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Le film L’amour de Marc Bisaillon : quand le silence devient violence

Catherine Courchesne

C’est le 16 novembre qu’a eu lieu le lancement du film L’amour, de Marc Bisaillon, un réalisateur inspirant et inspiré qui a élu domicile à Saint-Hyacinthe il y a une quinzaine d’années.

L’amour est le troisième film d’une trilogie traitant du silence, une thématique qui s’est imposée à Marc Bisaillon avec le temps. Alors que La lâcheté (2006) dépeint le silence des témoins, La vérité (2011) porte sur celui des coupables. Avec L’amour (2018), le réalisateur met des mots et des images, cette fois-ci, sur le silence des victimes. « Je me suis inspiré d’un drame qui s’est déroulé en 2006, explique-t-il, celui d’un jeune néo-écossais de 20 ans, Stephen Marshall, qui s’est rendu chez son père dans le Maine. Là-bas, il a tué deux prédateurs sexuels à l’aide d’une des armes de son paternel. Il s’est ensuite enlevé la vie sans laisser d’explications. »

Scène du nouveau film de Marc Bisaillon, L'Amour.

Dans L’amour, Stephen s’appelle Alex, joué brillamment par Pierre-Luc Lafontaine. On comprend rapidement que le doux et souriant jeune homme souffre en silence. Sinon, comment expliquer ses marmonnements nerveux lorsqu’il se retrouve seul dans sa chambre… chambre dont il bloque l’accès en glissant une chaise sous la poignée de porte ? C’est à travers une chronologie morcelée qu’on apprend l’ampleur du drame intérieur que vit Alex, un drame que sa mère, jouée par Fanny Mallette, ne voit pas, et auquel son père, joué par Paul Doucet, semble étrangement relié.

Des sujets délicats traités avec délicatesse

Lorsque Marc Bisaillon a commencé à travailler sur L’amour, en 2006, il était loin de se douter que le film serait autant d’actualité à sa sortie, avec des sujets tels que l’intimidation à l’école, l’inceste et la pédophilie. Des sujets lourds que le réalisateur traite avec sensibilité et intelligence, sans jamais tomber dans le pathos ou le sensationnalisme. « Avec ce film, je voulais créer de l’empathie pour les victimes qui deviennent des agresseurs et tenter de comprendre pourquoi des jeunes sans histoire, comme Stephen ou Alex, finissent par commettre des actes aussi horribles. »

Un silence meurtrier

Trois films, trois titres courts, tous constitués d’un seul substantif : La lâcheté, La vérité, L’amour. Cette économie de mots fait-elle référence au silence ? Peut-être… Du moins, une question demeure : pourquoi les victimes d’intimidation et d’agressions sexuelles ne dénoncent-elles pas leurs malfaiteurs ? À cela, Bisaillon répond : « Regardez le cas du juge Brett Kavanaugh, aux États-Unis… Ça n’encourage pas les victimes à parler ! Car dès qu’elles osent le faire, elles se font invalider et prier de se taire. » Pourtant, convaincu que la parole libère, le réalisateur encourage les victimes à sortir de leur mutisme. D’ailleurs, avec L’amour, il montre qu’une souffrance non exprimée peut se transformer en violence. « D’où l’importance de parler... aux bonnes oreilles », précise-t-il.

Prochainement au cinéma

Fébrile, Marc Bisaillon est maintenant prêt pour la première de L’amour (12 novembre) et pour sa sortie en salle (16 novembre), surtout que le film, présenté le 27 octobre dernier en ouverture du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT), a reçu une ovation debout et d’excellentes critiques. Il semblerait donc qu’encore une fois, le réalisateur québécois a bien fait de parler… du silence.

Marc Bisaillon, en plein tournage

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