• Culture
10 décembre

Lire un auteur en toute intimité

Anne-Marie Aubin

La correspondance et le journal intime étaient très à la mode au XIXe siècle et plusieurs femmes ont rédigé leur journal personnel pour s’exprimer pendant différentes périodes de leur vie.  Souvent ces journaux ont été détruits, alors que d’autres ont survécu. On en trouve quantité dans les archives familiales. Écrit au "je", le journal favorise l'identification du lecteur au narrateur et rend la lecture plus poignante, d'autant plus que ce qui est raconté a vraiment été vécu. 

 

Le journal, un ami fidèle pour traverser la vie

Parmi les journaux intimes célèbres il y a les journaux d’écrivains, d’artistes, lesquels sont publiés après leur mort nous permettant de suivre leur cheminement, leurs interrogations.  À la manière d’une biographie rédigée au jour le jour, le journal permet de connaître la vie intime de l’auteur. Comme un pan d’histoire, il nous situe dans une époque et un univers.  Parmi eux notons les écrits intimes d’Anaïs Nin, Simone de Beauvoir, George Sand, Lewis Carroll, Marie Bashkirtseff, André Gide, Colette, Simonne Monet Chartrand.

 

Le journal du privé au public

Un  célèbre journal intime est celui  d’Anne Frank, rédigé pendant sa réclusion lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est traduit en 70 langues. Otto Frank, son père, survécut au camp d’Auschwitz et fut libéré en 1945. Il apprit  le décès de ses filles au camp de Bergen-Belsen et découvrit alors les écrits d’Anne. Il ignorait que sa fille avait rédigé un journal aussi bien écrit. Sachant qu’Anne rêvait de devenir écrivain, il décida de faire publier son journal.

 

La maison d'Anne Frank est toujours conservée à Amsterdam.Le miroir d’une époque : Anne Frank

Anne Frank a laissé un témoignage de la vie à "l’annexe" (comme elle appelle leur cachette) ; elle livre ses amours, ses pensées, ses angoisses face à la guerre. Anne Frank a baptisé son journal Kitty comme si elle s’adressait à une personne : «Crois-moi, après un an et demi de vie cloîtrée, il y a des moments où la coupe déborde. Quel que soit mon sens de la justice et de la reconnaissance, il ne m’est plus possible de refouler mes sentiments. Faire du vélo, aller danser, pouvoir siffler, regarder le monde, me sentir jeune et libre : j’ai soif et faim de tout cela et il me faut tout faire pour m’en cacher. » (24 décembre 1944).

Anne Frank. Journal. Livre de Poche. 

 

 

 

 

 

 

 

Le journal de Fadette, premier journal féminin québécois

Le journal intime d’Henriette Dessaulles raconte son adolescence à Saint-Hyacinthe, ville où elle est née en 1860. La famille Dessaulles faisait partie de la bourgeoisie au XIXe siècle. Son père, Georges-Casimir, maire de Saint-Hyacinthe est le frère de Louis-Antoine, essayiste et humaniste. Tous deux sont fils de Rosalie Papineau, sœur du célèbre Louis-Joseph; voilà le noyau auquel elle appartient.

Enfance difficile

Sa  maman Émilie Mondelet meurt  très jeune et Henriette ne se remettra jamais de ce vide dans son cœur de petite fille.  Comme plusieurs à l’époque, elle trouve refuge dans sa chambre à lire et à écrire.

La maison d'Henriette Dessaulles, récemment démolie à coups de pelle mécanique.

L’éducation des jeunes filles

Elle étudie chez les religieuses de la Présentation de Marie et regrette de ne pas être un garçon pour étudier à l’université comme son voisin Maurice Saint-Jacques dont elle est amoureuse :

« Que je voudrais avoir une petite fée à mon service! D’abord je me ferais changer en garçon - c’est un peu bête à quatorze ans, les garçons, mais ils deviennent très gentils plus tard, et puis ils apprennent tout ce qu’ils veulent! Je me choisirais un ami qui s’appellerait Maurice et je l’aimerais tant - il serait beaucoup plus vieux que moi, mais ma fée s’arrangerait pour qu’il m’aime aussi quand même! Ce serait mieux que d’être une petite fille toujours seule et souvent triste…» (9 septembre 1874)

 

La découverte de l’amour

Son journal, écrit de 14 à 20 ans relate son passage de l’enfance à l’âge adulte. Son confident, son exutoire, ce journal compense son manque d’affection, il comble l’absence et se termine au moment de son mariage avec Maurice Saint-Jacques dont elle est amoureuse depuis son jeune âge :


«Je ne sais plus m’écrire… et e n’est plus nécesaire. Il est toujours là … nous nous voyons tous les jours et je lui dis mes choses …) mais quelle aide tu as été pour moi quand j’étais triste et que je n’avais personne à qui le dire. » (4 avril 1881)

Elle écrira de nombreux articles au journal Le Devoir sous le pseudonyme de Fadette d’où le titre de son journal intime publié en 1971, soit 25 ans après sa mort survenue le 17 novembre 1946. Plus tard, son journal sera traduit en anglais, puis l’Université de Montréal publiera une édition critique. Aujourd'hui son journal se trouve en livre de poche.

Henriette Dessaulles. Journal de Fadette. Bibliothèque Québécoise (BQ).

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  • Re: Lire un auteur en toute intimité

    Je suis à transcrire la correspondance entre mes parents. Parfois, je suis intimidée, parfois, j'éclate de rire devant l'innocence (!) de ma mère, à ce moment secrétaire à l'ambassade de Canada à Washington et mon père mobilisé dans l'Ouest canadien par cette guerre qui n'arrivera qu'à nourrir leur amour, voire à les en gaver. P.-S. ... elle trouve refuge dans sa chambre... à lire et écrire : assez boîteux.

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