• Culture
Livre

Mieux connaître la culture et l’histoire des autochtones

Anne-Marie Aubin

Voici quatre titres incontournables pour éduquer et sensibiliser les jeunes aux premières nations : leur histoire, leurs coutumes, leur situation actuelle. Des textes tout à fait d’actualité en ces temps de réconciliation !

Quand on était seuls

Une petite fille jardine avec sa grand-mère, sa kokom, et l’interroge au sujet de ses vêtements multicolores. Cette dernière lui raconte qu’à son âge, elle a dû quitter sa communauté et ses vêtements colorés pour aller vivre dans un pensionnat très loin où on l’obligeait à porter un uniforme grisâtre, mais « quand on était seuls et que les feuilles avaient pris leurs teintes chaudes, on s’étendait sur le sol et on roulait dans les feuilles… et on redevenait multicolores. Ça nous rendait heureux. » Grand-mère lui explique sa fierté de porter les longs cheveux comme autrefois et de parler la langue de sa communauté malgré les interdits du pensionnat.

La structure répétitive rythme les dialogues. David Alexander Robertson, auteur et bédéiste, vit à Winnipeg et œuvre à faire connaître l’histoire autochtone. Il informe, explique et propose sans jugement. Un bel exemple de transmission intergénérationnelle et de résilience. Julie Flett, d’origine crie et métisse, illustre avec beaucoup de sensibilité la grisaille des différents souvenirs du pensionnat qui contrastent avec la vie colorée et joyeuse de sa grand-mère qui vit au cœur de la nature. Magnifique album !

Parfois je suis un renard

Auteure, artiste et illustratrice métisse, Danielle Daniel s’inspire des traditions anishinaabées pour présenter un enfant à tête d’animal, accompagné d’un texte bref décrivant les caractéristiques de cet animal totémique : « Parfois je suis un chevreuil, sensible et instinctif. J’écoute les bruits lointains et m’élance gracieusement dans la forêt. »

Les enfants s’émerveilleront devant ces illustrations expressives. Ils les regarderont différemment et s’identifieront peut-être à l’une d’elles. En annexe, l’auteure joint des informations supplémentaires sur les totems.

Les mots volés

Une fillette, fière de montrer à son grand-père le capteur de rêves qu’elle a fabriqué à l’école, lui demande de traduire des mots en langue crie. Il en est incapable : « J’ai perdu mes mots il y a longtemps. » Avec beaucoup d’émotion, l’aïeul relate son séjour bouleversant au pensionnat.

« Dans une école glaciale et isolée, où des visages blancs en colère élevaient la voix et nous frappaient chaque fois que nous prononcions nos mots. Ils ont pris nos mots et les ont enfermés. Ils nous ont punis pour nous forcer à oublier ces mots et à parler comme eux… »

Grâce à un livre d’introduction à la langue crie, elle apprend les mots avec son grand-papa. Melanie Florence témoigne ici des drames vécus par le passé et souligne l’importance de faire revivre la langue crie par la jeune génération.

Gabrielle Grimard illustre en noir et blanc les épisodes du passé témoignant de la douleur vécue. La métaphore des mots volés est saisissante, mots mis en cage et libérés. Ses images, remplies de douceur et d’espoir, enrichissent ce récit intergénérationnel, inversé cette fois.

Les Filles de l’Aigle

Pour rendre hommage aux survivants des pensionnats, Élise Fontenaille-N’Diaye raconte les difficultés de Dana et de sa petite sœur Keena, enfants chassés de leur communauté, les Haïdas, peuple amérindien de la côte ouest du Canada. Emprisonnée depuis neuf lunes dans ces Residential Schools aux « lits alignés par dizaines, surmontés d’une croix comme les tombes d’un cimetière », Dana s’ennuie de la grande-maison de son village, elle est si seule et si loin de sa grand-mère Nonas. Comme les autres autochtones, elle souffre et pleure en silence. « Vous étiez de vilains petits sauvages, vous serez de bons chrétiens ! Vous ne serez plus jamais des Indiens. Oubliez vos dieux-animaux, vos coutumes barbares ! »

Le jour de leur départ, Nonas leur a crié : « N’oubliez pas que vous êtes les filles de l’Aigle ! » Grâce à cette grand-mère chamane qui a des pouvoirs, grâce aux animaux qui les protègent, les fillettes regagnent leur communauté. Nonas, qui a plus d’un tour dans son sac, se jouera bien des blancs qui les pourchassent. Les illustrations aux allures rupestres mettent en valeur la nature, les animaux et la culture totémique des Amérindiens.

******************************************

Danielle Daniel. Parfois je suis un renard. Markham, Éditions Scholastic, 2018, 40 p.

Melanie Florence. Les mots volés. Illustrations de Gabrielle Grimard. Markham, Éditions Scholastic, 2017, 24p.

Élise Fontenaille-N’Diaye. Les Filles de l’Aigle. Illustrations de Quentin Duckit. Paris, Éditions Gallimard, 2017, 28 p. (Giboulées)

David Alexander Robertson. Quand on était seuls. Illustrations de Julie Flett. Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 2017, 28 p.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire