• Chroniques

S’énerver pour un coup de patin

Alex Morel

Tout le monde rêve d’être le roi de la montagne. Lorsque l’humain entre en compétition, son esprit s’agite pour créer une intense dose d’adrénaline, un désir de gagner, de laisser l’adversaire mordre la poussière loin derrière lui et de savourer les fruits de la victoire. Si le vainqueur vit une foule d’émotions fortes, le spectateur qui l’observe du haut des estrades ou dans le confort de son salon canalise toute l’énergie d’un entraînement exhaustif dans son rôle de fanatique pour ensuite s’approprier une partie du mérite. À l’arrivée des Olympiques d’hiver, des millions de Canadiens anticipent la victoire de son équipe masculine de hockey; c’est notre sport, et on va revenir de Russie avec l’or, rien de moins. Voyez, je fais partie de l’équipe moi aussi…

"On est jamais trop jeune pour découvrir l'essence du sport"Si on écoute les amateurs, on comprend vite que le jeu présenté lors de cet évènement international est d’un cran plus élevé que celui auquel la Ligue Nationale nous a habitués. Pour commencer, la surface est plus large, ce qui veut dire que les défenseurs ont pas mal plus d’espace à couvrir pour empêcher  l’adversaire d’atteindre le but. On observe alors une approche plus stratégique basée sur le jeu de passes et la vitesse au milieu d’une saison complète de quatre-vingt deux matchs agrémentés de coups de bâton et de bagarres interminables. La violence est un élément essentiel de tout sport de contact, et un combat bien placé peut faire une différence sur l’issue d’un match, mais pas aux Olympiques, parce que le comité organisateur croit bon de revenir à l’essence du jeu. Pourtant, dans chaque film de hockey, de Slap Shot à Goon, en passant par les Mighty Ducks, la brute est un facteur de réussite inévitable pour chaque équipe qui aspire à la gloire, et les spectateurs en raffolent tellement que Disney en a dû en rajouter un dans la suite. Les cinq minutes de pénalité qui nuisent aux chances de l’équipe de pouvoir s’inscrire au pointage ne sont qu’un détail comparé à la réaction de la foule et l’énergie qui s’en dégage au moment précis où deux colosses jettent les gants pour cette danse malhabile qui oppose l’équilibre et la force de frappe. Dans le sport, comme dans la vie ça prend des moments de défoulement, de préférence au dépends d’un autre individu, plus petit et moins téméraire…

N’allez pas croire que je cracherais sur notre sport national,alors que ma barbe est en mode séries depuis la mi-septembre. Mais décidément, le hockey Olympique est beaucoup trop propre comparé à ce que le spectateur moyen revendique; ça prend du sang. Quand nos Canadiens regagneront leurs équipes respectives pour le dernier quart de saison, il va leur falloir des yeux tout le tour de la tête pour éviter de se faire brutaliser par les jaloux. C’est quand même bizarre que les joueurs de petites ligues ne gagnent pas les millions qu’on paie aux joueurs de la NHL, ou qu’ils ne connaissent pas la gloire et l’honneur de représenter leur pays lors de compétitions internationales. Il faut croire que la valeur du sport suit le prix de la bière…

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