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Récit de voyage sur des bancs publics

Anne-Marie Aubin

S’il est un auteur qui représente bien la Montérégie, c’est Jacques Boulerice. D’abord parce qu’il y a vécu la majeure partie de sa vie, qu’il a enseigné à quelques milliers d’étudiants tout au long de sa carrière au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu, et puis aussi parce que cette belle région est au cœur de son œuvre.

Toutefois, son dernier livre,  Un autre jour, nous amène ailleurs, en voyage, le temps d’une pause sur un banc public.

Le projet : 52 bancs, 52 textes

Madeleine Ghys enseigne l’art au Cégep du Vieux Montréal. Lors de ses voyages, elle aime photographier les bancs publics. Bancs de parc, d’église, de musée, de traversier, de gare, de bistrots, de cimetière, de terrasses... qu’ils soient de plastique, de béton, de bois, de métal,  tous offrent à voir, à méditer et à prendre le temps.   

À partir d’une sélection de 52 photographies, Jacques Boulerice a imaginé de courts récits poétiques inspirés de ces bancs déserts, comme 52 cartes postales envoyées de façon anonyme pendant 52 semaines.  Divisé en quatre chapitres intitulés À suivre, Un autre jour, Une autre place, Au soleil, les semaines défilent suivant les quatre saisons et le lecteur imagine le voyage dans les villes et villages du Québec, de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, de la France et de l’Espagne.

Un livre d’art

Une page couverture magnifique propose une photographie de Cordes-sur-Ciel, petit village pittoresque du sud-ouest de la France, où deux bancs à l’ombre d’un arbre se font face, comme les auteurs de ce livre. Une niche déserte au cœur d’un mur de pierres telle une oreille ouverte, des fenêtres aux volets ouverts observent, une raie de lumière, un lampadaire, un escalier qui mène ailleurs… Voilà pour le décor; le récit peut commencer.  

D’entrée de jeu, Jacques Boulerice annonce «un voyage sur le mode enjoué de la féérie des jours…» À la façon d’un photographe, le poète nous offre des images, des scènes… comme si nous y étions.

«Alors que l’ennui se cherche un petit rôle dans la pièce, les jours changent de lumière et nous offrent d’autres «billets de saison». Un abonnement renouvelable. Les feuillus ne tournent la page que pour proposer aux passants une exposition inédite, un catalogue tout neuf.»   

À chaque nouvelle page, Madeleine Ghys nous propose une image et Jacques Boulerice éveille nos sens, nous offre à voir, à humer, à entendre et à goûter ces instants fugitifs :

«Bien attachées aux murailles, les giroflées se reposent. Sur l’ocre des maisons, la lumière coule comme du sable. Accordé aux cigales, un papillon trace la ligne discontinue du temps. Nous faisons une pause à la fontaine d’une petite place assoupie. Soudainement, les éclats de rire d’une femme heureuse déchirent le silence. En noir et blanc, une pie reprise le ciel au-dessus des parasols qui lissent l’air ondulant sous le soleil. On peut rêver.»

Une fois réunis, les textes et les magnifiques photographies auraient bien pu devenir des cartes postales, un carnet touristique, un journal de voyage, un agenda… mais les éditions Les heures bleues, fidèles à eux-mêmes, en ont fait un véritable livre d’art. Photographies couleurs imprimées sur papier glacé, format carré, le tout offert à prix très raisonnable : bravo à tous pour ce bel objet à lire au fil des semaines.

Un lancement

Les auteurs et éditeurs vous invitent au lancement officiel de cet ouvrage le jeudi 21 mai prochain à la librairie Alire à la place Longueuil de 17 heures à 19 heures.

Voilà un livre qui ne laissera personne indifférent, car autant les lecteurs et que les visuels y trouveront plaisir. Les curieux, comme moi, chercheront à repérer les bancs lors de leurs prochains voyages...

 

Jacques Boulerice. Un autre jour.

Photographies de Madeleine Ghys.

Saint-Lambert, Éditions Les Heures bleues, 2015, 125 pages. 

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