peuvent aussi être servis et consommés pendant les périodes de l’année auxquelles ne s’appliquent pas l’adjectif « estival »…

La ville possède l’une des meilleures salles de spectacle en province, et en assumant que la plupart de ces prestations acoustiquement impeccables se produisent en début de soirée, il serait probable que cet événement soit précédé par un repas. Planté en face de Juliette se trouve un emplacement parfait doté d’une cour arrière semi-ombragée et d’une spacieuse salle pour souper ou siroter un scotch sans glace avant le show. Pourtant, exit la grenouille vers San Marino ou n’importe quelle autre bannière invisible d’un local vide qui sombre dans l’oubli sans qu’aucune montée de la Yamaska l’ait emportée ou livrée hors des environs de son imposante voisine dont les guichets ferment à force d’avoir des visiteurs…

Oui, parce que les gens aiment ça aller visiter des endroits qui sont un peu différents de chez eux, parce que même si tu décores à ton goût, ça peut devenir  un peu routinier de regarder voir les mêmes murs.  Avoir un peu plus de temps, j’irais demander à mon collègue de raconter l’histoire de singe de la Québécoise qui s’était perdue en se rendant à un casting dans le coin de Ginza; c’est une anecdote qui prouve que non seulement le monde aime sortir pour manger, en plus certains vont dans des locaux pour sociabiliser autour d’une bière, pour ensuite aller estomper un peu de ses effets en bougeant leur corps au rythme d’une trame musicale constante et variée, parfois jusqu’au petites heures du matin. Et ce qu’il y a de plaisant avec la diversité, c’est que ça fait changement…

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