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Prix des libraires 2017

Le plongeur, une lecture captivante !

Anne-Marie Aubin

Stéphane Larue, jeune auteur né à Longueuil en 1983, signe un premier roman qui se fait remarquer dès sa sortie en librairie. Lorsqu’il reçoit, au printemps, le prix des libraires, l’auteur du roman Le plongeur déclare être dépassé par le succès de son livre qu’il décrit comme « un roman de vaisselle sale et de machine à sous ».

Curieuse de découvrir cet auteur de la Montérégie, j’aborde Le plongeur et, dès les premières pages, je suis complètement aspirée par le suspense de ce récit intense ! À lire absolument !

La face cachée de la restauration

Étudiant en graphisme au cégep du Vieux-Montréal rêvant de devenir illustrateur, le héros de ce roman est un passionné de littérature, de métal et de cinéma qui travaille à la plonge au restaurant du Plateau Mont-Royal : La Trattoria. Narrateur sympathique et attachant, ce plongeur inexpérimenté travaille fort au sein de l’équipe d’employés du resto.

Stéphane Larue excelle à décrire les odeurs de friture, le bruit des casseroles, le stress et l’atmosphère étourdissante des cuisines… Nous sommes dans la plonge, stressés, trempés, épuisés, comme le héros : « J’ai préparé les focaccias le mieux possible, bombardé de consignes par Bébert. Bonnie m’a poussé avec son coude et s’en est emparée pour les glisser dans le four à pizza. En voulant esquiver et Bonnie et la porte du four qui allait ouvrir, Steven a accroché Bébert qui tenait un osso buco dégoulinant de sauce entre les pinces. La pièce de viande s’est échappée des pinces (…) a frappé le plancher sale de la cuisine avec un bruit sourd et mouillé. »

Bébert, le cuisinier, pas si vieux, mais usé par la drogue et l’alcool, se lie d’amitié avec le jeune étudiant ; à la manière d’un grand frère, il le prend sous son aile. Ensemble, ils traversent la frénésie des soupers de groupe de la période des Fêtes.

La dépendance

Le récit se déroule essentiellement à Montréal en quelques mois d’hiver. Le narrateur, Stéphane — nommé juste à la fin du roman — souffre de dépendance au jeu et cherche à s’en sortir seul, convaincu que la prochaine fois sera la bonne, attitude typique aux dépendants. Ce jeune joueur compulsif néglige ses études, ment à tous ses amis, ne paie pas son loyer... mais dépense tout son argent en alcool, dans les machines de loteries vidéo et au casino. Nous vivons la fièvre du jeu dans sa tête et dans son corps, l’angoisse envahissante de celui qui a tout perdu.

« Le tic-tac électronique des crédits qui fluctuaient m’engourdissait jusqu’au bout des doigts. Ça faisait du bien. Ça bourdonnait dans ma tête. Je lévitais à cinq pouces du sol. En moins de vingt minutes, j’ai brûlé presque cent dollars. Toujours aucun gain, mais perdre ne me faisait rien. C’est jouer qui comptait. C’est de ça dont j’avais besoin. »

Son cousin, étudiant à Trois Rivières, lui fait prendre conscience de son problème.

Deux mondes

Tout est en dualité dans ce livre : l’univers du bien et du mal, Longueuil et Montréal se faisant face de chaque côté du fleuve, l’insouciance de l’adolescence et le monde adulte, la vie nocturne et le Montréal de jour, les visages à deux faces, gagner ou perdre… À plusieurs moments, le narrateur avoue qu’il changerait de place avec n’importe qui, qu’il regrette sa vie d’avant.

Inspiré par sa vie personnelle, Stéphane Larue crée une fiction très réaliste, truffée de références littéraires, cinématographiques et musicales qui témoignent de sa grande culture. On reconnaît des lieux, une époque. Au fil des pages, l’auteur dresse un tableau saisissant du paysage nocturne de Montréal, de la face cachée de la restauration et de l’univers du jeu.

 

Stéphane LARUE, Le plongeur, Montréal, Éditions Le Quartanier, 2016, 568 pages.

 

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