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Oliver Jones

L’homme derrière le sourire

Alex Morel

Un musicien, par définition, est un individu qui joue d’un instrument. Jouer est l’acte de s’amuser à faire une activité. L’ambiance d’un spectacle se construit sur l’étroite complicité entre l’artiste et le spectateur, le plaisir étant une substance hautement contagieuse lors d’une exposition publique. Pour un pianiste comme Oliver Jones, il suffit de quelques notes et d’un sourire pour incarner le joueur de piano ; avec son air espiègle de jeune homme de 78 ans, il plait assurément à faire plaisir. Vétéran du Festival International de Jazz de Montréal, le virtuose sera en visite à la salle Desjardins du Centre des Arts Juliette-Lassonde le samedi 8 Juin en compagnie de la violoniste Josée Aidans.

 Oliver Jones naît à Montréal en 1934 et démontre dès l'âge de trois ans un talent naturel pour la musique. Prodige dès la tendre enfance, il joue par oreille des pièces les en ayant entendu seulement une fois à la radio. Exclusivement entraîné comme musicien classique dès par la sœur du légendaire jazzman Oscar Peterson, il apparaît régulièrement comme pigiste dans plusieurs salles de la métropole jusqu’au milieu des années 60. Il quitte alors les hivers cryogéniques québécois pour l’éternelle chaleur estivale des caraïbes durant seize ans. Pianiste de tournée pour un groupe qui reprend les succès du top 40, il profite de ses temps libres pour aller voir des spectacles de jazz et se faire inviter sur la scène dès qu’une occasion se présente. Puis, à son retour à Montréal au début des années 80, il se joint batteur Bernard Primeau pour tenir résidence au club appartenant au bassiste Charles Biddle, et le trio devient rapidement la coqueluche de la scène montréalaise. Leur collaboration est immortalisée sur deux albums en concert, le premier enregistré lors de la troisième édition du FIJM, l’autre, plus intime, capté au Biddle’s Jazz&Ribs. Après la sortie de son premier album solo, Oliver Jones continue son parcours à travers le monde en revenant honorer l’évènement culturel estival par sa présence annuellement jusqu’en 1999.

Au cours de sa carrière, Jones a souvent été comparé à Oscar Peterson; deux musiciens provenant de la communauté noire de Saint-Henri qui partagent un style influencé par le swing et le bebop, en plus d’être à l’aise comme poisson dans l’eau sur leur instrument. Si Oliver Jones s’est souvent retrouvé à jouer avec les mêmes musiciens de session que son ainé, c’est seulement en 2004 que les deux pianistes partagent la scène du Festival pour offrir un moment unique et inégalé à une Place-des-Arts remplie à pleine capacité. Heureusement capté par les caméras, le joyau du concert, un duo sur Hymn to Freedom, composition de Peterson d’une irrésistible beauté, atteint un climax musical qui dépasse la perfection et se mérite une ovation monstre résultant de cette montée émotionnelle. L’échange de regard entre les deux solistes suffit à justifier l’harmonie qui règne sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier durant ces précieux moments, parmi les derniers de Peterson qui nous a quittés en 2007.

La musique crée une dépendance inoffensive qui permet à ses plus habiles praticiens d’acquérir l’immortalité par leur art. Les trophées offerts par l’industrie, aussi flatteurs soient-ils, n’auront jamais la valeur incalculable d’un public en osmose porté par le rythme des notes ressenties par leur auteur. Récipiendaire de 4 Junos et autant de Félix et Officier de l’ordre du Canada, Oliver Jones revient encore sur scène, sa zone de confort et la tribune qui lui permet de partager sa passion et continuer de plaire aux mélomanes, pour le plaisir de faire sourire.

Post-Scriptum: 
Chemistry - Avec invitée spéciale Josée Aidans Il est le plus grand pianiste jazz de sa génération; elle est l’une des violonistes solistes les plus sollicitées sur la scène pop canadienne. Il est de l’école d’Oscar Peterson; elle a accompagné Claude Dubois sur scène pendant des années. Ensemble, ils représentent les antipodes de la culture musicale et plusieurs générations les séparent. Pourtant, ils créent une chimie qui va bien au-delà des notes. Accompagnés des musiciens habituels du pianiste, Oliver Jones et Josée Aidans vous transportent encore plus loin qu’ils ne pourraient le faire séparément.

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