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Paul à la maison : apprivoiser la solitude

Anne-Marie Aubin

Tous les fans de la série Paul seront heureux de retrouver le héros de Michel Rabagliati dans un nouvel épisode aussi intéressant que les précédents. Le bédéiste raconte une période de grisaille dans la vie de son alter ego tout en nous faisant éclater de rire par moments. Rabagliati témoigne encore une fois de son grand talent de conteur d’histoires.

Une mère d’exception

Dans les albums précédents de la série, l’auteur racontait un épisode marquant de sa vie : enfance chez les scouts, adolescence et premier emploi, premier amour et vie en appartement… Cette fois, le retour dans le passé concerne la mère de Paul. On découvre la vie difficile d’Aline Roy, de son enfance à aujourd’hui. Paul lui rend visite à son appartement et fait des courses pour elle qui se remet difficilement d’une opération. Cette mère terre à terre, qui gère sa vie avec aplomb, nous fait étonnamment sourire dans les moments les plus dramatiques.

Saison difficile dans la vie de Paul

Paul traverse une mauvaise période à la suite de sa séparation. Sa fille Rose vit chez sa mère et il gère difficilement le quotidien à la maison en plus de ses problèmes de santé. Sans jamais verser dans le mélo, l’auteur nous fait, au contraire, éclater de rire dans ses moments d’exaspération. La solitude lui pèse parfois, mais il ne voit pas comment il pourrait rencontrer l’âme-sœur sur les sites de rencontre stupides ni dans les cafés où les gens sont rivés à leur écran. Ce vide lui permet d’observer tout autour de lui et de se défouler pour notre plus grand plaisir. Tout y passe : déposer un chèque en argent américain à la caisse, la ville de Montréal et ses parcomètres, le niveau de langue des adolescents qui dialoguent, les humains soudés à leur téléphone intelligent, les obsessions de son voisin qui vit au Québec depuis 60 ans et qui n’a pas encore appris le français… Rien n’échappe à l’œil du graphiste qui détaille les affiches publicitaires des Caisses Desjardins avec humour et qui choisit la soupe en conserve en fonction de sa typographie !

La vie professionnelle

Juste avant une séance de signatures, accoudé à la mezzanine du Salon du livre de Montréal, Paul revoit son parcours professionnel. Il a le bonheur de vivre de son art ; voilà une belle réalisation. L’auteur rend hommage à l’équipe de sa maison d’édition, aux écrivains vedettes : Michel Tremblay, Marie Laberge, Dany Laferrière. Il écorche, au passage, la ridicule mascotte Caboche qui fait pleurer les enfants (parodie du faux personnage de Caillou créé par Hélène Desputeaux).

Avec beaucoup d’autodérision, Paul raconte une mauvaise rencontre scolaire, comme il y en a trop, hélas ! Plusieurs créateurs se reconnaîtront pour avoir vécu des expériences semblables où rien ne se passe comme prévu : les étudiants entassés dans un auditorium ne savent rien de l’auteur invité, n’ont jamais lu ses livres, et les professeurs en profitent pour filer en douce… Mieux vaut en rire !

Passent les saisons…

Il y a des passages poétiques dans cet album qui s’ouvre sur quelques planches sans texte avec un gros plan sur un bihoreau, puis le premier chapitre présente un pommier à demi mort, qui ne fleurit que d’un côté. Cette métaphore évolue au fil des chapitres jusqu’à plus rien : une souche à ras le sol. Les planches de la coupe de l’arbre par un émondeur, dessinées en parallèle avec le héros qui doit subir une extraction chez le dentiste, sont très réussies. Passage difficile, passage obligé.

Les saisons passent, les gens aussi. Le cancer emporte Aline, et Rose part seule à l’aventure en Angleterre. Paul cesse de s’accrocher au passé ; il assume le présent. Près de la souche du pommier, il plante le petit cerisier que son voisin lui a gentiment offert. Le printemps est là, plein de promesses. Bientôt, le cerisier va fleurir.

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RABAGLIATI, Michel. Paul à la maison, Montréal, La Pastèque Éditeur, 2019, 208 p.

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