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Karoline Georges conjugue virtuel et réalité dans son roman De Synthèse

Anne-Marie Aubin

Karoline Georges conjugue virtuel et réalité dans son roman De Synthèse

Dans son dernier roman, intitulé De Synthèse, Karoline Georges aborde les thèmes qui lui sont chers : le corps, le confinement, l’image, le futur un peu sombre… mais elle fait cette fois-ci avec une part de réalisme qui tranche nettement avec ses œuvres antérieures. L’auteure se livre dans un roman très intimiste aux passages parfois bouleversants.

Artiste multidisciplinaire

Vous connaissez peut-être Karoline Georges pour son travail en arts visuels, car elle a participé à Orange et a exposé à Expression, mais l’artiste est aussi écrivaine: « J’écris depuis qu’on a daigné me l’apprendre! J’ai commencé à tenir un journal intime à 8 ans. J’ai toutefois eu la piqûre de l’écriture pendant mes études en histoire de l’art à l’université. Je devais écrire des analyses formelles à propos des œuvres d’art que j’étudiais et ça se transformait en texte lyrique et même en fiction. »

Saint-Hyacinthe la nuit

Karoline vit à Saint-Hyacinthe depuis 1995 et cette ville l’inspire: « Saint-Hyacinthe est une ville magnifique. Et même féérique la nuit venue, avec son éclairage rosé sur la rue Girouard, là où les prestigieuses demeures ancestrales donnent l’impression de se promener dans l’univers de Mary Poppins… Karoline vit à Saint-Hyacinthe depuis 1995 et cette ville l’inspire: « Saint-Hyacinthe est une ville magnifique. Et même féérique la nuit venue, avec son éclairage rosé sur la rue Girouard, là où les prestigieuses demeures ancestrales donnent l’impression de se promener dans l’univers de Mary Poppins Saint-Hyacinthe m’apparaît comme une vraie ville, à échelle humaine, où il fait bon vivre. Et c’est pourquoi j’ai décidé de m’y établir! »  Contrairement à l’auteure, la narratrice raconte son enfance coincée dans une banlieue peu inspirante : « Je suis née sur un territoire qui compte dix petites collines […] On y cultive le maïs et le soya […] Des îlots de conifères viennent ponctuer le paysage d’autoroutes, d’usines, de centres commerciaux... »

La dépendance aux écrans

L’auteure propose une réflexion sur le rôle et l’impact de l’image.  Comme bien des gens, la narratrice s’évade grâce à l’écran de télévision, la lecture et la musique : « Très tôt, j’ai compris que la vraie vie se jouait là, à l’écran. Ou entre les pages d’un livre. »  Devenue mannequin par hasard, elle se transforme en image et découvre les grandes icônes féminines de l’histoire de l’art, se passionne pour la photographie en autodidacte. Son avatar, Anouk, lui permet de s’isoler du monde réel jusqu’au jour où son père réclame sa présence auprès de sa mère hospitalisée d’urgence : « L’autonomat me dépose à l’entrée de l’hôpital. »

Le corps malade

La narratrice, qui excelle à créer des avatars aux formes parfaites, se trouve bien démunie lorsque confrontée au réel. Impuissante comme nous tous devant la maladie incurable, il lui faut une dose de courage pour faire face à sa mère souffrante, dont elle peine à reconnaître le corps. Inspirée de son vécu, elle aborde la maladie puis le deuil de façon très émouvante : « J’ai commencé à écrire De synthèse alors que ma mère venait d’être hospitalisée. Elle était très gravement malade et sa souffrance a été une expérience extrêmement éprouvante. À ce moment-là, je travaillais la question du corps virtuel avec mes travaux de modélisation 3D et je voyais le clivage entre ce corps de synthèse créé à l’écran, qui peut prendre la forme voulue en quelques clics de souris, et le mystère du corps de ma mère, qui se défaisait sous nos yeux et qu’aucun médicament ne pouvait vraiment soulager… C’était la première fois que je vivais un deuil, que je prenais réellement conscience de la mort, alors oui, c’est une préoccupation nouvelle. »

La naissance de cet être numérique de même que la mort de la mère sont deux thèmes qui s’opposent et se retrouvent, comme le réel et le virtuel. Prendre soin de ce corps vulnérable, assister à son agonie, sans écran, ensemble, comme au premier jour de sa naissance.

En terminant, Karoline vient de recevoir une bonne nouvelle : son roman Sous béton paraîtra dans la collection Folio SF aux éditions Gallimard en 2018. Il y a de quoi être fiers d’elle! Bravo Karoline!

Karoline Georges. De Synthèse. Éditions Alto, 2016, 219p.

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