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Livres

Coups de cœur de la saison

Anne-Marie Aubin

Voici quelques parutions de l’année dernière, des lectures pour tous les âges, à offrir ou à s’offrir.  En cette saison hivernale où dame nature nous force parfois à rester à l’intérieur, quoi de mieux que de s’installer confortablement avec une bonne boisson et un bon livre.

Autoportrait de Paris avec chat : écrire et dessiner

Dany Laferrière a surpris tout le monde avec son roman grand format calligraphié et illustré en couleurs! Quel beau pied de nez à la technologie! Revenir à l’essentiel, un stylo, des crayons feutres de couleur, du papier : « Comme beaucoup de gens, je n’écrivais plus à la main depuis longtemps. »

Selon l’inspiration du moment, l’auteur nous entraîne à Montréal, à Petit Goâve mais surtout à Paris, cette « ville où il y a le plus de livres au monde »! Cette capitale où plusieurs écrivains, peintres et artistes sont passés avant lui : « Je marche / de jour comme de nuit / dans Paris / depuis si longtemps déjà / que je me demande / qui habite l’autre / toujours ému de savoir / qu’un poète comme Villon / l’a fait avant moi […] ».

Étrange sensation pour le lecteur que d’ouvrir cette publication rédigée à la main et ornée d’illustrations naïves comme des dessins d’enfant. Laferrière partage son regard sur le monde qui l’entoure, ses réflexions, ses souvenirs et questionnements. Ces pages intimes, parfois aérées, souvent chargées et très colorées se divisent en chapitres : la vie de quartier, les paysages, les visages, le discours et comment faire ce qu’on ne sait pas faire. Pourquoi le chat? « […] j’ai introduit un animal dont j’ignorais tout, de sa morphologie à ses habitudes. Je l’ai fait apparaître sur un coup de tête dans mon livre. Je n’ai jamais eu de chat. »

Rappelons que Dany Laferrière a été élu à l’Académie française le 12 décembre 2013. Pour la deuxième fois, un Noir devenait académicien après Léopold Sédar Senghor, le poète sénégalais.

Une histoire de cancer qui finit bien : pour l’espoir!

Ce roman graphique d’India Desjardins est inspiré de l’histoire d’une de ses fidèles lectrices qui, âgée de 10 ans, a reçu un diagnostic de leucémie et a demandé à son auteur fétiche de lui écrire une histoire qui finit bien.

Le récit débute 5 ans plus tard. La jeune narratrice raconte sa visite chez son médecin : « J’avance tranquillement dans le corridor de l’hôpital. On m’annoncera aujourd’hui combien de temps il me reste à vivre. »  Dans l’attente des résultats, elle se remémore les événements passés.

Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada cet automne, ce récit de vie aborde les difficiles traitements que subissent les victimes du cancer. L’héroïne relate les passages difficiles de la maladie, ses relations avec son amoureux, Victor, sa famille, ses amis : « Le problème quand tu as le cancer, c’est que les gens te lancent un tel regard! Ils te regardent comme si tu allais mourir. »

Le ton intimiste nous donne l’impression de lire le journal intime de l’héroïne qui relate ses relations avec sa famille, ses amis, son amoureux pendant cette maladie. De plus, il est question de ses craintes et de sa soif de vivre.  Lecture émouvante, illustrée brillamment par Marianne Ferrer. Les couleurs du gris au rose, les ombres, les prises de vue, rendent bien les émotions, l’attente, l’angoisse… le passage de la maladie à la vie.  Une histoire qui arrache les larmes, même si elle finit bien!

Bonne nuit, Anne : pour les nostalgiques de la série

Inspirée par la célèbre série Anne, la maison aux pignons verts, Kallie George a imaginé Anne, petite fille, souhaitant bonne nuit à tous ceux qu’elle aime avant d’aller au lit. Ainsi d’une page à l’autre, les différents personnages apparaissent : Matthew qui lui a offert une superbe robe aux manches bouffantes; Diana, son amie de cœur; Gilbert, qui l’a traitée de carotte; la merveilleuse mademoiselle Stacy…

Sans oublier le décor : Anne dit bonne nuit aux arbres, au lac aux eaux miroitantes… « Bonne nuit à toi, maison aux pignons verts. Dès que je t’ai vue, j’ai su que j’étais chez moi. Tu es vraiment le plus bel endroit sur Terre. »

La structure répétitive du récit permet à l’enfant de participer à la lecture. Les illustrations douces et feutrées de Geneviève Godbout témoignent de l’imagination fertile de l’héroïne et conviennent tout à fait à cet album accompagnant l’heure du dodo. Les adultes passionnés de la série Anne prendront plaisir à partager cette lecture avec les plus jeunes. Superbe!

Entre ciel et mer : entre rêve et réalité

Les frères Terry et Eric Fan qui ont créé Le jardinier de la nuit, et illustré Plus noir que la nuit de Chris Hadfield, se surpassent dans cet album au décor maritime.

Un petit garçon, Félix, vit près de la mer et se souvient de son grand-papa qui aurait maintenant 90 ans, il lui parlait « d’un endroit lointain où le ciel et la mer se rencontrent. »  Pour lui rendre hommage, le gamin construit un bateau avec divers objets trouvés au hasard et entreprend un voyage inoubliable.

Dans le ciel, les nuages prennent la forme des objets restés sur le bureau de son grand-père. Cette atmosphère rassurante incite le petit à poursuivre son odyssée au pays du souvenir. On reconnait la figure de l’aïeul sous la forme d’un poisson qui le guidera dans son périple.

Ensemble, ils naviguent jusqu’aux « îles de la Bibliothèque où nichent une centaine d’oiseaux lettrés. »  Des livres entassés rappellent les histoires que lui racontait sans doute son grand-père : « Moby Dick, L’île au trésor, Le vieil homme et la mer et plusieurs classiques.  

Ils explorent ensuite une île recouverte de coquillages géants jusqu’à ce que Félix reconnaisse le lieu si bien décrit dans les histoires de son grand-papa. Voguent autour de lui la baleine de Moby Dick, le ballon de Jules Verne, et même le Titanic… puis son grand-père-poisson file jusqu’à la lune au moment où sa maman l’appelle : « Réveille-toi Félix…Le souper est prêt. »

L’histoire débute et se boucle dans un univers réaliste aux couleurs sépia. Au cœur du récit s’ouvre le voyage féérique de l’enfant, comme un film sur grand écran. Un album qui donne à rêver!

Première neige : pour les premiers lecteurs

Sabrina Gendron raconte et illustre avec brio la promenade hivernale d’une maman raton et ses trois rejetons : « La première neige est tombée. Une famille de ratons traverse le champ sans bruit. »

Maman raton se faufile dans les bois à la recherche de nourriture pour ses petits, suivi de deux petits ratons. Le troisième, un peu curieux, s’attarde à observer les animaux, à dévorer les baies, les noisettes… Égaré, il s’endort dans un arbre jusqu’à ce que sa maman le retrouve grâce à ses pistes sur la neige fraîche.

Les superbes illustrations de la nature hivernale font rêver et nous donnent envie d’une promenade en forêt.  Tout y est : les baies, les dernières feuilles d’un chêne, un écureuil, un pic, des petits rongeurs et d’adorables ratons. Pour les très jeunes lecteurs.

Le géant, la fillette et le dictionnaire : un incontournable!

Un marchand de dictionnaires frappe à la porte d’une immense chaumière où habite un géant. Effrayé, le marchand s’enfuit en criant « Au secours! Un ogre! », laissant derrière lui le dictionnaire. Le géant feuilletant le dictionnaire apprend qu’un ogre se nourrit de petits enfants : « Ça alors! Je n’y avais jamais pensé! » Il part donc à la chasse pour préparer un mijoté de petit enfant à la carotte. Tout ne se sera pas si simple…

Chaque page de ce magnifique album grand format nous transporte ailleurs à une époque révolue. Le décor, l’architecture des maisons et les vêtements des personnages témoignent de la culture du célèbre illustrateur Stéphane Poulin. Ce dernier se surpasse avec des toiles hyperréalistes, offrant des prises de vue étonnantes, tout à fait en lien avec l’univers des contes. Un chef-d’œuvre !

Ce récit se termine par une fin ouverte, c’est pourquoi les enfants me demandent quel est le dénouement lorsque je raconte cet album. Voilà une belle occasion d’imaginer la suite avec eux.

 

India Desjardins. Une histoire de cancer qui finit bien. Illustrations de Marianne Ferrer.  Éditions La Pastèque. 2017, 88 p.

Terry et Eric  Fan. Entre ciel et mer. Texte français d’Hélène Rioux. Éditions Scholastic, 2018, 48 p.

Sabrina Gendron. Première neige. Éditions de la Bagnole, 2018, 36 p.

Kallie George. Bonne nuit, Anne. Texte français de Sabrina Meunier. Illustrations de Geneviève Godbout. Éditions Scholastic. 2018, 40 p.

Dany Laferrière. Autoportrait de Paris avec chat. Éditions Boréal, 2018, 320 p.

Jean Leroy. Le géant, la fillette et le dictionnaire. Illustrations de Stéphane Poulin, Éditions Pastel, 2018, 32 p.

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