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Marc Bisaillon récidive avec La Vérité

Alain Charpentier

Presque quatre années se sont écoulées depuis la sortie du premier long-métrage de Marc Bisaillon, La Lâcheté (2007). Il récidive cette fois avec le deuxième volet de sa trilogie – devenue tétralogie – La Vérité.

La Vérité... Ce film au titre ambitieux est l’histoire de deux adolescents de Saint-Hyacinthe achevant leurs études secondaires, Gabriel (Pierre-Luc Lafontaine, 5150 rue des Ormes) et Yves (Émile Mailhiot, Ramdam, Yamaska). Gabriel est adepte de photo. Yves, le sportif, fait partie de l’équipe de football de son école et veut devenir pompier. Les deux inséparables vont commettre une grave bévue : lors d’une soirée bien arrosée, ils vont causer la mort d’un homme par accident. Comme il n’y avait aucun témoin et qu’ils n’ont laissé aucune trace, Yves et Gabriel font un pacte de silence. Yves fuira Saint-Hyacinthe pour poursuivre ses études à Laval ; Gabriel restera à Saint-Hyacinthe, portant le lourd secret avec lui. La situation est d’autant plus délicate pour lui que sa mère, Caroline, (Geneviève Rioux) est policière.

 

Dans La Vérité, Marc Bisaillon emprunte un peu la même démarche que dans La Lâcheté : à partir d’un fait divers, il construit une fiction très réaliste à travers laquelle il tente de cerner un travers de l’âme humaine. La Lâcheté avait déclenché une petite polémique à sa sortie : en déterrant une sordide histoire de meurtre remontant à 1961 - et qui n’a jamais été vraiment résolue – Bisaillon avait ravivé un souvenir douloureux chez les habitants de Shawinigan qui ont connu la victime, Denise Therrien, et qui ne l’ont jamais oubliée. Bisaillon s’est défendu de vouloir prendre parti dans cette histoire, n’y voyant qu’un bon filon à exploiter au cinéma. Par contre, cette fois-ci, il serait étonnant que La Vérité déclenche le même genre de polémique : loin de vouloir faire le procès des garçons, le film cherche à mesurer le poids de la vérité sur la conscience de quelqu’un qui est devenu, malgré lui, complice d’un meurtre.

Comme premier long-métrage, La Lâcheté comporte des erreurs de débutant : scénario mal ficelé, micro parfois visible dans l’écran, acteurs mal dirigés… On espérait donc mieux de ce deuxième volet. Sur le plan technique, Marc Bisaillon présente un film tourné d’une manière assez conventionnelle, avec plusieurs plans fixes, mais d’une qualité irréprochable. La seule audace qu’il se permet avec la caméra est le flou initial, reflet du flou mental qui habite Gabriel, ce qui est bien trouvé. La musique, presque absente du film, est moins accrocheuse que dans La Lâcheté. Par exemple, pour je ne sais trop quelle raison, on a eu recours à une Danse hongroise de Brahms, un air entraînant mais qui détonne dans ce film.

Saint-Hyacinthe sous son plus beau jour

Or, si la qualité technique est au rendez-vous, le scénario, lui, manque encore un peu de rigueur. Le texte présente un peu les mêmes problèmes que dans La Lâcheté : l’intrigue est encore un peu lente à décoller. Au début du film, des situations du quotidien sont présentées pour mieux camper les personnages, mais elles n’apportent pas grand-chose à l’histoire : Gabriel qui danse avec sa mère dans le salon, la finale de football d’Yves, une cascade en voiture dans un rang de campagne qui a failli tourner au drame… De plus, des éléments parallèles, comme l’histoire d’amour de Gabriel et Lydia ou l’aventure de Caroline et de Sylvio viennent se greffer au texte, mais sans vraiment rien ajouter d’utile à l’intrigue. Enfin, mis à part Gabriel, dont le rôle est bien campé par Pierre-Luc Lafontaine, les autres personnages manquent peut-être un peu de profondeur. Bref, cela donne l’impression que le cinéaste n’a pas été au bout de son sujet.

Toutefois, on peut dire que Marc Bisaillon est en train de se tailler une place intéressante avec un cinéma réaliste et épuré, mais qui ose sortir des sentiers battus. C’est réjouissant de voir un cinéaste se donner la peine d’aller tourner en-dehors de Montréal et, qui plus est, des scènes d’hiver (ce qu’on ne voit plus à l’écran). Il faut d’ailleurs souligner que Saint-Hyacinthe, où a été tourné le film, y apparaît sous son plus beau jour. C’était le lieu parfait pour situer ce drame, car on voulait suggérer une petite ville paisible où il n’arrive jamais rien (Sylvio, le policier, dit d’ailleurs « Pour une fois qu’il se passe quelque chose ! »). Par contre, on découvre que sous ses apparences de petite ville rangée et sereine, elle dissimule une jeunesse qui souffre en silence.

Un troisième volet, L’Amour, viendra s’ajouter en 2012, puis La Justice viendra conclure la série.

À voir si vous avez aimé :

  • La Lâcheté (Marc Bisaillon, 2007)
  • Tout est parfait (Yves-Christian Fournier, 2008)
  • Et si vous aimez Saint-Hyacinthe !

La Vérité À l’affiche dès le 18 mars 2011

Réalisation et scénario : Marc Bisaillon

Production : Films Camera Oscura

Distribution : Filmoption international

91 minutes

Avec Pierre-Luc Lafontaine, Émile Mailhiot, Geneviève Rioux, Denis Trudel, Juliette Gosselin, Louise Laparé, Sylvio Archambault, Louis-George Girard.

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  • Re: Marc Bisaillon récidive avec La Vérité

    Ou je peux trouver la vie de Denise therein ( liver etmovie)

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