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21 décembre

Un journal intime fictif pour aborder l'histoire

Anne-Marie Aubin

J’entends souvent des gens me dire : "Ah l’histoire! Rien que des dates! je déteste!" Mais l’histoire c’est aussi des gens, des modes de vie… et la lecture de romans historiques peut s’avérer une belle façon d’approfondir ses connaissances sur une époque ou un pays. Certains auteurs utilisent la forme du  journal personnel pour rédiger une biographie fictive. Je vous en présente deux exemples.

 

Journal intime masculin québécois

Et si Émile Nelligan avait écrit son journal personnel? Voilà la question à laquelle Daniel Mativat a répondu. Inspiré des biographies signées par les spécialistes de Nelligan, l’auteur a rédigé un journal intime fictif. Ces carnets imaginaires débutent en décembre 1896 alors qu’Émile a 17 ans et se terminent à l’automne 1941, à sa mort. 

«Vouloir devenir écrivain dans la province de Québec est une entreprise parfaitement désespérée. Vouloir faire sa marque, comme poète de surcroît, tient de la folie pure. Crémazie avait raison. Moi aussi «je suis né trop jeune dans un pays trop jeune.» (25 mars 1897)

Rédigé au «je» ce texte est parsemé d’extraits de poèmes réels de Nelligan.  L’ouvrage est bien documenté,  des passages en anglais témoignent de l’époque et du contexte dans lesquels notre poète a grandi. Cette lecture donne le goût de lire la poésie de Nelligan et permet de mieux le connaître, de vivre sa crise au jour le jour.

 

Daniel Mativat. Émile Nelligan ou l’abîme du rêve. Éditions Pierre Tisseyre. Collection "Conquêtes". 

 

Journal intime féminin français

Cette collection présente des journaux intimes féminins de différentes époques : Constance la fiancée de Mozart, Sissi, future impératrice d’Autriche.  Chaque livre ressemble à un journal  personnel rédigé de janvier à décembre. Lire au jour le jour les carnets personnels d’une jeune fille permet d’imaginer l’éducation, le mode de vie, les loisirs, les relations amoureuses, le mariage…

Charlotte Renaudier, presque quinze ans, vit  à Paris et observe les changements de son époque, le Second Empire. À travers son journal, nous apprenons que son père fait des affaires, que sa mère s’occupe de l’éducation. Jeune fille de bonne famille, Charlotte étudie en institution et apprend à domicile le piano avec le timide et plutôt séduisant Monsieur Delcourt ! L’auteur, Jean-Côme Noguès, a su créer des personnages plausibles et attachants.

« Tante Lucienne est passée nous voir. J’étais dans ma chambre, en train de lire La mare au diable, un roman de George Sand, quand Yvonne est venue n’en avertir. Une visite de tante Lucienne c’est toujours du bonheur.» Vendredi 4 mai.

Comme  toutes les jeunes filles, Charlotte veut se vieillir, se marier, être  heureuse, découvrir le monde. À la lecture, toute une époque se dessine, celle du Second Empire de Napoléon III.  Le  journal est à la mode en cette période romantique, surtout chez les jeunes filles. Cette jeune fille du XIXe siècle risque de plaire aux jeunes filles d’aujourd’hui  et leur donnera peut-être l’idée d’écrire leur journal.

Jean-Come Noguès. Au temps des crinolines :  Journal de Charlotte Renaudier, 1855.  Gallimard Jeunesse. Collection "Mon histoire".

 

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