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Spotted Saint-Hyacinthe

Paul-Henri Frenière

Il est rare que les médias nationaux braquent leurs « spots » sur Saint-Hyacinthe. Ce fut pourtant le cas cette semaine avec la mise en fonction de son Centre de valorisation des matières organiques.

« Rouler grâce à ses déchets » a annoncé Radio-Canada. « Saint-Hyacinthe donne une leçon de compostage à Montréal » a titré le Journal Métro. Et le Journal de Montréal y est allé avec sa rigueur habituelle : « Saint-Hyacinthe propulsée par le contenu de ses déchets ».

Ça fait changement. Habituellement, ce sont de mauvaises nouvelles qui attirent l'attention sur notre région. Les animaux à fourrure qui sont maltraités, les agressions sexuelles de deux Frères maristes sur des enfants ou d'autres faits divers scabreux titillent la curiosité de la grosse presse montréalaise.

Je me souviens de cette anecdote qui en dit long sur le regard que porte les médias de la métropole sur notre région. C'était en 1993, Saint-Hyacinthe venait d'obtenir le titre prestigieux de Technopole agroalimentaire. La première ville du Canada à obtenir cette accréditation d'une association américaine réputée. C'est pas rien.

Évidemment, on avait avisé les médias nationaux. Or, le même jour, il arriva un événement qui devait éclipser totalement cette nouvelle. Un petit chevreuil s'était introduit dans le sous-sol d'une résidence du secteur Saint-Joseph.

L'attention s'est alors complètement tournée vers le petit chevreuil égaré: photos, vidéos et entrevues avec les propriétaires et les voisins. La pauvre technopole a eu droit à un entrefilet quelque part en bas de page.

Mais voilà, cette fois-ci, le scénario a été différent. Heureusement. Il faut dire que la nouvelle avait quelque chose de sexy pour les médias : la première ville du Québec à utiliser la biométhanisation; on a importé une technologie européenne de pointe; le gaz naturel produit va alimenter une flotte de véhicules et des édifices municipaux.

Et surtout, surtout, il y avait du « visuel » intéressant pour les kodaks : des tas de détritus dégueulasses qui sont avalés par des belles machines neuves, propres-propres-propres. Tout ça dans des installations imposantes dignes d'un film de science-fiction. Et au bout du processus, du gaz propre-propre-propre dont s'abreuvent de beaux véhicules blancs. Magie!

Les autorités municipales n'étaient pas peu fières que Saint-Hyacinthe soit ainsi spottée sur la map. Comme il arrive souvent en politique, ce sont les élus en poste qui récoltent les fruits de ce qui avait été semé par leurs prédécesseurs, et ce, tant aux niveaux fédéral et provincial que municipal.

Peu importe, ce sont les résultats qui comptent. Et les résultats, on les verra dans quelques années lorsque l'entreprise sera rentable. Si cela s'avère, ce seront peut-être de nouveaux élus qui en bénéficieront. C'est la vie.

Mais pour l'heure, il faut saluer cette belle réussite. Bravo à ceux ou celles qui ont pris l'initiative de ce projet. Bravo aux responsables qui ont tenu leur bout, contre vents et marées, pour qu'il se réalise. Bravo au service des communications de la Ville qui a su convaincre les médias nationaux de sortir de Montréal. Et enfin, bravo aux chevreuils qui sont restés sagement dans le bois.

 

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  • Re: Spotted Saint-Hyacinthe

    Excellent si ce n'est qu'on ne peut, par définition, produire du gaz naturel. Si on parle de biométhanisation, je suppose qu'on produit du méthane qui peut, par ailleurs, avoir la même composition chimique que le gaz naturel.

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