• Chroniques

Les Patriotes : les copains d’abord !

Françoise Pelletier

En fait, je squatte le 19 mai, journée des Patriotes pour vous parler de ce que j’ai appris le 8 mars dernier sur notre histoire québécoise, à savoir que Louis-Joseph Papineau je lui aurais bien fait sa fête mais pas dans le sens nationaliste. (À partir d’ici c’est clair, si vous avez besoin de vous nourrir de douceurs identitaires, vous êtes mieux d’arrêter la lecture.)  

À 17h55, heure qui me rappelle une date qui me rappelle qu'aujourd'hui on est la fête des Patriotes, j'ai envie de dire quelque chose, là.

Non, j'attendrai pas à 18h37 pour le dire. J'ai le goût de le dire là. Ça commence à être le temps. Les patriotes, là, ben ça été de la grosse marde pour le droit des femmes. Sachez-le. Pas qu'ils ‘'étaient dans l'esprit du temps, gnan gnan''. Non. Les droits des femmes se portaient crissement mieux avant que la tête à Papineau s'en mêle, écrive que la seule et véritable place des femmes étaient ''À l'intérieur de la maison'', et que surtout, surtout, il n'enlève le droit de vote aux femmes... Oui oui ! Il a ENLEVÉ le droit de vote aux femmes. Rien de moins. Alors, je veux bien que vous festoyez et que vous soyez contents d'être heureux, qu'on se rappelle qu'on est un peuple, une nation, que c'est beau et noble le processus de se réapproprier soi-même, soit.

Moi aussi je trouve ça beau, le monde qui décide de se prendre en main, de se réapproprier droits et terres, territoires réels et rêvés. Je trouve ça beau, mais j'enjolive pas le passé pour autant, je ne ''vénèrerai'' pas pour autant des morons misogynes qui ont élevé leur souhait de s'appartenir au détriment de la liberté d'être, de faire et de s'exprimer de leurs propres consoeurs citoyennes...

Ça été aussi le lot des femmes noires qui se sont battues pour le droit des noirs dans les années 60-70… Comme elles faisaient partie du groupe qui se battaient pour leurs droits, on aurait pu s’attendre à ce que leurs droits comme femmes avancent, mais non. Plus près de nous, dans le temps et l’espace, le même phénomène s’est produit lors de la grève étudiante en 2012. La et les causes majeures étaient toujours plus importantes et prioritaires que les droits des militantes comme femmes dans les divers processus de paroles et d’actions citoyennes. Combien de commentaires exécrables ai-je entendu à l’effet que le féminisme ‘’ralentissait’’ la lutte… Comme si de militer pour les droits des femmes ralentissait le processus de réappropriation de droits collectifs, alors que le féminisme est et a toujours été un processus de réappropriation de droits par et pour les femmes, les enfants et les hommes. Sacrant.

Les Patriotes n’ont pas agi comme ‘’les hommes de leurs temps’’, ils ont agi comme tous les hommes et les femmes qui souscrivent encore aujourd’hui au fait que les droits des femmes doivent s’inféoder à celui de la lutte pour une autre cause plus grande,  quelle qu’elle soit, faite encore et toujours sous l’égide du patriarcat. Ainsi, pourquoi Louis-Joseph Papineau avec les patriotes ont-ils enlevé le droit de vote aux femmes ? Parce que le droit de vote était échu aux propriétaires fonciers, ce qui avait inclut à l’époque les femmes possédantes par défaut… Or, une grande majorité d’entre elles étant anglaises, on devine que le fait d’enlever le droit de vote aux femmes a été une manœuvre en faveur des revendications des Patriotes. Que ça concoure à enlever le droit de votes à toutes les femmes, ils n’en avaient cure, ils n’y ont probablement même pas pensé tellement ce n’était pas dans leurs préoccupations. Le nationalisme, comme la religion, n’a jamais été fort fort sur le droit des femmes, de toute façon…

C'est ça. Alors, voyez-vous ? C'est pas nouveau que le féminisme, le droit des femmes à être égales aux hommes de fait et de droit est sacrifié sur l'autel d’’'il faut ce qu'il faut parce que la cause, bla bla’’... C'est toujours comme ça. Parce qu'il y a toujours de plus nobles et grands combats, et que les luttes spécifiques pour la moitié du monde ne valent jamais on dirait qu'on s'occupe d'elles... Elles attendent.

Tannée d'attendre. J'attends pu. Priorité au féminisme, sous toutes ses formes. C'est ainsi qu'on réussira à gagner assez de fierté individuelle et collective pour aller quelque part, ou être chez nous.

C'est tout.

Post-Scriptum: 
Les explications sur Louis-Joseph Papineau, les Patriotes et le droit de vote enlevé aux femmes m’ont été données lors de la conférence tirée du répertoire du Musée de la Femme de Longueuil le 8 mars 2014, organisée par les 8 marskoutaines à Saint-Hyacinthe. Le Musée de la Femme de Longueuil, https://sites.google.com/site/museedelafemme2012/

Écrire un commentaire >

  • Re: Les Patriotes : les copains d’abord !

    Entièrement d'accord avec ça. Les femmes ont toujours été mises de côté par les hommes; et quand elles ont fini par s'imposer, ce fut à chaque fois au prix de combats épiques. Combats qui devaient reprendre à chaque changement de chef ou de circonstances. Combats qui durent encore présentement alors qu'ils devraient être terminés depuis belle lurette; en fait, combats qui n'auraient jamais dû commencer.

  • Re: Les Patriotes : les copains d’abord !

    Moi aussi je suis tannée d'attendre, Ça fait au moins 3 000 ans que les femmes doivent attendre leur tour. Moi je pense que le temps des femmes est arrivé et que cette fois, faut pas manquer le train. Qui embarque? Moi ma valise est faite depuis belle lurette" Tassez-vous les mononcles ! . .

  • Re: Les Patriotes : les copains d’abord !

    Je suis estomaqué d'apprendre la vérité les filles Wow !!! Milles merci . Jocelyne.

  • Ajouter un commentaire