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Finances publiques

Sommes-nous vraiment au bord du précipice?

Alain Dumas

Dans son premier budget 2014-2015, le gouvernement libéral conviait les québécois  à  deux  années  d’austérité  budgétaire. L’austérité,  qui  désigne  des  réductions de dépenses publiques et des mesures fiscales régressives telles des hausses de taxes et de tarifs, serait inévitable compte tenu de la situation «alarmante» des finances publiques, disait-on. Le Québec serait au bord du précipice financier.

Le  gouvernement  agit  rapidement,  très rapidement, et pour y arriver, « 90 % de l’effort » doit être fait du côté des dépenses, dit le ministre des Finances, Carlos Leitao. Pour y arriver, il faudra couper 2 milliards  $  cette  année  et  6 milliards $ l’an  prochain,  en  limitant  la  hausse  des dépenses  à  1,9  %  cette  année  et  à  1,3 %  l’an  prochain.  Une  telle  compression ne  peut  se  faire  dans  la  douceur  étant donné que les moyennes historiques des hausses de dépenses en santé et en éducation sont de 4 % et 3 %.

Déficit et dette publique : où en sommes-nous au juste ?

Si  comme  dans  la  plupart  des  pays,  le Québec affiche un déficit depuis la grande récession de 2009, il n’a toutefois pas à rougir par rapport au reste du monde. En effet, son  déficit  représente  aujourd’hui  seulement  0,9  %  du  PIB  (365,1  milliards $), soit un peu plus de 3 jours de revenu national. Comme le montre le tableau à droite,  la  situation  est  autrement  plus précaire ailleurs dans le monde.

Il  en  va  de  même  du  côté  de  la  dette, qu’on exagère trop souvent pour alarmer l’opinion  publique.  Et  là,  rien  n’empêche les pires abus statistiques. Pour grossir la dette  du  gouvernement,  on  prend  souvent la dette brute en incluant toutes les dettes  des  sociétés  d’État  (Hydro-Québec,  SAQ,  etc.),  des  municipalités  et  des universités. On arrive ainsi à un montant dépassant  250  milliards  $,  soit  70  %  du PIB.  Or,  pour  évaluer  la  situation  financière  d’un  gouvernement,  les  financiers tiennent  toujours  compte  de  ses  actifs afin  de  connaître  sa  dette  nette.  Celle-ci est de 140 milliards $, soit à peine 32,9 % du PIB. Encore une fois, le Québec n’a pas à  rougir,  car  sa  dette  nette  est  deux  fois moins  grande  que  celle  du  Japon  et  inférieure à celle de l’Allemagne, des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France.

Sources : ministère des Finances du Québec, OCDE années 2013-2014.

Le retour à l’équilibre : comment et quand ?

En fait, la question n’est pas d’être d’accord  ou  non  avec  le  retour  à  l’équilibre budgétaire,  mais  plutôt  de  déterminer comment et quand l’atteindre ? L’ancien Gouverneur  de  la  Banque  du  Canada, David Dodge, disait en juin dernier que l’atteinte rapide de l’équilibre budgétaire n’était pas la bonne manière de renforcer  l’économie.  Il  invitait  les  gouvernements  à  profiter  des  bas  taux  d’intérêt pour  investir  dans  les  infrastructures, lesquelles   génèrent   de   la   croissance économique,  qui  procure  des  revenus d’impôt  au  gouvernement.  Comme  le soulignait  récemment  le  Nobel  d’économie Joseph Stiglitz, l’austérité est un échec dans la période actuelle de ralentissement,  car  elle  déprime  davantage l’économie  et  diminue  les  revenus  fiscaux  du  gouvernement,  ce  qui  conduit à  un  cercle  vicieux  déficit-austérité.  Il est  donc  absurde  de  miser  seulement sur  les  baisses  de  dépenses  publiques. On  peut  aussi  augmenter  les  revenus en taxant davantage le capital financier, sans que cela n’affecte la croissance économique.

 

Alain Dumas, économiste

gazette.economie@gmail.com

Cette chronique a parue dans La gazette de la Mauricie de octobre 2014

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  • Re: Sommes-nous vraiment au bord du précipice?

    La dette nous appartient à plus de 80% donc..., de plus, on a des actifs de très grande valeur et des services sociaux enviables et (malgré que je n'aime pas utiliser ce genre d' argument nous avons une bonne cote en plus...) quand elle a bougé les dernières fois c'était pour.... augmenter... alors qu'est-ce qui ne va pas? Les décisions actuelles sont de l'ordre de l'idéologie néolibérale tout simplement. Des gens veulent défaire le bien commun et justifier de tout donner au privé. Certains comme M.Couillard utilisent des arguments étranges tels que: ce service est très généreux....(comme si c'était un motif de cesser les congés parentaux...) Soyons d'avant garde pour un Québec qu'on voudra imiter au niveau des services, de la justice sociale et de l'environnement et non descendre les critères et les services.

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