• Culture

La maison Dessaulles, il est encore temps !

Anne-Marie Aubin

Au moment où nous apprenons la démolition de la maison Dessaulles, je fais appel à vous citoyens, gens d’affaires, journalistes, politiciens.

Je ne fais pas de politique, je ne suis pas une personnalité influente de la ville, je ne fais pas de commerce, je ne suis même pas née ici, mais lorsqu’il s’agit de la maison Dessaulles, je me sens concernée.

Un peu d’histoire

En 1985, pour souligner les 125 ans de la naissance de notre Fadette (Henriette Dessaulles, la fille de Georges-Casimir), j’organise une petite exposition pour faire connaître cette femme de lettres dont le journal intime constitue le premier texte littéraire féminin québécois. Grâce à une petite subvention, et avec l’aide des descendants de la famille Dessaulles et le soutien de la Société d’histoire de Saint-Hyacinthe, l’exposition se tient au Centre Expression. Je publie un catalogue d’exposition exhaustif avec la collaboration de Jean-Noël Dion, archiviste et historien. La traductrice du journal intime, Liedewy Hawke, vient de Toronto avec son éditeur pour voir cette exposition et nous participons à une émission de télévision tournée sur les lieux. De nombreux visiteurs d’ici et d’ailleurs passent à Expression.

Depuis, l’exposition circule à plusieurs endroits, j’ai donné des dizaines de conférences sur le sujet, publié de nombreux articles, participé à l’émission De remarquables oubliés à Radio-Canada avec Serge Bouchard... J’ai aussi monté une pièce de théâtre, différents spectacles.... Bref, j’ai tout fait pour faire connaître cette auteure et cette famille célèbre de Saint-Hyacinthe.

En 1998, Saint-Hyacinthe célèbre son 250e anniversaire et je crée bien humblement le gîte littéraire la petite fadette en hommage à notre première écrivaine. J’y reçois des touristes américains, européens qui visitent la ville et le circuit Henriette Dessaulles. Bien sûr on s’arrête devant la maison, on imagine la vie à l’époque.

L’année 2010 étant le 150e anniversaire de la naissance d’ Henriette Dessaulles, je songe à sortir cette expo des archives. Mon projet va de l’avant jusqu’à ce que j’apprenne la triste nouvelle de l’incendie. Je ne peux pas écrire à ce moment, j’ai trop de peine… jusqu’à ce que j’apprenne la démolition imminente de la maison d’Henriette !

JPEG - 2.6 Mo
 
Georges Casimir Dessaulles dans son bureau en mars 1912.

Nous citoyens

Que les propriétaires ne veulent pas restaurer cette maison ancienne, c’est leur décision. Mais NOUS, citoyens, avons encore les moyens d’agir à l’instar d’autres municipalités. À l’Île-du-Prince-Édouard, la maison de Lucy Maud Montgomery, auteure du célèbre roman Anne of Green Gables, a été incendiée et reconstruite de façon identique à l’ancienne. Présentement, un comité travaille à la restauration de la maison natale de l’écrivain Louis Fréchette à Lévis.

Mais le cas de la maison Dessaulles me fait surtout penser à la maison Philippe Aubert de Gaspé, deux fois incendiée. Saint-Jean-Port-Joli, petit village de 3500 habitants, fera renaître le lieu de naissance de l’auteur du premier roman québécois, Les Anciens canadiens. Cinquante résidents fondent la corporation sans but lucratif Philippe-Aubert-de-Gaspé, puis vendent symboliquement des parcelles de terrain. Chaque citoyen se fait un devoir d’acquérir une parcelle à son nom, ce qui sera la première étape dans la restauration du site.

Un peu de fierté

Saint-Hyacinthe est une ville beaucoup plus importante que le village de Saint-Jean-Port-Joli. Je me dis que si chacun de nous avait un peu de fierté et de reconnaissance pour les fondateurs de cette ville, pour tout ce qu’ils ont légué à la ville de Saint-Hyacinthe, depuis la seigneurie de Maska jusqu’au XXIe siècle, nous pourrions acheter une brique de la maison Dessaulles, de façon symbolique, afin de faire renaître la plus ancienne maison de la municipalité.

JPEG - 757.4 ko
 
la famille Dessaulles réunie derrière la maison au centenaire de Georges Casimir Dessaulles, en 1927.

Les gens d’ici ont-ils la mémoire si courte ? Pourquoi faut-il démolir si vite ? Et si Georges-Casimir Dessaulles revenait ici demain ? Serait-il fier de ce que nous avons fait de son héritage ? Lui qui a tant donné à la ville de Saint-Hyacinthe, lui qui a su la faire grandir et rayonner. Fils du seigneur Jean Dessaulles, homme d’affaires, député, sénateur, maire pendant 25 ans, il a investi dans la fabrique de lainage avec Monsieur Barsalou, a fondé avec Romuald Saint-Jacques « La compagnie Manufacturière de Saint-Hyacinthe » qui deviendra la Pennman’s (un autre édifice démoli il y a quelques années), puis a acheté le chemin de fer des Comtés-Unis. Généreux, Georges-Casimir Dessaulles a aussi donné de nombreux terrains à des associations, il fut l’un des principaux donateurs pour la construction de l’orphelinat des Sœurs Grises à Saint-Hyacinthe.

En 1927, la municipalité lui a offert la porte des anciens maires pour son 100e anniversaire, mais nous lui devons tellement plus.... Alors, qui veut acheter une brique ?

Anne-Marie Aubin, auteure de Hommage à Henriette Dessaulles, pionnière de l’écriture et du journalisme féminin.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire

Actualiser Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. Tapez les caractères que vous voyez dans l'image; si vous ne pouvez pas les lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Pas sensible à la casse.  Passer à la vérification audio.