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Une réforme des retraites s'impose

Alain Dumas

Plus on vieillit, plus la même question vient nous hanter : serai-je plus pauvre à ma retraite? Ça dépend, vous répondrait un conseiller financier. Pour conserver le même niveau de vie à sa retraite, on estime que le revenu de retraite doit remplacer 70 % du salaire. C'est ce qu'on appelle le taux de remplacement, qui correspond au pourcentage du salaire versé par un régime de retraite.

Dans les faits, très peu de personnes pourront maintenir leur niveau de vie à la retraite, à moins de bénéficier d'un régime de retraite à prestation déterminée, où l'employeur et l'employé versent une cotisation pendant 35 ans. Ou bien, faire partie des plus hauts revenus, d'au moins 125 000 $, pour pouvoir cotiser cette année 22 970 $ à un régime enregistré d'épargne - retraite (REER), soit le plafond légal (18 % du salaire).

Les régimes privés de retraite sont-ils vraiment la solution?

Pour la vaste majorité des personnes qui n'ont pas de régime de retraite professionnel, ce sont les régimes publics (Régime de pensions du Canada et Rentes du Québec) qui assureront la plus grosse part de leur revenu à la retraite. Comme les régimes publics couvrent autour de 25 % du salaire moyen, force est de constater qu'ils ne peuvent assurer un niveau de vie adéquat aux retraités. C'est alors qu'on assiste à des pressions très fortes pour inciter les gens à cotiser à un régime privé individuel : le REER.

Le REER offre deux avantages fiscaux: épargner tout en bénéficiant d'une déduction d'impôt et réaliser des gains de placement à l'abri de l'impôt jusqu'à la retraite. En dépit de ces avantages, Statistique Canada nous informe chaque année qu'à peine 25 % des contribuables cotisent à un REER. Pourquoi un si faible taux de cotisation?

Les sondages révèlent que la majorité des gens qui ne cotisent pas à un REER affirment qu'ils n'ont pas l'argent nécessaire pour le faire. En effet, pour la moitié des Québécois qui gagnent moins de 20 000 $ par année, cela est tout à fait impossible. Le REER reste donc un régime individuel pour les mieux nantis, car plus de la moitié des personnes qui y cotisent ont un revenu de 80 000$ ou plus, et la moitié des montants versés dans un REER le sont par les 10 % les plus riches.

Mais pour les personnes qui cotisent à un REER, la somme moyenne détenue par les 55 à 64 ans est de 60 000$, ce qui permet de recevoir une rente supplémentaire d'environ 300$ par mois. Au final, ce n'est pas une panacée, car lorsqu'on additionne ce montant à celui de la pension publique, le taux de remplacement passe de 25 % à 35 %, ce qui est encore loin du 70 %. Il n'est donc pas étonnant de constater, comme le révèle une étude du Conference Board, que le taux de pauvreté des personnes âgées a doublé depuis 1995, le revenu médian des 65 ans et plus dépassant à peine les 20 000 $.

Une retraite convenable pour tous

Alors que le REER privé individuel ne contribue pas à améliorer le sort de la majorité et que le ministère des Finances du Canada évalue à 30 milliards $ les pertes de revenu des gouvernements engendrées par cet abri fiscal, une réforme des retraites s'impose.

Cette réforme devrait avoir une seule préoccupation : offrir une pension stable et prévisible aux futurs retraités. Le Congrès du travail du Canada propose de doubler le taux de remplacement du salaire pour le porter à 50 % au moins. Il propose d'augmenter ce taux au cours d'une période de sept à dix ans, afin d'ajuster graduellement les cotisations des travailleurs et des employeurs au régime de retraite public. Ce n'est pas impossible, car d'autres pays, comme la Suède, ont fait une telle réforme en portant le taux de remplacement à 60 %.

 

Ce texte a paru dans la Gazette de la Mauricie du 6 février 2013

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