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À quand la prochaine crise?

Alain Dumas

 

Alain Dumas, économiste

gazette.economie@gmail.com

Cette chronique a parue dans La gazette de la Mauricie, édition de juin 2016

www.gazettemauricie.com

Austérité, taux d’intérêt négatifs, des milliers de milliards de $ injectés par les banques centrales, etc. rien n’y fait, l’économie mondiale est à bout de souffle. Nos dirigeants semblent à court de munitions pour rééquilibrer un monde où l’économie virtuelle (des financiers et des paradis fiscaux) est déconnectée de l’économie réelle.

On aura beau nous dire que le chômage est relativement bas, avec un taux officiel de 7,1 %. En réalité, il est beaucoup plus élevé, car ce taux ne tient pas compte des 138 000 travailleurs à temps partiel involontaires, ni des 425 000 sans-emploi qui attendent d’être rappelées, ni des 39 000 chômeurs de longue durée, que Statistique Canada appelle chômeurs découragés, pas plus que des milliers de chômeurs en retrait du marché du travail pour se recycler. En tenant compte de ces formes de chômage déguisé, le taux de chômage réel au Canada se situerait à 11%, et non à 7,1% comme l’indiquent les statistiques officielles.

Alors que l’économie réelle ralentit et que tous les indices boursiers battent des records (voir l’encadré), on est en droit de se demander d’où vient cet argent injecté dans les titres boursiers. Des banques centrales qui prêtent gratuitement aux banques, alors que cet argent n’aboutit pas dans l’économie réelle, mais alimente plutôt la spéculation financière. Même les entreprises, qui disposent de milliers de milliards de $ de liquidités (en raison des baisses d’impôt des dernières années), alimentent cette hausse artificielle des indices boursiers en rachetant leurs propres actions.

Les signes de la crise

Selon William White, ancien chef économiste de la Banque des règlements internationaux (BRI), le système financier mondial montre des signes d’instabilité inquiétants. Selon lui, une crise systémique des banques pourrait éclater lors de la prochaine récession. Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2003 à 2013, va dans le même sens : « Nous ne savons pas d’où elle viendra, mais une nouvelle crise financière est probable » (Le Monde, avril 2016).

L’histoire des krachs boursiers (1929, 1987, 2000 et 2008) montre que les hausses artificielles de la bourse (bulles spéculatives) finissent toujours par éclater quand les gros investisseurs (ou spéculateurs) retirent simultanément et rapidement leurs billes des marchés boursiers.

Le risque d’une crise économique et financière est élevé présentement, puisque les gouvernements et les banques centrales se sont endettés pour relancer désespérément une économie mondiale qui n’en finit plus de ralentir. À cela s’ajoute un monde où la moitié des transactions financières passent par les paradis fiscaux, c’est-à-dire entre les mains de financiers fantômes qui ne sont soumis à aucune réglementation boursière et financière, et dont on ne connaît pas la teneur des montages financiers.

Solution de rechange

Plutôt que de distribuer des milliers de milliards de $ aux banques et aux financiers qui spéculent sur les marchés boursiers et financiers, les banques centrales et les gouvernements devraient injecter cet argent dans des projets réels de développement durable, créateurs d’emplois, lesquels auraient des retombées concrètes sur le bien-être de la population et sur les économies locales.

 

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