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12 décembre

Les blessures invisibles de la guerre

Anne-Marie Aubin

Sujet dramatique mais réel, la guerre inspire les auteurs qui témoignent du vécu des soldats, des familles qui les attendent avec impatience et angoisse.   Des récits vécus, des fictions richement documentées... il existe de nombreuses publications sur le sujet. Mais comment traverse-t-on la guerre? Qu’est-ce que la vie d’un réfugié? Comment les soldats reviennent-ils de la guerre et comment reprennent-ils  goût à la vie? Je vous présente aujourd’hui un choix de titres sur le sujet  pour des publics variés.

 

Akim court

Cet album de Claude K. Dubois est dédié à sa mère et à tous les autres enfants d’hier et d’aujourd’hui, victimes des guerres des grands. Tout commence en douceur alors qu'Akim fabrique un petit bateau pour jouer avec ses amis : «Des tirs résonnent dans le ciel et les grondements deviennent puissants. » Les illustrations des pages suivantes, au crayon noir et ocre, se passent de texte tant elles parlent par elles-mêmes. Des nuages noirs, des enfants qui courent, des gens accroupis qui se protègent, des maisons détruites, des cadavres… et Akim seul perdu au milieu de ce désastre. Il se réfugie dans les restes d’une maison, au milieu de gens qu’il ne connaît pas, et cherche sa mère, sa sœur, ses amis… en vain. Les jours passent, Akim est fait prisonnier, puis se sauve et court encore, encore à la recherche de sa famille.

Claude Dubois signe un album très émouvant pour raconter cette histoire sans doute vécue par trop d’enfants qui ont connu la guerre. Un bel exemple pour réfléchir au sort des enfants pendant que les grands font la guerre.

Claude K. Dubois. Akim court. Pastel. 

 

GUERRE : et si ça nous arrivait?

Ce petit livre format passeport de Janne Teller traite de la guerre et s’adresse aux jeunes lecteurs qui ne la vivent pas. «Si les bombes avaient détruit la plus grande partie du pays, la plus grande partie de la ville? Si les murs de l’appartement que tu habites avec  ta famille étaient percés de trous, les vitres brisées, le balcon arraché?» Voilà comment débute ce récit. Imaginons un instant la guerre et le cauchemar qui suit. Quel pays va accueillir ces réfugiés? Faux papiers, voyage clandestin pour obtenir droit d’asile...

«Tu as pris ton journal, Il te rappellera la vie d’avant la guerre : […] quand tu allais à une soirée électro suédoise le vendredi, voir un film d’horreur espagnol le samedi, et faisais du roller-made in Germany, ceux-là, avant de finir ton week-end par un double cheese et un coca au MacDo du coin. »  Bien que cette histoire se déroule en Europe, les adolescents se ressemblent et ceux d’ici suivront les aventures de cette famille de réfugiés.

L’auteure est  née en 1964 à Copenhague dans une famille de réfugiés et d’immigrés austro-allemands installés au Danemark. Son livre qui n’a rien de léger raconte tous les problèmes, toutes les questions de déracinement, de valeurs, de religion, de cultures…  une lecture coup de poing qui nous met dans la peau d’un réfugié.

Janne Teller. GUERRE et si ça nous arrivait? Traduit du danois par Laurence W.O. Larsen. Illustrations de Jean- François Martin. Éditions Les grandes personnes.  

 

La blessure invisible de mon père

Claudine Paquet raconte comment Roxane, fillette de onze ans, est fière de son père, un soldat admirable,  un papa joyeux qui aime jouer et rire. Mais elle ne le reconnait plus depuis son retour d’Afghanistan. Patrick, cet homme de 42 ans, revient de la guerre traumatisé, défait. Il a vu mourir Mathieu, son ami soldat.  Tout lui rappelle ce cauchemar :  le détecteur de fumée, les cris de la petite Laura et  la cloueuse lui rappellent le bruit des armes. Comment Patrick arrivera-t-il à se remettre de ce stress post-traumatique ?

L’auteure réussit à toucher le jeune lectorat avec ce roman jeunesse qui aborde de graves questions avec humanisme et réalisme.

Claudine Paquet. La blessure invisible de mon père. Éditions Pierre Tisseyre.  Collection Papillon.(10 ans et plus)

 

 

 

Un trou le cœur

Ce roman est dur. Il raconte les souvenirs de l’auteur Alain Raimbault et de sa sœur Mélanie, privés de l’amour et de la sécurité d’une famille normale, étant nés de pères inconnus. 

«Ce texte ressemble donc à un album de photographies intimes, à une série de moments qui refusent l’oubli.»

Une mère froide, des nombreux déménagements, un foyer d’adoption violent… voilà le drame de leur vie. «On survit toujours mal à son enfance, on fait avec».  L’école sera sa première échappatoire; n’importe quoi pour être loin de la maison.  Deux niveaux de narration racontent cette histoire : celui de l’enfant qui souffre, celui de l’écrivain adulte accompli qui a tourné la page et vit le présent. L’écriture sera son mode de survie, un baume sur sa douleur.

«J’ai compris très vite que ma vie serait jalonnée de départs sans adieux, de pertes, de deuils à faire très vite, soudainement.  On s’habitue, mal, peut-être, mais on s’habitue à tout. Cela laisse un trou dans le cœur. »

Écrit au je, ce récit inspiré de ses carnets d’adolescent ne laisse personne indifférent.  L’écriture comme  mode de survie, s’avère un baume sur  le cœur. Un bel exemple de résilience.

Alain Raimbault est né en France et vit en Nouvelle-Écosse où il enseigne.  En 2006, il a obtenu le prix Grand-Pré pour l’ensemble de son œuvre et en 2007 le prix Émile-Olivier remis par le Conseil supérieur de la langue française à Québec.

Alain Raimbault. Un trou dans le cœur. Soulières éditeur. Collection Graffiti+.

 

Guerres

Le roman de Charlotte Gingras, traité précédemment dans Mobiles, raconte le drame de ceux qui restent quand les soldats partent à la guerre.

L’auteure a choisi de raconter un roman à deux voix : Luka, 9 ans et Laurence, 15 ans. Auteure de nombreux romans pour adolescents, Charlotte Gingras est habile à raconter et à faire sentir la peur, l’angoisse que vivent ces jeunes, les yeux rivés sur les images du téléjournal.  

Laurence raconte au "tu", Luka raconte au "je" : deux récits qui se croisent. Une famille en crise où chacun réagit différemment parce que blessé de façon différente. Sans porter de jugement, sans offrir de solutions magiques, Charlotte Gingras signe un roman émouvant et poétique sur un sujet grave et profondément humain.

Charlotte Gingras. Guerres. La courte échelle.

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    Re: Les blessures invisibles de la guerre

    Je viens d'apprendre que Alain Raimbault habite au Québec depuis 16 mois, bienvenue chez nous. Quel magnifique livre vous avez écrit.

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