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Vivre avec une différence

Anne-Marie Aubin

Emmanuelle Caron, auteure d’origine française qui vit au Québec, a été finaliste pour le prix du Gouverneur général du Canada cet automne pour son roman Gladys et Vova, mettant en scène deux enfants jumeaux abandonnés par leur mère. Traversant tant bien que mal cette épreuve, les enfants trouvent compensation dans l’imaginaire et le rêve que leur apporte un jour une marionnettiste. (voir article précédent)   Nous retrouvons dans son tout dernier roman les thématiques chères à l’auteure : la gémellité, la marginalité vécus cette fois par des héros plus adolescents qui trouveront refuge dans le rêve et la littérature.  


Vivre avec une maladie mentale

Le roman débute sur une note nostalgique : à la fin de l’été, Joachim prend son dernier bain de mer. Il appréhende la rentrée scolaire qui approche. L’école a toujours été un environnement hostile pour Joachim - surnommé «le fou» car il souffre de crises, d’hallucinations et parce qu'il est condamné à avaler la petite gélule bleue :

«Joachim se méfiait instinctivement. L’habitude d’être rejeté était bien ancrée. Il ne recherchait pas leur compagnie, il avait trop souffert. Sa différence était un obstacle apparemment insurmontable.» 

Parce que sa mère est malade, Joachim vit en Bretagne chez son grand-père, un ancien marin marginal et excentrique. Malgré toute l’affection de Papy, notre jeune héros  vit difficilement la rentrée dans ce nouvel univers, le collège Saint-Pol-Roux :

«Les hommes ont tendance à saccager la beauté quand ils la rencontrent. Ils ne savent pas quoi en faire. Toi, tu n’es pas comme ça, c’est pour ça qu’ils te rejettent.»

L’aventure et la découverte de l’amour

Emmanuelle Caron, l'auteure.Le paysage immense du Finistère, la mer, les landes, les rochers, les légendes offrent au jeune adolescent l’inspiration et les lieux pour écrire et lire. Les allusions littéraires dans ce roman témoignent de la passion de l’auteure : Jules Verne, Corbière, Rimbaud, Tintin, Arsène Lupin, les contes de fées, Robinson Crusoé, Noé, le capitaine Nemo, les Sirènes…

Stéphane, une jeune fille de son école, l’affronte, le trouble et le bouleverse. Un jour, poursuivie par des personnages violents, elle  fuit et se trouve par hasard au repaire secret de Joachim … Le mystère autour de cette fille attire Joachim et l’entraîne dans une série de poursuites dramatiques. 

Un univers fantastique et un monde à sauvegarder

Heureusement, son grand-père veille sur lui et, grâce à un code secret, il lui permet d’atteindre une île mystérieuse qui est à la fois dernier sanctuaire, réserve de la biodiversité, jardin d’Éden et lieu recherché pour ses richesses non renouvelables. Joachim s’y retrouve avec Stéphane et sa sœur jumelle, Ombelle.  Cette parenthèse enchantée leur offre la guérison : «Dans l’île, ils apprenaient à être eux-mêmes, à s’aimer et à aimer … ils guérissaient d’eux-mêmes et du monde, grâce à la beauté de cette île enchantée.»

Dès les premières lignes, l’auteure nous touche par son écriture poétique, ses personnages attachants et vraisemblables. Elle offre à voir et à sentir. Ses petits chapitres aux nombreuses péripéties et poursuites donnent du rythme à la lecture de ce texte qui valse entre le roman, le conte, le fantastique et le récit d’aventures. Emmanuelle Caron a réussi le pari d’aborder des sujets difficiles et de raconter une histoire touchante sans jamais tomber dans le mélodrame. En plus, elle offre un dénouement plein d’optimisme, un hommage à la beauté du monde.  

Emmanuelle Caron. Lorelei en Finistère. Paris, l’École des Loisirs, 2014, 207 pages.

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