• Environnement

Déversement dans la Yamaska : symptôme d’un problème plus profond

Daniel Breton

D’entrée de jeu, je voudrais commencer cet article en soulignant un fait important : Depuis les derniers 30 ans, la qualité de l’eau de la majorité des rivières et lacs ainsi que du fleuve St-Laurent s’est considérablement améliorée. 

Mais malgré tous les efforts déployés par les citoyens, les agriculteurs, les entreprises, un fait demeure : la gestion de nos eaux usées demeure inadéquate et c’est ce qui fait que nous avons été témoins du déversement de St-Hyacinthe.

Plusieurs raisons expliquent ce qui est arrivé :

Rivière Yamaska (Rapide-Plat.) Photo : Nelson Dion En vertu de la Loi sur la Qualité de l’Environnement du Québec (LQE), « l’article 20 interdit « l’émission, le dépôt, le dégagement ou le rejet dans l’environnement d’un contaminant au-delà de la quantité ou de la concentration prévue par règlement du gouvernement » ou susceptible de nuire à la qualité du milieu »1

Logiquement, si on appliquait la loi, ce déversement devrait donc être considéré illégal. Mais, vu la désuétude de nos infrastructures de gestion des eaux à travers le Québec, le MDDELCC tolère ces « déversements planifiés » afin de limiter les dégâts. Car la situation observée ces jours-ci en ce qui a trait à l’eau est la suivante : nous ne sommes plus tant dans l’amélioration de la qualité de l’eau que dans la limitation des dégâts.

Sur le terrain, le MDDELCC2 dispose de moins en moins de budget pour faire son travail de chien de garde de l’environnement. Alors que les citoyens sont de plus en plus éveillés à l’importance de l’environnement, on coupe de plus en plus dans ce ministère, ce qui fait que, toutes proportions gardées, son budget ne représente plus que 0,2 % du budget total du gouvernement du Québec. 

Pas 2%. 0,2% du total.

Ainsi, il y a de moins en moins d’inspecteurs sur le terrain et dans les bureaux pour s’assurer que les municipalités puissent bien gérer ces « déversements planifiés ». D’ailleurs, à peine plus de la moitié des inspections prévues dans le cadre du programme de vérification des déversements ont été effectués en 2014-2015.

Moins de 10% des constats d’infractions à la LQE ont mené au cours des dernières années à des sanctions administratives ou pécuniaires. Par exemple, entre 2009 et 2010, la raffinerie Shell de Montréal-Est a reçu 10 avis d’infraction, mais aucune sanction monétaire même si l’entreprise se comportait de façon clairement négligente. Et personne ne croira que Shell n’avait pas les moyens…

Depuis le fameux « Flushgate » montréalais, 92 avis de non-conformité ont été remis à 69 municipalités entre novembre 2015 et mars 2016. Or, le montant maximal des amendes a été limité à un maigre 1000 $. C’est ce que le MDDELCC appelle « l’approche client », autrement dit, on ne veut pas nuire « aux vraies affaires ». Il n’y a donc pas vraiment de crainte d’amendes salées pour la très grande majorité des gens, entreprises et municipalités qui contreviennent à la loi.

Le MAMOT3 a, faute de moyens, récemment « déversé » la supervision et la validation de la collecte de données qui était auparavant centralisée sur la gestion des ouvrages des eaux usées aux municipalités. Ainsi, le gouvernement n’a plus de données fiables sur l’état, la nature et la quantité des déversements.

Bref, après des années à avancer dans le dossier de l’eau, on « stagne » voire on recule. Ce qui me porte à croire que ce qui est arrivé à St-Hyacinthe, qui a aussi sa part de responsabilité dans cette affaire, est aussi arrivé récemment à Saguenay et risque fort d’arriver ailleurs et cela pourrait potentiellement affecter non seulement les poissons, mais aussi les humains.

Si on a réellement à cœur l’environnement, ce n’est plus le temps de couper, mais d’investir. 

Et il ne faudrait pas attendre un « Walkerton » Québécois pour se réveiller.

 

 

Post-Scriptum: 

1 : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/rives/lois-reglements.htm 2 : MDDELCC : Ministère du Développement Durable, de l’Environnement et de la Lutte aux Changements Climatiques http://www.mddelcc.gouv.qc.ca 3 : MAMOT : Ministère des Affaires Municipales et de l’Occupation du Territoire http://www.mamrot.gouv.qc.ca

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  • Re: Déversement dans la Yamaska : symptôme d’un problème ...

    Même si on multipliait par dix le nombre d'inspecteurs, dans n'importe quel milieu il y aura toujours quelque part négligence ou incompétence ou innocence ou geste erroné ou aveuglement volontaire pour provoquer des catastrophes le plus souvent sans s'en rendre compte ou par manque de formation.

  • Re: Déversement dans la Yamaska : symptôme d’un problème ...

    Je demeure ici depuis août 2001 donc 15ans et il y a eu des épisodes d'algue bleue , et j,ai vu à chaque années des poissons morts flottants mais vendredi matin au bout de l'avenue Mondor près de l'île sur le bord de la rivière j'ai vu une 50aines de poissons mort et étant donné que la rivière était très basse au cause du barrage je croyais que c'était ''normal '' ...après j,ai appelé à la ville et on m'a dit ''oui oui on s'en occupe '' et toute la journée je n'ai pas vu personne aller où j'avais vu ces poissons .Après coup ils ont ouvert le barrage et tous ces poissons on flotté vers le fleuve ,éventuellement....C'est un témoignage véridique ....

  • Re: Déversement dans la Yamaska : symptôme d’un problème ...

    Je comprends cet article écrit par un homme hautement crédible en la matière, mais tout cela justifie-t-il que nos élus municipaux soient si peu imputables ?

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