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La tournée Zappa Plays Zappa au CDA

Tel père, tel fils

Alex Morel

Il existe de ces souliers qui sont si grands et uniques que seul un géant peut les chausser. Si l’œuvre des Sean Lennon, Lisa Marie Presley et Kelly Osbourne de ce monde ne sauront jamais se tailler une place au chevet des contributions immortelles de leurs pères respectifs, certains enfants prodiges ont la chance d’être portés sur les épaules d’un patriarche excentrique. Le nom de Frank Zappa n’est peut-être pas aussi reconnu que ceux de John, Elvis et Ozzy, mais à travers les 62 albums parus en 27 ans de carrière, son fils a hérité d’une banque impressionnante de chef d’œuvres d’exploration musicale qui serviront à jamais d’inspiration pour des millions de techniciens de la mélodie.

 Dès l’âge de quinze ans, le talent de soliste de Dweezil Zappa apparaît sur Them Or Us dans la pièce ‘’Sharleena’’ où père et fils participent à un duel sonore armé du trident électrique conçu par Orville Gibson. Après la mort de Frank en 1993, le dauphin enregistre deux albums avec son frère cadet Ahmet en plus de contribuer sur quelques reprises avec des artistes aussi variés que Pat Boone et Weird Al Yankovic. C’est finalement en 2006 que le projet Zappa Plays Zappa prend forme. Lors de leur première tournée, le collectif compte sur la présence d’invités de marque ; le guitariste Steve Vai, le batteur Terry Bozzio et le multi-instrumentiste Napoleon Murphy Brock ont largement contribués sur les albums originaux dès le milieu des années 70. Largement puisé dans la portion rock du répertoire, ZPZ présente chaque année un spectacle composé autant de classiques que de pièces obscures qui viennent rejoindre les plus fins connaisseurs. Si la présence d’invités spéciaux est plus sporadique depuis 2008, l’esprit du maître est toujours aussi prédominant à l’aide d’une piste audio-visuelle synchronisée qui permet au public de revivre quelques moments magiques entre les deux générations de guitaristes. De leur propre stature, les six musiciens qui partagent la scène offrent un spectacle rodé au quart de tour où transparait malgré tout une touche d’improvisation et d’humour, cette contradiction harmonieuse conçue par ce génie musical du vingtième siècle à l’intérieur des joyaux comme ‘’Muffin Man’’ et ‘’My Guitar Wants To Kill Your Mama’’ pour faire découvrir l’œuvre de Frank Zappa à une nouvelle génération de musiciens, tout en la faisant revivre pour les amateurs déjà conquis.


Vu la vaste étendue du catalogue musical de Frank Zappa, son fils profite d’un répertoire infini lui permettant de varier le contenu du spectacle à chaque tournée. Invités à réchauffer la foule d’arénas pour Dream Theater en 2009, l’expérience ZPZ respire mieux dans une salle plus intime comme le Metropolis où elle s’arrête habituellement. Cette année, les musiciens ont ajouté quelques villes de la province à leur itinéraire, et la Salle Desjardins du Centre des Arts Juliette-Lassonde de Saint-Hyacinthe aura l’honneur le 24 octobre prochain de devenir le théâtre de l’absurdité contrôlée pour le plaisir des mélomanes. Sans être sorti de l’ombre de son père, Dweezil a su prouver qu’il était apte à projeter une silhouette campée d’une personnalité qui prouve que la pomme peut devenir un arbre à son tour.

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