• Chroniques

Survivre après minuit

Alex Morel

Une journée conventionnelle comporte vingt-quatre heures dont l’humain dispose pour répondre à ses quelques besoins essentiels et nombreux caprices de l’égo. La majorité des individus planifient de succomber à la plupart de leurs tentations en fonction des heures de luminosité fournies par le spot agaçant au-fond-du-ciel qui fournit également l’énergie vitale au constate de végétation qui occupe le globe terrestre. Pendant que les sages citoyens observent paisiblement l’envers de leurs paupières, quelques marginaux veillent au bon fonctionnement du cycle respiratoire de la civilisation, même quand les fantômes habitent la Basse-Ville, malgré la prétention qu’il y aurait uniquement la grosse pomme qui ne dort jamais…

Avant les activités nocturnes, les commerçants de la dangereuse technopole barricadent leurs portes et vitrines pour se protéger des fêtards, observant la subtile technique du local déserté qui marche aussi efficacement pour vendre un ou l’autre des trottoirs à marchandise de la cité. Les restaurateurs attendent impatiemment le coup de dix heures pour éteindre tout appareil servant à réchauffer un ensemble calorique de subsistance ou de passage. Chaque individu dont l’existence est menacée par la carence de vitamine D se rend donc utile dans les tâches ingrates qui profitent au désir de critiquer les écarts de surconsommation de l’autre qui réside en chacun : des industries dont les machines ne dorment jamais, des commerces qui regarnissent leurs tablettes en dehors des heures d’ouverture, des camions solitaires qui transforment leur pilote en robot. Ces fonctions publiques qui sont généralement rémunérées proportionnellement au degré d’exclusion sociale qu’elles imposent, offrent leur miséricorde dans les contacts restreints entre les individus; un échange de grognements primitifs faisant partie d’une routine établie par l’inflation graduelle du besoin général de se faire sacrer Patience…

Il existe également un équilibre fragile entre la responsabilité et la désinvolture, certaines créatures ont la tâche encore moins évidente d’assouvir le vice de la gourmandise pour les fêtards. Comme les étudiants de marché qui scrutent le territoire de la technopole se sont contentés de la note de passage, ils ont dû collaborer étroitement avec les forces de l’Ordre dans la création d’une gigantesque trappe à contraventions qui s’étend de la Basse-Ville pour s’étendre aux pieds de Jean Lesage. À dix minutes de route de la plupart des établissements où les marginaux s’imbibent d’alcool se trouve un quadrilatère de subsistance nocturne qui inclut deux services occasionnellement rapides de substances anti-nutritionnelles, accessibles en voiture, entouré par quatre cafetières de l’oncle Tim. Jadis, un Géant nourrissait les derniers ivrognes au coin de la rue Mondor, mais les mécréants sont venus à bout de la patience de ses employés, si bien qu’ils se sont tous exilés pour laisser un besoin inassouvi dans l’estomac de ceux qui fréquentent les alentours de la vieille Cascade…

Même s’il est peu recommandé de comparer son gazon avec l’asphalte du voisin, il n’est pas surprenant que la plupart des fêtards qui commencent leur carrière en ville s’exilent à la première opportunité vers la métropole lorsqu’ils réalisent que les options comme les obstacles s’accordent proportionnellement à la densité de population. La fête ne peut pas durer éternellement, mais le cœur y revient souvent, et pour ceux qui consomment le vice de manière civilisée, la grande ville détient un charme que la banlieue craint d’explorer pour ne pas perturber la tranquillité de Monsieur Neufa Cinq qui tient à effrayer ses enfants en lui racontant des histoires de fantômes qui rôdent dans la Basse-Ville. Il peut ensuite s’endormir sur ses deux oreilles en sachant que la nuit peut porter conseil, même à ceux qui dorment le jour…

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