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Paroles de femmes autochtones

Anne-Marie Aubin

Voici quelques suggestions de lecture pour mieux connaître la réalité des femmes autochtones. Les écrivaines présentées ici viennent du Nord. Elles écrivent, chantent et racontent, au passé, au présent et au futur. Ces créatrices passionnées, militantes, travaillent à bâtir des ponts, à créer la beauté afin de lutter contre le racisme et la discrimination. Comme elles sont trop nombreuses, je ne vous en présente que trois. Allez les découvrir !

Virginia Pésémapéo Bordeleau

Virginia Pésémapéo BordeleauMétisse crie née en 1951 aux Rapides-des-Cèdres d’un père québécois et d’une mère crie, Virginia est artiste-peintre, poète, écrivaine et conteuse. Elle vit maintenant à Rouyn-Noranda. Ses toiles ont été exposées au Québec, aux États-Unis, au Mexique et au Danemark. Elle signe quelques recueils de poésie, puis le premier roman érotique amérindien, L’amant du lac, en 2013.

En 2014, inspirée par la mort de son fils, elle offre un récit autobiographique très émouvant intitulé L’enfant hiver : « J’ai tenté de trouver les mots pour nommer l’innommable / En plongeant avec tout mon courage dans une fange / Celle de mon enfance dévastée / En maintenant contre moi l’amour de mon fils / En souvenir de lui, sortir du deuil / Et émerger vers la lumière. »

Natasha Kanapé Fontaine

Natasha Kanapé FontaineInnue de Pessamit (Betsiamites) sur la Côte-Nord, Natasha est née en 1991. Poète, interprète, slameuse, comédienne, militante pour les droits autochtones et environnementaux, elle fait partie de cette nouvelle génération fière de ses origines.

Son premier recueil de poésie (finaliste au prix Émile-Nelligan) s’intitule très joliment N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures : « Trop longtemps / J’ai porté mon canot en des forêts citadines / mon pays m’appelle / mon pays me revient / j’achève mon exil / pour un retour / tremblant. »

Manifeste Assi, publié en 2014, rend hommage à la terre qui étouffe sous l’exploitation démesurée des ressources naturelles. Ce chant de survivance a été inspiré par le mouvement Idle No More. En 2016, son recueil Bleuets et abricots donne parole à la femme indigène qui renverse l’histoire et la recrée. Dans Kuei, je te salue, nous pouvons lire sa correspondance avec Deni Ellis Béchard sur le rapport à l’autre, sur le respect de la différence, en un dialogue qui ouvre la porte à la réconciliation. En plus de publier dans de nombreux ouvrages collectifs, elle a participé à divers événements littéraires en Belgique, à Haïti, en France, en Allemagne, en Écosse et sera au Tibet en 2017.

Naomi Fontaine

Naomi FontaineInnue née en 1988 à Uashat, près de Sept-Îles, cette écrivaine et blogueuse a fait des études en pédagogie à l’Université Laval afin de retourner dans son village pour enseigner. En 2011, elle publie Kuessipan (titre qui signifie « à toi » en innu-aimun), un recueil de fragments et tableaux intimistes de la vie quotidienne dans sa réserve : « Il fait des sourires à l’enfant, il demande qui est son père. Il répond : Je n’ai pas de père. Il regrette. Il aurait dû lui demander qui est sa mère. »

Ses principaux thèmes témoignent de l’amour qu’elle porte à sa communauté : la nature, l’enfance, la mort, la femme, la force des aînés. Loin de la dénonciation, de la rancœur ou du folklore, elle est du côté de l’avenir, de l’espoir. Son écriture nous touche par son authenticité et par sa tendresse. Écrivaine reconnue, Naomi Fontaine a participé à de nombreux événements littéraires et milite pour la justice. Dany Laferrière en a dit beaucoup de bien.

Il est d’ailleurs intéressant de souligner que c’est Rodney Saint-Éloi, écrivain québécois d’origine haïtienne, qui publie toutes ces auteures dans sa maison d’édition, Mémoire d’encrier. Bref, elles sont plusieurs femmes autochtones à prendre la parole, à militer, à créer des ponts par la poésie pour redonner une dignité à leur peuple. Puisqu’on ne peut changer le passé, choisissons l’ouverture aux autres, le dialogue et l’espoir en l’avenir. À quand la littérature autochtone intégrée au programme scolaire québécois ?

Post-Scriptum: 

FONTAINE, Naomie. Kuessipan, Mémoire d’encrier. Montréal, 2011, 111 pages.

 

KANAPÉ FONTAINE, Natasha. N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures. Mémoire d’encrier, Montréal, 2012. 73 pages.

KANAPÉ FONTAINE, Natasha. Manifeste Assi. Mémoire d’encrier, Montréal, 2014, 87 pages.

KANAPÉ FONTAINE, Natasha. Bleuets et abricots. Mémoire d’encrier, Montréal, 2016, 81 pages.

ELLIS BÉCHARD, Deni et KANAPÉ FONTAINE, Natasha. Kuei, je te salue. Écosociété, Montréal, 2016, 160 pages.

 

PÉSÉMAPÉO BORDELEAU, Virginia. L’amant du lac. Mémoire d’encrier, Montréal, 2013, 141 pages.

PÉSÉMAPÉO BORDELEAU, Virginia. L’enfant hiver. Mémoire d’encrier, Montréal, 2014, 159 pages.

PÉSÉMAPÉO BORDELEAU, Virginia. Je te veux vivant. Éditions du Quartz, Rouyn-Noranda, 2016, 57 pages.

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  • Artistes des premières nations

    Merci pour ces propositions de lectures!

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