• Culture

Une page peu glorieuse de notre histoire

Anne-Marie Aubin

Afin d’aborder un thème tout à fait d’actualité, celui des femmes autochtones, voici deux livres touchants, relatant la jeunesse de deux jeunes filles. À lire absolument!

Je ne suis pas un numéro

Irène, une fillette de 8 ans, se voit arrachée de force à sa famille qui vit dans la réserve de la Première Nation Nipissing (Ontario). La loi oblige ses parents à la laisser partir, avec ses deux frères, vers le pensionnat.

Les filles et les garçons habitent dans des bâtiments différents. Irène, séparée de ses frères, perd son identité. Elle devient le numéro 759.  Puis elle doit  passer sous l’eau glacée de la douche. Les religieuses frottent fort, car elles préfèrent les filles à la peau claire. Une fois vêtue du costume gris, on lui coupe les cheveux : «Chez nous, une longue chevelure était source de fierté. Nous les coupions quand nous perdions un être cher. J’avais l’impression qu’une partie de moi mourait avec chaque mèche qui tombait.»

En plus du choc de la séparation, de l’austérité, la fillette subit des sévices lorsqu’elle prononce un mot de sa langue maternelle :« Je tendis lentement les mains et sœur Mary abaissa le bassin brûlant sur ma peau. (…) – Ça t’apprendra à parler cette langue ici. Tu devrais avoir honte! »

Heureusement, avec l’été, les enfants rentrent à la maison et informent leurs parents – à qui il était interdit d’écrire – des conditions de vie au pensionnat. La famille cherche alors un moyen d’échapper à cette loi stupide.

Ce magnifique récit inspiré de la vie de la grand-mère de Jenny Kay Dupuis n’est pas unique : 150,000 enfants furent victimes des pensionnats. Un dossier en annexe enrichit la lecture de cet album.

Les mots qu’il me reste

Dans la superbe collection « Cher Journal », Scholastic nous offre à lire les pages intimes de Violette Pesheens, jeune Anishnabe enlevée à sa famille pour aller étudier loin de chez elle. Au pensionnat, Violette devient le numéro 75. Elle écrit sur des feuilles volantes, car à son arrivée on lui a tout enlevé : « Il ne me reste plus rien … J’avais des cailloux qui venaient de chez nous et des plumes que grand-maman m’avait données. Ils ont aussi pris mon journal intime… »

Tout cela se déroule tout près de nous, en 1966, en Ontario. Il est interdit d’écrire un journal, de parler sa langue, il faut parler anglais seulement. La vie au pensionnat s’avère difficile, il y a des tensions entres les filles cries.  

Écrire pour survivre

La jeune Anishnabe écrit pour ne pas oublier sa langue, elle écrit aussi pour sa grand-mère à qui elle donnera les feuilles à son retour.  Puisqu’on confisque sa correspondance, Violette transcrit au fur et à mesure les lettres qu’elle reçoit de sa mère et de sa grand-mère. Nous partageons ainsi ses peurs, ses peines, ses cauchemars :   « Je rêvais que maman et grand-maman s’éloignaient de moi sur la voie ferrée et que je leur criais de m’attendre. Je courais de toutes mes forces, mais sans arriver à les rattraper, et elles ne se  retournaient même pas pour m’attendre! »

L’auteure Ruby Slipperjack est née à Whitewater en Ontario et a vécu dans un de ses pensionnats dans les années 1960. Ce récit troublant, inspiré de son expérience, ne laisse personne indifférent. Un documentaire illustré complète le texte de fiction.

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Dupuis, Jenny Kay. Je ne suis pas un numéro. Illustrations de Gillian Newland.  Éditions Scholastic, 2017, 32 p.


Slipperjack, Ruby.  Les mots qu’il me reste. Violette Pesheens, pensionnaire à l’école résidentielle Nord de l’Ontario, 1966. Traduction de Martine Faubert. Éditions Scholastic, 2017, 192 p. (Collection Cher Journal)

 

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