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Les Zapartistes : un humour rare à protéger

Lettre ouverte

Jeudi dernier, 26 octobre, les Zapartistes nous présentaient leur revue du 21ème siècle au Zaricot au centre-ville de Saint-Hyacinthe ! Si l’idée peut paraître saugrenue de nous parler d’un siècle où seules 16 années se sont à peine écoulées, le matériel riche, abondant et parfois surprenant de ce premier cycle démontre bien combien profond est le labour de l’idéologie néolibérale. On mesure à quel point le discours de nos politiciens est à la fois vide et nivelant. On contemple aussi avec un peu d’effroi le portrait d’une planète qui se délite.

Comment rire devant pareils constats me direz-vous ? Par le talent des comédiens, par la poésie des artistes, par cet esprit critique qui nous livre des lignes éditoriales d’une grande profondeur mais avec beaucoup de délicatesse, on rit de nous-mêmes… tout en se promettant d’y voir, ça urge !

Jean-François Nadeau, ce comédien qu’on peut voir jouer Robin Despaties dans L’Échappée tous les lundis à TVA, a un talent fou pour relever l’essence des personnages qu’il nous présente. Son Lucien Bouchard à la voix grave et méprisante est mourant. Son Couillard directement sorti d’une boîte à surprise est désopilant. Mais surtout, surtout, son Trudeau maniaque de selfies et d’amour de soi-même est à crever de rire. Jean-François Nadeau est un grand comédien et un imitateur de haut niveau. Il nous a prouvé aussi qu’il savait récupérer de brillante et toujours drôle façon n’importe quel «blanc» par une répartie tranchante.

Vincent Bolduc toujours aussi pétillant d’intelligence nous offre un numéro tordant sur une abeille toute désocialisée par la pollution et dont l’habitat se rétrécit tellement qu’on comprend son désœuvrement. Ce numéro est tellement pissant que l’on pourrait sans doute le présenter en rappel sans qu’il y ait la moindre baisse sur le thermomètre des rires noirs et jaunes. Vincent Bolduc se montre très sensible aussi à son auditoire. À l’aise, il nous adresse des clins- d’œil et des apartés qui nous lient au groupe pour toujours mais nous assurent aussi que cette revue trouvera encore moyen de s’améliorer. Ses autres numéros sont toujours amusants et arrivent à point nommé. Mais, répétons-le, son abeille est un numéro inégalable !

Quant à notre Christian Vanasse, il se fait poète. Son Claude autochtone qui ne trouve jamais le temps ni l’espace de s’exprimer est troublant. Son appel aux garçons et aux hommes qui devraient apprendre à dire Non au viol est juste et rare. Son Sami Aoun est délirant et nous livre une plus-que-complexe-ultra-rapide interprétation des relations tendues au Moyen-Orient. À lui seul, Christian Vanasse montre la voie de cet humour rare qui n’est jamais si méchant mais toujours criant d’une vérité que l’on ne veut pas toujours admettre. C’est l’absurdité de nos consensus qui fait peut-être le plus mal dans l’ensemble des numéros.

Soulignons encore la présence d’excellents musiciens. Seul bémol, une balance du son permettrait peut-être de mieux entendre les paroles chantées qui semblent souvent très drôles mais que l’on rate sous couvert d’un rock assourdissant. Le début du show avait un rythme un peu cassé à contretemps vite oubliées après quelques minutes. Et nous pardonnons ces contrepoints à un spectacle en rodage.

Les Zapartistes : à voir absolument !

Marie-Claude Delisle, Saint-Dominique

 

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