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Spécial Vacances

Les autres possibles : Voir d’autres horizons que ceux du tourisme de masse pendant les vacances

Marijo Demers et François-Olivier Chené

L’été et les vacances sont à nos portes et très souvent aussi cette incontournable question : où partir? Quelle expérience de voyage souhaite-t-on vivre? C’est bien connu et trop nombreux sommes-nous à l’avoir déjà vécu; trop de tourisme tue le tourisme! Paradoxalement, plus ce tourisme de masse se développe, plus une certaine quête individuelle et collective du voyage authentique, hors sentiers battus se fait sentir aussi. Ce désir réel d’aller à la véritable rencontre de l’autre peut aussi mener à des travers touristiques au goût amer quand on y regarde de plus près. La géniale idée à la base d’Airbnb s’est transformée en prédation locative et en transformation de vie de quartiers pour les populations locales. Le « volontourisme » ou le tourisme humanitaire amène son lot de critiques derrière des intentions parfois louables; aider l’autre en croquant des égo-portraits de notre bienfaisance paternaliste et passagère… Et que dire des sites touristiques incontournables pour abreuver notre soif d’aventure et d’inconnu : îles Galapagos, Everest, Machu Picchu qui sont littéralement assaillis par des hordes de touristes? Ces sites en viennent en quelques années à être défigurés, pollués, voire contraints de fermer. Et nous-mêmes comme voyageurs? Y-a-t-il des avenues possibles pour découvrir d’autres types de voyages que ceux de masse ou de bonne conscience pré-fabriquée?

Un autre possible touristique au cœur de l’Asie centrale

Au début des années 2000, le Kirghizistan, un pays ayant fait partie de l’ex-URSS et situé en Asie Centrale, fait face à une sévère déroute économique. Une des solutions de sortie de crise mise en place a été celle du tourisme communautaire. Depuis, ce petit pays très méconnu fait figure de pionnier; il a placé ses pions dans le vaste échiquier du tourisme mondial en suscitant une attraction durable et viable vers ce type de tourisme qui ne cesse de grandir et de s’exporter, à plus petite échelle, aux pays voisins comme le Tadjikistan ou l’Ouzbékistan. Il faut souligner tout de suite que le tourisme communautaire, parfois appelé « éco-tourisme » n’est pas synonyme d’entraide humanitaire ou de volontourisme. Il ne s’agit pas de repeindre une école défavorisée ou de prêter main-forte pour creuser un puits au village. Au Kirghizistan, c’est une association nationale touristique communautaire qui se trouve à être prestataire des services touristiques à travers un réseau de 15 bureaux disséminés partout sur le territoire. Cette association communautaire met en relation touristes et population locale. Cependant, il n’y a pas d’intermédiaire, de grossiste, de sous-traitance, d’agences privées; votre chauffeur sera un gars du coin, votre guide à cheval et votre installateur de yourte, un berger de la région qui habitent l’endroit et qui ne sont pas des professionnels de l’industrie touristique. Cette façon de faire permet des séjours à prix abordables pour les voyageurs, le développement du tourisme de manière plus équitable à travers tout le territoire kirghize et surtout la possibilité de rencontres plus authentiques et significatives entre humains! De véritables échanges, qui échappent à la logique marchande de l’industrie touristique, il en existe d’autres formes, partout dans le monde…

« Bienvenue dans ma ville » ou les Global Greeters

En 1992, la New-Yorkaise Lynn Brooks décide qu’elle veut faire connaître son New York à elle au touriste de passage dans une expérience de contact direct. L’initiative du Big Apple Greeters était née. De fil en aiguille, le phénomène s’est étendu à la planète entière et aujourd’hui on parle du Global Greeters Network où des résidents d’Helsinki, d’Amsterdam ou de Rio -  en fait plus de 100 destinations - sont répertoriés dans le site web. Une caractéristique intéressante de ce réseau se trouve dans l’esprit même des Global Greeters : les quelques heures ou la journée passée avec la personne qui vous accueille sont sans frais aucun; il ne s’agit ni de profit, ni de marketing et la personne qui vous fait visiter sa ville le fait que vous soyez seul ou jusqu’à six personnes dans votre groupe. Les greeters n’ont pas non plus l’approche des guides professionnels et conventionnels qui vous signalent qu’à droite se trouve le monument, qu’à gauche l’église gothique et qu’il faut presser le pas car l’autobus nous attend dans trente minutes. Il est plutôt question de gens qui adorent leur ville sous toutes ses facettes et ont envie de partager ses beautés et ses secrets les mieux gardés auprès des autres. Parlant de facettes, on peut aussi raffiner sa recherche pour trouver le greeter qui nous correspond le plus; vous êtes un féru d’architecture ou un adepte de la gastronomie? D’autres sont évidemment comme vous de par le monde et se feront un plaisir de vous montrer une ville sous cet angle particulier. Autre particularité à noter des Global Greeters c’est qu’on peut aller vers l’autre mais aussi laisser l’autre venir nous visiter puisqu’il est possible, à tout moment, de créer un chapitre local au sein du réseau… alors pourquoi pas un « bienvenue dans ma ville » maskoutain!

Les plages surpeuplées de Qingdao, Chine

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