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Je ne sais plus pourquoi je veille

Poèmes choisis (1970-2002) de Jacques Boulerice
Anne-Marie Aubin

Cet hiver, les éditions Le Lézard amoureux publiaient un très beau livre dans la collection "Auriculaire" : un choix de poèmes de Jacques Boulerice. Au printemps, l’auteur a gentiment accepté de rencontrer le journal Mobiles pour discuter de cette expérience et de ses divers projets.

Un professeur, poète et conteur

Même si son nom ne dit pas grand-chose aux Maskoutains, Jacques Boulerice est, en revanche, bien connu dans la région d'où il est originaire, soit Saint-Jean-sur-Richelieu. C'est là que le poète est né, qu'il a fait ses études classiques et qu'il a enseigné la littérature pendant toute sa carrière de professeur. Des centaines d’étudiants du cégep Saint-Jean-sur-Richelieu m’ont raconté les expériences inoubliables qu'ils ont vécues avec lui dans le cadre de ses cours de poésie, de conte et chanson traditionnels, de création littéraire… Certains devaient même s'inscrire sur une liste d’attente pour pouvoir suivre son cours de poésie. Bref, Jacques Boulerice fait partie des personnages légendaires de ce collège. En 1997, au moment de sa retraite de l’enseignement, il disait : « L’enseignement a été un réel plaisir […] au fond, je n’ai fait que parler de gens que j’aime à des gens que j’aime. »

Il faut dire qu’il a connu la période mythique de la création des cégeps : dans ce laboratoire que constituaient ces nouveaux établissements d'enseignement, on expérimentait de nouvelles façons d'enseigner et de nouveaux contenus à travers lesquels les mots "création" et "liberté" prenaient toute la place. De plus, sa personnalité, son humilité, sa passion pour les mots, son authenticité ont beaucoup contribué à donner à Jacques Boulerice cet aura de professeur légendaire. Lorsque je l’interroge sur la situation actuelle de l’enseignement de la littérature au collégial, il se désole :

« C’est dramatique, il n’y a plus de place pour la création et pour la littérature. On veut avant tout que les jeunes entrent dans le moule et certains n’y arrivent pas. L'hémisphère droit du cerveau, qui correspond à la main gauche, est celui de la création, celui qui permet de survivre au désespoir. Ce vide est en lien avec la désespérance chez les jeunes qui sont débranchés de tout. Il leur manque les émotions, la ferveur, l’intérêt… ils font un travail en fonction d’un examen et ensuite ils oublient ».

Une poésie qui dépasse les frontières

Loin des poètes sombres ou inaccessibles, Boulerice loge plutôt du côté du cœur et des humains. Aussi son lectorat est-il très fidèle à son œuvre. Dans ses premiers écrits, on sent l’influence des auteurs qu’il admire, comme Félix Leclerc :

« Ni feuillée ni racine
Et tour à tour la vie. »

(Élie Élie pourquoi?)

 

Depuis toujours, le poète rend hommage aux lieux et aux gens qui l’entourent :

« Le temps est clair à L’Acadie, et au loin sur le ciel en organdi gratte le toit de la Place Ville Marie.»


(Le cœur à ça)

 

Lauréat du prix Québec Paris pour son recueil Apparence,  ses vers dépassent les frontières du Québec :

«Sur le terre-plein de la rue Laurier au coin de Saint-Paul, ceux qui s’en vont ont laissé une statue du Sacré-Cœur qui ouvre grand les bras sur l’entrée des marchandises d’un magasin Provibec.»

(Apparence)


Poèmes retrouvés

L’idée du recueil est venue de Jean-François Dowd, poète et professeur de littérature au collégial, qui a fait remarquer à Vincent Lambert, des éditions du Lézard amoureux, que plusieurs des premiers recueils de Boulerice étaient introuvables. Deplus, Jean-François Dowd signe une postface très intéressante intitulée "La région du cœur : la poésie de Jacques Boulerice". 

Contacté par les éditions le Lézard amoureux, Boulerice a relu son œuvre : « J’ai fait un premier choix, les éditeurs ont fait ensuite fait un tri. Cette relecture m’a permis de constater qu’au départ j’étais un observateur de l’extérieur avant d’être dans l’intime, le personnel. »

Par ailleurs, on note certaines thématiques récurrentes dans l’œuvre du poète : le temps, l’amour des mots, l’enfance, le jeu… Puis l’auteur est passé des vers à la prose sans délaisser la poésie. «Ce qu’il y a d’écrit se lit en filigrane dans la transparence.  Pourquoi ce titre ? Je ne sais plus pourquoi je veille : pour rester attentif, veiller sur l’autre. »


Des projets

Jacques Boulerice demeure très actif sur le plan littéraire. Depuis un peu plus d'un an, il signe une chronique hebdomadaire au journal Le Canada-français, hebdo de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Aux éditions Les heures bleues paraîtra en 2015 un livre sur les bancs publics réunissant 52 photographies de Madeleine Ghys et 52 récits.  Un beau livre dont on surveillera la parution.

À la librairie Paulines (2653, rue Masson, Montréal), lundi le 2 juin à 17 heures, dans le cadre du 15e festival de la Poésie de Montréal, Jacques Boulerice fera une lecture publique de textes tirés de son recueil Je ne sais plus pourquoi je veille. Cet événement d’ouverture met la poésie à l’honneur dans 15 librairies de Montréal.


Jacques Boulerice, Je ne sais plus pourquoi je veille, Éditions du Lézard amoureux, 2014, collection "Auriculaire",141 p. 

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