• Chroniques

Gaétan et moi

David St-Amand

Tenir une chronique à peu près mensuelle donne beaucoup de temps libre pour penser au sujet de son prochain article; après tout, en un mois, il s’en passe des choses, surtout en politique. Les plus obsessifs – dont je fais assurément partie – finissent par se faire des petites listes. J’ai donc eu dans l’idée de vous parler de la faible place occupée par les femmes dans la plus récente députation et, encore plus, au Conseil des Ministres nouvellement annoncé. Puis de la course à la chefferie au Parti Québécois – un sport péquiste reconnu – où, comme dans toutes les courses à la chefferie, il devient très difficile de naviguer certains lieux sans risquer de se prendre des couteaux dans les tibias. Encore, j’avais pensé vous parler de la crise en Ukraine et de cette drôle de manie qu’ont les présidents russes de visiter leurs voisins et homologues en amenant toute une délégation de chars d’assaut avec eux. J’avais promis à une amie un peu plus militante de parler du budget libéral, avec ses coupures et ses serrements de ceinture – une pratique politicienne connue veut que nous soyons collectivement forcés d’ajuster nos ceintures au moins une fois aux quatre ans. C’est comme les années bissextiles, personne n’y échappe. Puis m’est venue cette idée de vous parler des récentes déclarations du député de Saint-Jérôme qui n’a pas hésité à se porter à la défense de la télévision d’État.

Alors voilà, c’est fait. Nous en avons parlé. En à peu près deux cents mots, ce qui fait de cette chronique le pendant écrit du petit journal en soixante secondes. Pas mal, non? D’ailleurs, tout comme ce papier, je suis moi aussi une cure d’amaigrissement en ce moment. Pas forcée, non, mais pas loin. C’est que je suis gros. Mon médecin préfère parler d’obésité morbide; comme si l’on avait besoin de me rappeler que je pouvais en mourir alors que je consulte un gastro-entérologue dans la section « Hôtel-Dieu » d’un hôpital qui porte aussi le nom d’un disparu. Pour vous dire, dans gastro-entérologue, en se forçant un peu, on peut presque lire le mot « enterré ». Ce qui m’a amené à faire ce rêve étrange, préambule de mon régime, où je me retrouve allongé dans un lit d’hôpital et où je vois mon docteur et des proches indistincts. Celui-ci m’annonce qu’il pourrait, si je suis d’accord, faire une chirurgie. De quoi? Je ne sais pas, je ne l’ai pas laissé terminer. Non, je suis plutôt revenu à cette phobie qui m’habite depuis que j’ai vu cet épisode de Doctor House, vous savez celui où il s’insère lui-même une sonde urinaire? Vous ne savez pas? C’est pas important, tout ce qu’il faut retenir de cet épisode, c’est que j’ai développé depuis ce temps une phobie des cathéters. Le résultat fut le dialogue surréaliste suivant, que j’aurais eu avec mon médecin :
« Moi : Si vous êtes pour m’opérer, je préfère encore des couches pour hommes.
Lui : Il n’y a pas de couches pour hommes à votre taille.
Moi : Quoi, ça n’existe pas, des gros incontinents?
Lui : Pas à votre taille, non.
Moi : C’est ça, les vieux, ça meurt petits et incontinents, les gros, ça meurt d’une crise cardiaque à trente-cinq ans. »

C’est cette dernière phrase qui m’a fait me réveiller.  Je ne dormais probablement qu’à moitié, de toute façon. Je vous ai menti un peu sur la chronologie, du reste. Le rêve est venu après le début du régime.  Le genre de rêve qui bat toutes les conférences de motivation, tous les discours un peu creux sur la « nécessité de », toutes les gentilles remontrances de la part de proches inquiets. Je vous rassure donc, je vais maigrir.

À ce propos, il y a eu une certaine controverse sur la nomination du Dr. Barrette au poste de ministre de la Santé. Je dis qu’il y a eu controverse, mais c’est surtout parce que les gros – avec les fumeurs – forment l’un des deux derniers groupes de gens que l’on peut publiquement attaquer sans risquer de se faire demander des excuses ou de voir des groupes de défense débarquer et vous accuser d’intimidation. Je ne vais pas parler au nom de toutes les personnes faisant de l’embonpoint. Pour être honnête, les blagues sur les gros ne me dérangent pas particulièrement. Que le JdM titre « Gras Dur » en première page pour parler de la prime dudit Dr. Barrette, là encore, je l’ai trouvée correcte. C’est dans la nature des choses que les politiciens soient caricaturés par rapport à leur physique. Par contre, comprenez bien que l’obésité, c’est pas forcément un choix, ni le produit de quelque chose de simple comme une mauvaise alimentation. Comprenez bien aussi que l’obèse morbide est conscient de son propre poids. La société le lui rappelle constamment, partout. Là où j’ai un certain malaise, c’est quand l’on associe le surpoids à l’incompétence.

La controverse, donc, c’est que notre ministre de la Santé est obèse. C’est drôle, ça. D’autres l’ont souligné avant moi, mais ça mérite d’être répété : on ne demande pas au ministre de la Santé de gagner des médailles en sprint ou en course de fond. On lui demande d’être un gestionnaire efficace. La partie de travail qui risque de demander le plus grand effort physique, c’est probablement la marche entre son bureau et sa limousine de service. Je pense que même un gros peut en venir à bout.

Avez-vous pensé ce qui arriverait si on appliquait le même type de logique à tous les ministères? Le ministre des Finances devrait passer un examen où il serait forcé de réaliser des problèmes mathématiques complexes, le ministre de l’Environnement serait obligé de vivre dans une cabane au fond des bois ou d’être un hippie végétalien à poncho, le ministre de la Justice devrait se soumettre à un quiz télévisé où on lui poserait des questions pointues sur des lois obscures et le ministre de la Sécurité publique devrait ressembler à Charles Bronson dans « Death Wish » ou à Stallone dans « Judge Dredd ».

Remarquez qu’un ministre qui, lors de la période de questions, gueulerait « JE SUIS LA LOI »*, ça pourrait avoir un certain charme.

 

* : Réplique culte du personnage titre joué par Stallone dans le film mentionné plus haut.

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