• Culture

Deux femmes hors du commun

Anne-Marie Aubin

Voici deux suggestions de lecture pour vos vacances, deux romans historiques inspirés de la vie réelle de deux femmes ayant vécu en France à une autre époque. D’une part, Esther, une jeune fille juive arrive en Nouvelle-France en 1738, et d’autre part, Héloïse, cadette d’une famille de marchands, ayant participé aux affaires familiales au tournant du XXe siècle en France. Toutes deux en quête de liberté, elles cherchent leur place dans un monde masculin à des époques charnières de l’histoire. 

Esther Brandeau : 1ère juive arrivée au pays

Sharon E. McKay, auteure canadienne née à Montréal en 1954, signe un roman captivant qui se dévore avec plaisir. Le roman débute en septembre 1738 alors qu’une  jeune fille juive se trouve à Québec devant l’Intendant Hocquart, cousin de Louis XV. Elle a voyagé illégalement, habillée en garçon, sous une fausse identité. Hocquart, embarrassé par l’arrivée de cette jeune fille juive en pays catholique,  demande à son secrétaire de tout noter son témoignage avant de décider de son sort et c’est ainsi que nous apprenons le passé de cette jeune femme féministe avant l’heure.  

L’aventure d’Esther Brandeau

Née dans le sud de la France près de Bayonne, fille illégitime de David Brandeau, marchand de tissu réputé, Esther est envoyée à bord d’un navire hollandais en direction d’Amsterdam chez son frère en attendant le mariage arrangé. Ce projet ne plait pas à cette jeune fille de 14 ans en quête d’aventure et de liberté : «Elle ne voulait pas se marier. Pas même à un prince. […] Mariage. Bébés. Voilà ce qui l’attendait. Elle ne serait jamais libre. Jamais, jamais. »

Heureusement pour elle, son destin va changer. Une fois en mer, une tempête survient, la foudre s’abat sur le navire en flammes, l’équipage se sauve et les passagers sont abandonnés à leur sort. À l’aube, Esther s’éveille aux côtés de Philippe, un marin qui lui a sauvé la vie. 

Déposée à Biarritz chez Catherine Churiau où travaille la tante de Philippe, Esther  se distingue et Catherine Churiau met tout en œuvre pour en faire une courtisane. Dégoûtée par ce projet, Esther déguisée en garçon à nouveau fuit et travaille comme elle le peut  sur un bateau, dans une boulangerie, un couvent… Elle erre ainsi pendant deux ans sur un chemin semé d’embûches, refusant le destin offert aux femmes de cette époque. 

Une époque bien esquissée

L’auteure a effectué  ses recherches aux Archives Nationales de France et aux Archives de la ville de Québec. Elle raconte de façon non linéaire les péripéties de son héroïne assoiffée de liberté et d’aventure. Nous découvrons avec révolte la vie quotidienne des Juifs, des classes sociales de l’époque : les pauvres et les très riches. Un roman passionnant. 

Héloïse

Solange Casiez, née à Lille, en France, et installée au Québec depuis plusieurs années, s’inspire de la vie de sa grand-tante pour créer son premier roman: Héloïse, 1900-1935. L’histoire débute à Tourcoing, en 1900, alors que la France connaît une évolution industrielle et technologique qui permet à la famille Coulmiers de reprendre l’entreprise de leur père récemment décédé. 

La guerre et la crise économique

La jeune génération, plus audacieuse, prend davantage de risques sans soupçonner la guerre de 1914 et la crise économique  de 1929 qui veillent. Les hommes de la famille étant mobilisés pendant la guerre, les femmes doivent tout prendre en main, quitter  la ville avec les enfants : «La nuit est fraîche. Héloïse, sa mère, sa sœur, ses belles-sœurs et les enfants sont assis dans le hall de la gare de Chartres en attente du premier  train en partance vers Nantes

Les femmes, les arts et les affaires

Suite à la guerre, Héloïse, la cadette d’une famille de garçons, prend sa place dans la compagnie familiale. Avec Marthe sa belle-sœur, elle prend le bateau pour New-York : «L’Amérique! Le pays de tous les possibles, là où tous les Européens rêvent d’aller pour trouver une prospérité que l’on dit immédiate.» Héloïse fait même un petit saut au Québec pour des raisons personnelles toutefois. Au travers du roman se glissent les textes  poétiques d’Héloïse qui excelle aussi en musique et en marketing. Cette jeune femme cherche l’amour et rêve de se lancer en affaires. Les années d’après-guerre lui permettront de réaliser son rêve.  

Un premier roman qui promet, malgré la quantité de descriptions, de détails historiques  qui peuvent parfois alourdir la lecture. À la dernière page, le lecteur reste un peu sur sa faim. Sans annoncer une suite, l’auteure a sans doute l’idée d’aborder la carrière d’Héloïse dans un prochain ouvrage. À suivre.  

*********************

Sharon E. McKay. Esther. Traduit de l’anglais par Diane Ménard. Paris,  École des Loisirs, 2016, 377 p. 

Solange Casiez.  Héloïse, 1900-1935. Rosemère, Éditions Pierre Tisseyre, 2017, 232 p.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire

Actualiser Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. Tapez les caractères que vous voyez dans l'image; si vous ne pouvez pas les lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Pas sensible à la casse.  Passer à la vérification audio.