• Culture

La double vie littéraire de Louis Fréchette

Anne-Marie Aubin

Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à une résurgence du conte : plusieurs soirées et festivals sont nés de cet engouement pour l’oralité. Plusieurs conteurs en quête de répertoire ont d’abord puisé dans le répertoire traditionnel dont fait partie Louis Fréchette. Je vous présente aujourd’hui un court texte de Jean-Claude Germain,  comédien, historien et auteur bien connu, dans lequel il raconte la double vie littéraire de Fréchette.

Louis Fréchette  1839-1908

Déjà, Jean-Claude Germain avait signé la préface des contes de Louis Fréchette publiés aux éditions du jour en 1972. Dans son dernier livre, il nous raconte cette fois, avec la verve qu’on lui connaît, la vie littéraire de quelques auteurs XIXe siècle au Québec, laquelle ne durait « que ce que dure la vie des mouches à feu » selon Germain. Après cette mise en contexte, il résume bien les divers aspects de la carrière de Fréchette en petits chapitres thématiques (plutôt que chronologiques) tout à fait captivants.

Les héros de Louis Fréchette : Papineau et Hugo

Fréchette, premier Canadien français reçu à l’Académie française,  a bel et bien croisé Victor Hugo à Paris, mais quelle ne fut pas sa déception lorsqu’une fois à sa résidence, Place des Vosges,  Hugo le prend pour un quêteux.

Né en 1839,  le petit Louis grandit dans les années de Louis-Joseph Papineau : « Quand je suis né, raconte Fréchette dans ses Mémoires intimes, Papineau était en exil. On n’a pas idée aujourd’hui combien le prestige exercé par ce nom était immense à l’époque où remontent mes premières impressions de la vie. » Papineau, symbole de révolte et excellent orateur… Fréchette ira l’entendre avec son père et ira même le rencontrer un jour à Montebello.


Lévis et les conteurs

Le jeune Fréchette a eu le bonheur d’entendre les conteurs qui se réunissaient tout près de chez lui, à Lévis, autour d’un four à chaux : « Le vieux conteur savait ensorceler son auditoire, surtout la jeunesse qui goûtait d’avance ces excursions joyeuses dans le pays des chimères. La plus grande punition qu’on pût nous infliger, c’était de nous en priver.» C’est en ces lieux que le jeune Fréchette entend ce conteur qui le marquera profondément : Jos Violon

Cette mise en contexte enrichie de citations nous permet de revisiter Fréchette en tant qu’admirateur de  Victor Hugo, de Louis-Joseph Papineau et de Jos Violon.  Germain raconte ses rencontres avec divers écrivains, journalistes et célébrités dont Sarah Bernardt et Mark Twain, témoignant de la dualité chez Fréchette entre le nord-américain et le passionné de littérature française. Fréchette le poète écrit en québécois lorsqu’il donne la parole à ces merveilleux détraqués et originaux de son coin de pays et il aurait, selon Germain, introduit le joual bien avant l’heure dans la littérature.  L’authenticité de ces personnages est telle qu’on les raconte encore aujourd’hui. Voilà ce qui constitue le meilleur de l’œuvre de Fréchette selon plusieurs.


Une brève histoire du conte à oublier

Dans une seconde partie Germain signe une brève histoire du conte au Québec, laquelle il aurait mieux valu laisser de côté pour cette édition. En effet, on se demande ce que cette seconde partie ajoute au texte sur Fréchette. Les deux premiers chapitres traitent de l’histoire de la parole au Québec et auraient eu intérêt à être développés. Mais les chapitres suivants comportent de graves oublis, confondant la scène, le théâtre, l’humour, le monologue, la chanson traditionnelle avec l’oralité propre aux conteurs traditionnels québécois. Le chapitre sur la renaissance des veillées de contes se limite à quelques citations d’auteurs publiés aux éditions Planète Rebelle ayant participé aux dimanches du conte dans les dernières années. L’histoire de l’oralité au Québec a beau être « brève », on ne peut pas la résumer en une trentaine de pages. Bref, le conte québécois aurait mérité mieux et l’éditeur aurait dû s’en tenir à la vie littéraire de Louis Fréchette. 

Jean-Claude Germain. La double vie littéraire de Louis Fréchette suivi de Une brève histoire du conte au Québec. Hurtubise, 154 pages.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire

Actualiser Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. Tapez les caractères que vous voyez dans l'image; si vous ne pouvez pas les lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Pas sensible à la casse.  Passer à la vérification audio.