• Culture

Une mère exceptionnelle

Anne-Marie Aubin

Valérie Carreau, jeune auteure native de La Sarre en Abitibi, habite maintenant Saint-Bruno de Montarville. J’ai découvert cette nouvelliste par son recueil La huitième gorgée que j’avais beaucoup apprécié. Elle nous offre cette fois un premier roman : Une mère exceptionnelle. C’est un livre superbe, de format original, un peu comme un carnet de notes, qui propose une page couverture séduisante de Janet Hill. Bravo aux éditions le Marchand de feuilles.

Pas facile d’être mère

Le roman débute alors que Catherine s’éveille dans sa nouvelle maison, enceinte, épanouie, heureuse. Elle prépare le déjeuner de sa petite famille.  Mère de deux petites filles, Sarah 9 ans et Marie 6 ans, sa vie semble parfaite.  Après le petit déjeuner, Catherine éprouve un malaise soudain en trouvant dans son courrier la lettre d’une ancienne voisine, Madeleine. Cette femme réduite à la chaise roulante a tout son temps pour observer de sa fenêtre, elle a tout vu et envoie des lettres à Catherine qui n’en peut plus de se sentir ainsi espionnée.

L’auteure relate par la suite les neuf mois précédant cette journée. Catherine a rendez-vous avec l’agent d’immeuble, car elle veut vendre sa maison. Vendre pour aller vivre ailleurs, pour faire un deuil, pour survivre. Son fils Philippe, âgé d’un an, est mort noyé dans la piscine l’automne précédent, alors que Catherine allait répondre au téléphone. La culpabilité, les remords, les «j’aurais donc dû…» l’habitent continuellement : elle s’entraîne, cuisine, frotte et récure à l’excès pour ne pas trop y penser.

«..depuis la disparition de Philippe, toute son énergie était consacrée à la reconstitution du bien-être de sa précieuse famille. Ce que Catherine ne faisait pas sans peine. »

Son mari David, courtier d’assurances, passe de longues heures au travail. Le soir il descend dans  sa salle d’entraînement et dort souvent sur son divan, au sous-sol.

L’obsession de la perfection

Photo : Sarah Scott.Valérie Carreau décrit avec détails les obsessions de son héroïne, les multiples tâches de ses journées, ses crises d’angoisse, sa nervosité, son mal de vivre. Cette mère, perfectionniste à l’extrême, a décidé de rester à la maison après la naissance de ses filles. «Catherine trouvait inacceptables les libertés prises par celles qui, au travail, arrivaient en retard, s’absentaient plus souvent, devaient partir plus tôt… Celles qui, à la maison, le soir, préparaient à la course, des légumes bouillis dépourvus d’assaisonnement…» Excessive, il lui paraît impossible de concilier carrière professionnelle et vie de famille.

L’envers du décor

Tout semble sous contrôle, la maison, les enfants, leurs vêtements, les petits plats que Catherine cuisine…   Complètement obsédée par l’image, le paraître, le regard des autres, cette jeune femme en oublie sa vie personnelle, néglige sa relation de couple, sa vie sociale…   Le dénouement laisse planer l’espoir d’une vie meilleure pour la famille Nadeau-Lajoie.

Ce premier roman de Valérie Carreau offre une réflexion intéressante sur le statut de la femme dans notre société de performance, le stress qu’on impose aux nouvelles mamans et les excès de consommation des jeunes familles.  Il est aussi question de l’envers du décor, celui qu’on découvre d’un chapitre à l’autre.  Catherine fait partie de ceux dont la maison est si rangée- digne des revues de décoration - qu’on se demande si des gens y vivent.

Valérie Carreau. Une mère exceptionnelle. Montréal, Le marchand de feuilles, 2014, 199 pages.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire

Actualiser Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. Tapez les caractères que vous voyez dans l'image; si vous ne pouvez pas les lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Pas sensible à la casse.  Passer à la vérification audio.