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Le grand voyage de Kim Yaroshevskaya : un beau conte à sa manière!

Anne-Marie Aubin

Que vous ayez connu la comédienne Kim Yaroshevskaya sur scène, à la télévision ou au concert; que vous soyez de la génération de Franfreluche ou de grand-mère dans l’émission Passe-Partout, vous apprécierez ce magnifique livre de souvenirs : Mon voyage en Amérique.

Une enfance dramatique

Divisé en 11 chapitres thématiques qui se lisent comme autant de contes, ce récit raconte – avec l’humour qu’on lui connaît – l’enfance dramatique de cette fillette née à Moscou en 1923, puis sa vie et sa carrière au Québec. Ses deux parents décédés très tôt, la petite orpheline aime la danse, la lecture, la musique et vit heureuse avec sa grand-mère paternelle en URSS. Vieillissante et malade, cette dernière se voit dans l’obligation d’envoyer Kim en Amérique, à New-York, chez les grands-parents maternels.

« Et je suis partie…Avec ma poupée, que ma mère m’avait donnée un mois avant sa mort, et mes livres, héritage de mon père, mort avant que je ne sache lire, mes biens qui se sont révélés une source inépuisable d’inspiration. »

Toute une traversée!

Pas simple de quitter l’URSS qui prétend que Kim a une dette envers son pays, car elle a vécu en orphelinat et a reçu une pension alimentaire depuis la mort de ses parents : « On s’attendait à ce que, devenue adulte, je contribue par mon travail au bien-être de mon pays. Remboursant ainsi ma dette. »

Craignant le pire pour leur petite-fille, ses grands-parents de New-York paient la somme exigée, mais les États-Unis refusent de l’accueillir car leur quota d’immigration est déjà atteint. Le voyage prend alors une nouvelle destination : le Canada. Inoubliable périple à bord du LAURENTIC pour cet enfant de 10 ans qui ne parle ni anglais ni français. À son arrivée à Québec, Kim passe un bref séjour en prison puis, libérée, monte à bord du train en direction de Montréal chez sa tante Sonia. 

Une nouvelle vie à Montréal

Quelle aventure d’acheter des chaussures chez Eaton lorsqu’on ne connaît que le régime communiste : « Dans les magasins de Moscou, il n’y avait qu’un modèle de souliers, parfois deux…Mais là! Je n’en croyais pas mes yeux. Tant de souliers! De toutes sortes! » La culture, le mode de vie, la publicité, la politique… Kim grandit au Québec avec des souvenirs bien marqués de son enfance à Moscou.

Fanfreluche la conteuse

Sa passion c’est la danse, mais le théâtre s’offre à elle. Pourquoi ne pas allier les deux dans un personnage de poupée qui parle, danse et chante ? « Et la vie aventureuse de Franfreluche a commencé. » D’abord sur la scène, puis à la télévision, cette poupée permettra à Kim Yaroshevskaya de raconter, d’écrire des scénarios d’émissions et de faire rêver des générations d’enfants. Le conte, l’imaginaire, la danse, la musique, voilà de quoi se nourrit la petite Kim qui deviendra la grande dame du conte.

Un magnifique album de famille

De format semblable à nos anciens albums de photographies, cette publication cartonnée recèle des photographies d’hier à aujourd’hui : Kim enfant, sa famille, reproduction d’extraits de correspondance, une photo du paquebot LAURENTIC et des archives de la carrière de la comédienne conteuse. Dès qu’on ouvre le livre, la voix de la conteuse nous habite, elle ouvre son album de famille comme son grand livre de contes pour nous raconter, avec beaucoup de générosité, de sincérité, et dans son style bien à elle, « un beau conte à sa manière » : son récit de vie. Même si sa vie prend parfois des tournures dramatiques, angoissantes, elle parvient à toujours conserver ce brin de malice, cette étincelle d’espièglerie dans le regard qu’elle porte sur ces événements. Et comme toujours dans les contes de Fanfreluche, ça finit plutôt bien!

Avec ce livre, Kim Yaroshevskaya lègue un bel héritage pour les générations futures et actuelles, à la manière de ses parents qui, « […] morts d’une mort prématurée, laissent à leur enfant esseulée un talisman, quelque chose pour en faire sa vie, et la joie de sa vie, ainsi que celle des autres ». Ce livre est un est beau cadeau, à offrir ou à s’offrir!

Kim Yaroshevskaya. Mon voyage en Amérique. Éditions Boréal. 2017, 144 p.

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