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« Sont pas dangereux, man »

Paul-Henri Frenière

Tranche de vie. Je marchais tranquillement sur la promenade Gérard-Côté quand, tout à coup, je vis deux gros chiens noirs courir vers moi. À mesure qu'ils se rapprochaient, j'ai pu distinguer leurs faces. Merde, des pitbulls.

Montée soudaine d'adrénaline : courir ou combattre? Dans les deux cas, je suis foutu.

À chaque printemps, à chaque été, les médias nous rapportent des cas d'attaque de chiens dangereux qui ne laissent guère de chance à leurs proies. Et je n'avais pas envie de faire la une des journaux : « Les morceaux d'un chroniqueur retrouvés sur le bord de la Yamaska ».

Heureusement, j'entendis la voix du maître qui rappelait ses molosses. Je le vis arriver avec ses deux laisses à la main. Il souriait. Arrivé à ma hauteur, il me lança : « Sont pas dangereux, man ».

Ok, moi, j'aurais dû deviner que ses deux pitbulls n'étaient en fait que deux gentils toutous. J'ai eu envie de l'engueuler d'aplomb. Mais quelle aurait été la réaction des chiens? Soudainement agressifs voyant que je parlais fort à leur maître, ils m'auraient sauter à la gorge? J'ai ravalé mes jurons et j'ai poursuivi mon chemin.

Atteint de la rage ou autrement dangereux

De retour à la maison, j'ai fait une petite recherche sur internet. Quelle était la réglementation municipale sur les chiens dangereux? Ma première constatation fut qu'à nulle part, le nom « pitbull » n'était mentionné.

Il y  a bien un chapitre sur les chiens dangereux, mais aucune race n'est spécifiée. On peut cependant y lire que les chiens « atteints de la rage ou autrement dangereux » doivent être muselés ou enfermés de manière à ce qu'ils soient incapables de mordre. Ouf, bien content de savoir ça...

Par ailleurs, j'ai été surpris d'apprendre que la présence des chiens – en laisse ou non – était interdite dans plusieurs endroits de la ville : une liste de 37 lieux, en majorité des parcs. Autre surprise, j'ai appris que personne ne peut se promener avec un chien sur la rue des Cascades entre les avenues Robert et Bourdages » et sur les rues avoisinantes.

Qui plus est, l'interdiction s'applique à une place publique lors d'événements spéciaux tel que la vente trottoir ou tout autre événement semblable, là où il y a un attroupement de gens.

Pourtant, je me rappelle très bien avoir vu un pitbull avec deux jolies vendeuses devant un commerce de la rue des Cascades durant la vente trottoir. Je me souviens aussi d'un gars qui faisait le tour du marché avec sa bête muselée. Il n'était pas là pour acheter des légumes, mais bien pour parader avec son trophée. En le voyant, une fillette d'environ 5 ans s'est jetée dans les bras de sa mère en pleurant.

Je me questionne sur la mentalité de ces propriétaires qui exhibent leur animal, reconnu potentiellement dangereux, comme si c'était une arme.

Je reviens à mon gars du début. C'est comme s'il s'était avancé vers moi avec deux revolvers à la ceinture. Il aurait dégainé et m'aurait dit : « Sont pas dangereux, man, sont pas chargés... ». Calvaire!

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