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Austérité et impôt

Alain Dumas

Alors  que  le  Québec  vit  l’une  des  plus  fortes  cures  d’austérité  au  monde,  le premier  ministre Couillard répète depuis quelques mois qu’il va «baisser les impôts»1. Baisser les impôts laisse entendre qu’ils sont trop élevés. Le sont-ils vraiment?

Certains médias rapportent de manière périodique que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. On souligne alors que les impôts et les taxes représentent plus du tiers de notre PIB. Ceux qui agitent l’épouvantail des Québécois surtaxés oublient souvent de mentionner deux choses importantes.

Impôt et retour d'impôt

La première chose, c’est que l’État ne fait pas que percevoir des taxes et des impôts, il accorde aussi des déductions et des crédits d’impôt aux contribuables, donc des retours d’impôts.

Si les Québécois paient en moyenne 17 400 $ en impôts et taxes, soit 42 % de leur revenu moyen de 40 600 $, il est faux d’alléguer que notre charge fiscale nette est la plus élevée. Dans une vaste étude sur la fiscalité, l’IREC2 a montré que la charge fiscale des contribuables québécois est en moyenne de seulement 24 %,et non de 42%,quand on soustrait les 7 700 $ de déductions et de crédits d’impôt que les citoyens reçoivent de l’État. 

En utilisant une méthode similaire, des chercheurs de l’IRIS3 ont montré que la majorité des familles québécoises avaient une charge fiscale nette inférieure à celle des contribuables des États-Unis et du Canada.

Impôt et services en retour

La deuxième chose, c’est que nos impôts plus élevés nous donnent non seulement plus de services publics qu’ailleurs en Amérique du Nord, mais qu’en dépit de la charge fiscale plus lourde des Québécois, notre coût de la vie global est inférieur. Deux économistes ont montré que le coût de la vie global, incluant les coûts des services publics et privés (logement, transport) et la charge fiscale totale (impôts, taxes à la consommation et taxes foncières), était plus bas au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord4.

Donc, en plus d’avoir une charge fiscale nette inférieure, nous avons accès à plus de biens et services publics à coûts moindres (frais de scolarité, tarifs d’électricité, frais de garde, etc.). En plus de ces avantages, le Québec obtient une prime importante : des inégalités moins fortes en Amérique du Nord et une première place dans l’Indice du mieux vivre de l’OCDE.

Des baisses d’impôts pour qui?

La réduction des impôts a deux contreparties : soit on réduit ou privatise les services publics, soit on hausse les tarifs et les taxes à la consommation. D’un côté comme de l’autre, le résultat est le même. La charge fiscale des mieux nantis diminue et celle des classes moyennes et populaires augmente. Pour la simple raison que l’impôt progressif progresse à mesure que le revenu augmente, alors que les taxes et tarifs à taux fixes affectent les citoyens de la même manière, peu importe leur niveau de revenu.

Donc, vouloir baisser les impôts n'est qu' une autre facette cachée de l’austérité menée par le gouvernement actuel. 

 

Alain Dumas, économiste

gazette.economie@gmail.com

Cette chronique a parue dans La gazette de la Mauricie, édition de mars 2015

Post-Scriptum: 
1- Le Devoir, 4 décembre 2014. 2- Nicolas Zorn, Portrait des revenus et de la redistribution fiscale au Québec, Institut de recherche en économie contem- poraine, Janvier 2015. 3- IRIS, Les Québécois sont-ils les plus taxés en Amérique du Nord?, Février 2013. 4- Jean-Denis Garon et Dali- bor Stevanovic, Analyse du coût de la vie des ménages. Comparaison entre Montréal et d’autres villes nord-améric- aines, Département des scienc- es économiques, ESG UQAM, Décembre 2014, 34 pages.

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