• Culture

un excellent polar pour les vacances

Anne-Marie Aubin

Jean Lemieux est né à Iberville et a étudié au Séminaire de Saint-Jean avant d’entreprendre des études en médecine. Inspiré par le magnifique décor et les gens des Îles-de-la-Madeleine où il fut médecin plusieurs années, il a d’abord choisi ce décor magnifique pour ses romans policiers : La lune rouge, On finit toujours par payer, Le mort du chemin des Arsène…

Ensuite, l’auteur déplace son héros enquêteur André Surprenant des Îles à Québec dans L’Homme du jeudi  puis à Montréal dans son dernier titre : Le mauvais côté des choses.

Surprenant arrive à Montréal

Grâce au réseau de son oncle Roger, André Surprenant quitte Québec pour travailler à l’escouade des crimes majeurs du SPVM. Il hérite également de la maison de son oncle rue de L’Épée à Outremont. 

Surprenant apprend vite. Montréal n’a rien à voir avec les enquêtes aux Îles, son bureau est minuscule, mais le territoire à couvrir est très dense : le multiethnique, la mafia italienne, le crime organisé, la prostitution, la drogue, l’antigang, les Hells … tout y est.

Une main, une branche d’amélanchier

 «Sa grosse main noire, ornée d’une lourde chevalière en or, se pose sur ma cuisse. »

Ainsi débute le roman, cette main sur la cuisse d’une jeune prostituée héroïnomane qui se prend pour Tinamer de Portanqueu. Nous voilà déjà au cœur de l’intrigue.

Saison chère à l’auteur, le récit débute à l’automne, plus précisément à l’Halloween, dans la Petite-Italie. Luca Brancato, propriétaire d’une petite pizzéria, est abattu. On lui a tranché la main droite et tout près du cadavre une branche d’amélanchier est insérée dans un  poteau. Ce scénario se répète avec Stéphane Crevier : abattu, main coupée, branche d’amélanchier… Puis une vague d’assassinats s’ensuit, avec toujours la même mise en scène. On croit avoir affaire à un meurtrier en série ou à un psychopathe.

L’Amélanchier, source d’inspiration

Jean Lemieux (photo Tjerk Bartlema) Surprenant n’est pas un enquêteur banal. Passionné de musique, gastronome, il a des lettres et connaît le roman de Ferron, ce qui l’aidera dans son enquête. Sa compagne Geneviève dira de lui qu’il est «un puits de connaissances». On pourrait en dire autant de l’auteur, car les romans de Lemieux sont truffés de références littéraires, musicales, cinématographiques, culinaires...  En exergue, Lemieux cite le fameux roman de Ferron, chez qui il puise également le titre de son roman :

«Je me sentais à la fois honteuse et fière d’être sa fille. Il avait partagé le  monde en deux unités franches et distinctes qui figuraient le bon et le mauvais côté des choses, Lui seul avait accès à ce dernier, lui seul ne le craignait pas.»

L’Amélanchier, ce roman de Jacques Ferron,  raconte l’enfance extraordinaire de Tinamer de Portanqueu dans l’univers imaginaire créé par son père jusqu’à ce qu’elle quitte le monde de l’enfance et découvre le mauvais côté des choses. Il y a là un parallèle avec le cheminement de Surprenant qui retourne sur les lieux de l’enfance.

Une quête des origines sur les rives du Richelieu

André Surprenant a vécu un drame à 9 ans : la disparition de son père en octobre 1970. Depuis, il cherche à le retrouver. Surprenant le trouve à Los Angeles, malade et vieillissant. Après 38 ans d’absence, Maurice Surprenant renvient à Iberville et revoit la rue Riendeau, la cantine chez Mickey, la rivière à Barbotte,  l’église Saint-Athanase, la rivière Richelieu… aux côtés de son père retrouvé, André Surprenant retourne sur les lieux de son enfance et cherche à comprendre les raisons de son absence aussi soudaine qu’inexpliquée.

Une enquête bien menée

Jean Lemieux dirige habilement ces deux intrigues qui nous tiennent en haleine jusqu’à la fin. Ce quatrième épisode des enquêtes de Surprenant, le meilleur de la série à mon avis, présente des personnages crédibles, des crimes à l’image de notre société, le tout bien ficelé et écrit dans un style littéraire et rythmé. Nous attendons la suite, car Surprenant ne fait que débuter sa carrière à Montréal…

 

Jean Lemieux. Le mauvais côté des choses. Éditions Québec/Amérique, 2015, 374 pages.

 

Écrire un commentaire >

  • Re: un excellent polar pour les vacances

    Montrez-nous qu'il y a une réelle vision littéraire, une écriture digne d'un écrivain.. Tenir en haleine ? Tous les polars le font, mais la plupart n'ont aucune envergure littéraire. Je trouve affligeant qu'un chroniqueur n'analyse pas l'écriture d'un polar. Il n'y a pas que la fiction...

  • Ajouter un commentaire

    Actualiser Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. Tapez les caractères que vous voyez dans l'image; si vous ne pouvez pas les lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Pas sensible à la casse.  Passer à la vérification audio.