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Sommes-nous en récession?

Alain Dumas

Alain Dumas, économiste

gazette.economie@gmail.com

Cette chronique a parue dans La gazette de la Mauricie, édition de septembre-octobre 2015

www.gazettemauricie.com

Les dernières statistiques montrent clairement que les économies canadienne et québécoise s’écartent des trajectoires prévues par nos gouvernements. Les récents chiffres pour le Québec ont eu « l’effet d’une douche froide », comme le mentionnait une étude de Desjardins en juillet dernier. Alors que le PIB (production globale) du Québec enregistre des baisses depuis mars dernier, le Canada est d’ores et déjà en récession, car son PIB a baissé au cours des deux premiers trimestres de l’année.

Que nous réserve l’avenir?

La croissance canadienne des dernières années a essentiellement reposé sur les secteurs pétrolier et immobilier. D’une part, si les faibles taux d’intérêt ont attisé un boom immobilier, ceci fait dire à The Economist et à la Deutsche Bank que les prix immobiliers canadiens sont surévalués de 35 % à 60 %, d’où un risque de crise de l’immobilier. D’autre part, si le prix élevé du pétrole a entraîné un boom pétrolier dans l’Ouest canadien, ceci a propulsé le dollar canadien à des sommets qui ont entraîné la chute de nos exportations et la disparition de pans entiers du secteur manufacturier.

Aujourd’hui, le Canada est aux prises avec une crise de son industrie pétrolière qui devrait perdurer quelques années encore. À cela s’ajoutent les centaines de milliers d’emplois manufacturiers disparus et l’endettement record des familles canadiennes (165 % de leur revenu disponible) qui devrait affecter le secteur immobilier.

Une crise plus profonde

Le Canada n’est pas le premier pays à retomber en récession. Récemment, l’économie du Japon se contractait à nouveau. La Chine traverse une crise sans précédent. Le Brésil (9ème économie au monde) s’enfonce dans la récession depuis un an. Enfin, le FMI vient d’abaisser encore une fois ses prévisions de croissance pour les États-Unis et l’économie mondiale.

Depuis la crise ouverte en 2008, la reprise réelle se fait toujours attendre. L’OIT évalue à 61 millions les pertes d’emplois depuis 2008 et prévoit que le chômage continuera de monter pour atteindre le niveau record 219 millions de personnes en 2019.

La crise que nous traversons est plus profonde qu’on le laisse entendre. Elle a comme origine la hausse des inégalités et la baisse des salaires réels, qui ont contribué au surendettement des familles.

Depuis 2008, les banques centrales et les gouvernements ont injecté des milliers de milliards de dollars dans le système. Mais puisque cette masse monétaire a tôt fait d’aboutir pour l’essentiel dans les marchés boursiers, et très peu dans l’économie réelle, la reprise demeure fragile et chaotique. Seule la bourse a connu une véritable envolée en doublant sa valeur depuis 2008.

En plus de ces injections monétaires, les gouvernements du Québec et du Canada, appliquent la même vieille recette qui consiste à baisser les impôts des entreprises et des plus hauts revenus avec la promesse d’une relance de l’investissement privé. Cela ne marche pas, car les investissements des entreprises sont sur une pente négative depuis des mois, comme le confirmait récemment Statistique Canada.

Et pendant ce temps-là, ces mêmes gouvernements imposent une cure d’austérité budgétaire qui appauvrit encore plus les classes moyennes et populaires.

Au final, il ne reste qu’une seule solution : mettre fin à cette vague d’austérité budgétaire toxique.

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