• Chroniques

Un Nous Mou

Françoise Pelletier

29 avril 2012 ; Où en sommes-nous ? Qui c’est déjà le nous ? Ah oui, c’est vrai, nous sommes Québécois, et nous sommes un peuple uni. Non ? pas vraiment ? Nous sommes divisés, que dis-je, polarisés par la grève étudiante depuis douze semaines.

J’écoute depuis un certain temps les différents média traiter de la question du partage des opinions dans l’affrontement des associations étudiantes et des Beauchamp-Charest. Ça me donne la curieuse impression que ce qui dérange le plus les gens n’est pas vraiment la question à savoir si les étudiants sont légitimés de gréver ou pas, si la hausse des frais de scolarité est justifiée ou pas selon Charest, mais bien que la population est divisée sur la question. Ça, ça dérange vraiment. Il faut faire une médiation au plus vite parce que le gouvernement et les étudiants ne sont pas capables de s’entendre. Et ça, c’est très grave, on dirait. La grève, c’est grave : ça nous divise, nous ne savons plus qui nous sommes, en sommes. Sommes-nous pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, ou sommes-nous du côté du gouvernement Charest pour la hausse des frais de scolarité et par compassion pour la pauvre Beauchamp qui se prépare un épuisement professionnel ? Nous ne savons plus.

Pas savoir, c’est fatiguant. Pas savoir de quel bord on est encore plus. Mais savoir de quel bord on est et découvrir que l’autre moitié de la population pense exactement le contraire, là c’est épouvantable. Il faut faire quelque chose, des injonctions en cours de justice, peut-être ? Pour ce que ça vaut, je penche plutôt du côté du désir malsain que les choses se poursuivent comme elles se présentent depuis le début de cet heureux printemps, que le gouvernement et les associations se confrontent avec grands heurts d’idées. Des idées de fond, pour faire changement, mais des idées contraires, assurément. Ça me fait du bien de voir que les Québécois se choquent, qu’ils se polarisent et qu’ils s’engueulent. Ça sonne comme une démocratie en santé. Le nous mou consensuel peut aller se faire voir ailleurs, au Québec nous sommes divisés, et c’est bien de même. Même si je crois que la moitié a raison et l’autre tort (on ne se refait jamais complètement), j’applaudis la polarisation des idées et souhaite qu’elle se poursuive, puisqu’elle est mère d’indépendance d’idées. Nous sommes mêlés ? Ben c’est toujours ben mieux que de bêler.

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