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Fragments du quotidien vus par les yeux du poète

Anne-Marie Aubin

Jacques Boulerice est né et a vécu une bonne partie de sa vie à Saint-Jean-sur-Richelieu. Montréalais depuis quelques années, il demeure toutefois très attaché à sa région natale. Depuis 2013, il rédige des chroniques hebdomadaires au journal local : Le Canada Français. Sous le titre évocateur Dans ma voiturette d’enfant, l’auteur a réuni et revisité certaines de ses chroniques auxquelles il a ajouté des textes inédits. Résultat : un véritable bouquet de poésie !

Chroniques des jours heureux

Le poète, Jacques BoulericeCe sous-titre apparaît dès la première page. D’entrée de jeu, le lecteur est avisé. Les textes poétiques, divisés en neuf chapitres, abordent les thèmes chers au poète : les mots, la famille, le temps, la maladie, la nature, puis la société moderne, ses technologies et les humains qui y vivent. Le chroniqueur mord parfois dans l’actualité politique, mais, surtout, Jacques Boulerice capture le bonheur au vol, saisissant ces petits riens du quotidien qui font sourire et nous consolent des grands malheurs : le signet dessiné par sa petite-fille, le sorbier de son père : « Au soir de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, à Paris, je n’en peux plus des haineux qui jettent leurs fruits pourris dans l’autre plateau. Je pense à mon père, à son amour et à un sorbier. »

L’œil du poète

Quand l’auteur nous invite à bord de sa voiturette, nous voyageons au pays de l’enfance, la sienne. Tel un guide, il nomme les arbres, les oiseaux, les gens du quartier. Nous marchons dans ses pas sur les rues Laurier, Champlain, Frontenac et sur la bande du canal longeant la rivière Richelieu.

Jacques Boulerice devient tour à tour le fils de parents aimants et travailleurs, le professeur de littérature, l’amoureux, le père et le grand-père qui observe et s’interroge. Les textes offrent à voir des tableaux anciens et modernes dans un silence parfois brisé par le miaulement d’un chat ou le chant d’un oiseau.

Le temps

Le poète endosse les années et nous réconforte en énumérant les signes de la vieillesse avec humour. Soucieux du précieux temps qui passe, il écoute avec beaucoup de tendresse les paroles de ses parents et de sa tante Alice, centenaire. Il se désole de la maladie d’Alzheimer de sa voisine, de la déshumanisation de notre société et de la solitude des aînés dans les résidences.

Jamais nostalgique ou moralisateur, l’auteur, très lucide, nous fait sourire, décrivant notre modernité, les amis Facebook et, surtout, les pauvres victimes des téléphones cellulaires ! Avec bonheur, il partage les paroles des enfants qui ont toute la vie devant eux : « Tu penses qu’elle veut mourir parce qu’elle va aller retrouver des gens qu’elle aime, qui ne sont plus en vie ? Ou, tu penses qu’elle veut mourir parce qu’elle a tout vu ce qu’elle voulait voir et qu’elle a tout fait ce qu’elle voulait faire ? [...] Sevan ne dit rien et regarde la neige tomber pendant plusieurs minutes. Il pense à la mort du haut de ses six ans. »

Les humains

Parmi les billets les plus touchants se trouvent les humains, les délaissés, les originaux dont Gertrude, une étudiante différente « qui écrit elle aussi de la poésie ». Dès ses débuts en enseignement au collégial, le professeur-poète honore ces gens qui n’ont pas eu la chance d’entrer en classe, mais qui ont l’expérience, le métier et le savoir-faire : « Par la fenêtre, j’entrevois sous le préau de la mémoire tous ceux et celles qui m’ont appris ce qui manque aux livres. Pendant près de trente ans, je ne donnerai pas un seul cours sans leur faire une place dans mes notes, sans les amener avec moi en quelque sorte. »

Prenez place à bord de la voiturette, ça vaut le déplacement !

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Jacques Boulerice. Dans ma voiturette d’enfant : carnet. Montréal, Fides, 2017, 280 p.

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