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La vie au féminin en Arabie Saoudite

Anne-Marie Aubin

Haifaa Al Mansour, première réalisatrice saoudienne, vient de publier un roman adapté de son premier long métrage, Wadjda, sorti en 2012. Ce film a été récompensé maintes fois dans les plus grands festivals de cinéma, dont le Prix du meilleur film Art et Essai à la Mostra de Venise, ainsi que le Prix du meilleur film Arabe et de l’interprétation féminine au festival du film de Dubai 2012. Son roman Wadja et le vélo vert a reçu le prix de la littérature jeunesse en Allemagne. Voilà matière à réfléchir sur les rapports hommes/femmes dans les différentes cultures.

Wadjda veut vivre comme les garçons

L’héroïne, jeune adolescente âgée de 11 ans, vit au XXIe siècle mais à des années-lumière de nos préados. À la lecture du roman, il est impossible de ne pas réagir devant le sort réservé aux femmes saoudiennes. On leur interdit de fumer, de chanter, de conduire une automobile, d’aller à vélo…

Elle veut aider sa mère qui travaille loin de la maison et paie cher un chauffeur, car les femmes saoudiennes ne peuvent pas conduire. Elle dénonce les injustices lorsqu’elles cuisinent pour les hommes :« Wadjda n’aimait pas le margoug, mais c’était le plat préféré de son père – et l’un des plus compliqués. Il fallait presque une journée entière pour le confectionner. Pourquoi sa mère devait-elle passer toute la journée dans la cuisine à travailler sur quelque chose qui serait mangé en quelques minutes? «C’est absurde», pensa Wadjda. Elle se promit qu’adulte, elle ne perdrait pas son temps précieux à faire du margoug

Aussi Wadjda se rebelle et remet en question l’éducation, les traditions, les croyances et la vie des femmes en Arabie Saoudite. Elle dort pendant le cours de religion et contrairement aux jeunes filles disciplinées de son école, elle n’arrive pas à adhérer aux principes de l’Islam qu’on leur inculque. Wadjda rêve de liberté et aime bien retrouver son ami Abdallah à la sortie de l’école même si cela est interdit.

Les vélos sont interdits pour les filles

Un jour, Wadjda aperçoit un magnifique vélo vert chez un marchand. Elle va tout mettre en œuvre pour l’acheter afin de faire la course avec son ami Abdallah et gagner. Son petit commerce de bonbons, de bracelets à l’effigie des équipes de foot et de compilations musicales lui permet d’économiser mais ne suffit pas. Il lui faudrait beaucoup plus pour réaliser son rêve.

Un concours de psalmodie du Coran organisé par son école lui fait miroiter la possibilité d’obtenir le premier prix, une somme considérable qui lui permettrait d’acheter son vélo. Wadjda y travaille très fort, son rêve toujours en tête. En cachette de ses parents, elle demande à son ami et complice Abdallah de monter le vélo sur le toit afin d’apprendre à maîtriser son équilibre.

Un vent d’espoir et d’optimisme

Rien ne sera simple, ni pour Wadjda, ni pour sa mère qui voit son amoureux se remarier : «Tu sais qu’il est en train de payer la dot de sa future épouse avec ma pension! […] il faut que je montre à ton père qu’il ne peut trouver mieux que moi.»

L’énergie, la volonté, la débrouillardise de ces femmes leur ouvre de nouveaux horizons plein d’espoir. L’auteure évite le jugement ou la victimisation. Au contraire l’héroïne incarne le changement, l’acceptation de soi et la tolérance face à la différence.

«Moi aussi, je fais un choix», pensa Wadjda. Le choix d’être heureuse, de ne laisser aucun obstacle l’arrêter. Elle ferait cela pour sa mère, et elle le ferait pour elle-même

...

Haifaa Al Mansour. Wadjda et le vélo vert. Paris, Gallimard jeunesse, 2017, 338 pages. 

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