• Culture

Flamboyante poésie : Hellman chante Giguère

Édith Martin

Poèmes choisis signés Roland Giguère, interprétés tout en douceur et en nuance, par le chanteur et musicien Thomas Hellman. Habité par les mots et l’univers de Giguère, Hellman donne à cette poésie une couleur, un rythme et un ton empreints de respect. La voix et la musique se fondent dans les mots du poète, en un mariage parfaitement dosé. Là où la musique rejoint les mots, la poésie flamboie. Du côté de l’interprétation, "Les démunis" rappelle Alexandre Béliard, alors que "Le grand jour" dénote une inspiration  rappelant Tom Waits, inspiration qui n’est pas pour déplaire.

Le poète Roland Giguère (1929-2003). Photo : Télé-Québec.Cette rencontre entre les deux créateurs est une réussite, à la fois flamboyante et intime, une manière originale de revisiter ou de (re)découvrir l’œuvre d’un grand artiste québécois, mieux connu comme poète (L’Âge de la parole, Forêt Vierge Folle, Temps et Lieux) que pour ses peintures et ses gravures. D’ailleurs, ce recueil nous dévoile une partie de l’œuvre picturale de Giguère, tout en donnant un second souffle à la parole du disparu. Dans ces poèmes se dévoile une indicible souffrance, une crainte de s’éteindre, oublié « et pour ne pas mourir seul, j’avance», avec, en trame de fond, une hyper-conscience du temps qui passe ("Pour tant de jours" / "Les heures lentes").

Méconnue par certains, la parole de Giguère est signataire d’une lucidité foudroyante. Le poète peint de véritables tableaux à même la matière des mots, dont le feu porte au jour la part d’ombre présente dans l’être et dans le monde. Tantôt visionnaire, tantôt pessimiste, mais toujours lucide, le poète pose un regard qui ne ment pas, tant sur la société que sur l’être et le monde dans lequel il évolue. En effet, il tente de trouver une façon de vivre convenablement, une posture du je en ce monde, recherche dont témoigne l’émouvant poème Comment dire « Comment dire qu’on s’écroule / comment partir au pied de la lettre / sans maculer la marge. Comment lire votre page si mes yeux sont fermés. Comment vivre ainsi?»

À travers un choix de seulement treize poèmes, Hellman réussi pourtant à nous transmettre la profonde nécessité, la justesse du ton ainsi que la fragilité de la parole du grand Roland Giguère. Il ne me reste qu’à souhaiter une rencontre mémorable, avec Hellman comme avec Giguère, à tous ceux qui oseront l’expérience.


 

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire