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Gaz de schiste

La carotte et le bâton

la Rédaction

L’industrie des gaz de schiste déploie de nouvelles façons de nous faire avaler la couleuvre. Un nouveau porte-parole, des poursuites-bâillon, le financement de la rénovation d’une église, une campagne de désinformation, tout est mis en œuvre pour faire passer la décision. Le ministre des Ressources naturelles quant à lui songe à donner aux municipalités le pouvoir de dire non à certains projets de l’industrie. Pendant ce temps, en France, un moratoire est décrété...

Questerre amadoue

Questerre finance la rénovation d’une église à St-Édouard (Lotbinière) pour se donner bonne image auprès de la population locale. Il s’agit là d’une mesure visant à amadouer la population sur l’épineuse question des gaz de schiste. Le P-d-g de Questerre s’est dit inquiet des pressions publiques entourant le débat sur l’exploitation des gaz de schiste. Michael Binnion dit craindre le rapport du BAPE qui sera déposé le 28 février parce que « je ne suis pas inquiet des témoignages d’experts ni des preuves qui ont été présentées au BAPE. Je suis inquiet des pressions politiques et des pressions publiques. Je suis aussi inquiet de l’interprétation des résultats par le public et de l’interprétation des médias, » selon ses propos rapportés par Le Devoir.

 

Pour nous démontrer toute sa mauvaise foi, le P-d.-g. ajoute que « au BAPE, les opposants ont présenté des arguments émotifs, mais où étaient leurs experts ? Il n’y a eu aucun expert crédible pour corroborer les mythes qui ont été présentés. Je sens que les opposants ont décidé de passer outre le BAPE et de présenter leurs arguments directement dans les médias ». Et de terminer par une démonstration de sa grande érudition : « et si du méthane est libéré dans un puits, est-ce un désastre ou un problème ? Je crois que c’est un problème et ça peut se régler. Et le méthane est un produit naturel. Comme je dis toujours, si vous voulez que rien ne trouble votre santé, cessez de boire de la bière ».

Pendant ce temps, Petrolia lance une poursuite abusive contre Ugo Lapointe, de la Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine et le journal Le Soleil. Ces deux approches semblent être le mélange que nous prépare l’industrie pour sa prochaine tentative de convaincre des bienfaits du gaz de schiste. D’une part, amadouer les secteurs de la population les moins informés et faire peser la menace du bâton pour les autres. Criminaliser les mouvements sociaux, voilà une recette qui devient un classique pour ces gens.

Le PQ veut être partenaire minoritaire

Le PQ a déclaré en début de semaine que l’État pourrait être appelé à intervenir et même à participer dans l’exploitation des gaz de schiste. Écartant la nationalisation de la ressources, Pauline Marois veut que la richesse créée par l’exploitation des gaz de schiste profite davantage au Québec. Un peu plus de redevances, une participation minoritaire dans les entreprises qui exploitent des puits, tels sont les ingrédients de la sauce péquiste qui n’ose même pas revendiquer le modèle norvégien que plusieurs ont montré du doigt comme exemple d’un pays ayant su tirer profits de la ressources et où l’État possède des intérêts dépassant les 50% dans la propriété des industries. Elle envisage même l’exploitation du gisement pétrolier Old Harry au large des côtes de Terre-Neuve dans le golfe St-Laurent. Bref, ce qui distingue le PQ du PLQ, c’est la volonté de faire passer la pilule davantage en douceur. Ils possèdent toutefois tous deux le même appétit pour les énergies fossiles.

Une tentative de diviser ?

Le ministre délégué aux ressources naturelles et aux mines tente de diviser le mouvement opposé aux gaz de schiste en ouvrant la porte à la possibilité que les territoires urbains soient soustraits à l’arbitraire de la loi sur les mines qui permet à n’importe quel prospecteur d’opérer où bon lui semble. Parlant tantôt de territoires urbanisés ou de territoires municipalisés, le ministre souhaite s’appuyer sur des calculs de densité de population pour juger si les droits à l’industrie peuvent être accordés ou non. Pourtant, le ministre déclarait en décembre dernier qu’il n’était pas question d’un tel interdit.

Une telle approche aurait pour conséquence de rassurer les citoyenNEs des territoires des villes concernant les risques de voir s’établir des projets de forage dans leurs voisinages laissant les populations des milieux ruraux à elles mêmes et court-circuitant du même coup le mouvement d’opposition réduit à quelques enjeux loin des zones urbaines. Les éluEs locaux ouverts à collaborer avec l’industrie auront beau jeu d’exiger la patience de citoyenNEs et de jouer sur des exercices de consultation bidon pour regagner l’initiative.

S”il faut maintenir la pression pour que l’arbitraire soit exclu de la prochaine loi sur les mines, il faut aussi s’assurer qu’une telle manœuvre ne vienne par diviser le mouvement d’opposition.

L’AQLPA demande les rapports

L’AQLPA a déposé une demande formelle auprès du ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs afin de vérifier les résultats des inspections que le MDDEP a menées auprès de l’industrie pétrolière et gazière. Dans cet univers de dissimulation et de secret, l’organisme juge fondamental que la population du Québec dispose de toute l’information nécessaire à une prise de décision éclairée et que le gouvernement cesse d’agir à titre d’écran de fumée complice de l’industrie et mette sur table les informations nécessaires à un débat démocratique. Or, l’industrie a toujours fait preuve de dissimulation évoquant tantôt le secret commercial, tantôt la concurrence pour garder sous bonne garde les méfaits de leurs opérations avec la complicité parfois active des gouvernements.

Par ailleurs, nous apprenons que les opérations de forage n’incluent pas l’injection de diésel dans les ingrédients des opérations de fracturation. C’est en effet ce que déclarait le directeur régional du ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs, Pierre Paquin. Or, ce n’est que depuis l’été 2010 que le MDDEP exige des certificats d’autorisation, qu’une quinzaine de puits ont été forés entre 2008 et 2010 et que l’industrie a toujours entouré les ingrédients des eaux de fracturation du plus grand secret. Même le MDDEP a été tenu au secret durant cette période. Comment alors s’assurer que de telles pratiques n’ont pas eu et n’ont toujours pas cours au Québec alors que c’est le cas aux États-Unis. Seul Questerre a accepté de rendre publique la liste des ingrédients qu’elle utilise dans les opérations de fracturation.

Moratoire en France

Les ministres Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson ont annoncé une mission d’inspection sur les gaz et pétroles de schiste. Cette décision qui équivaut à un moratoire complet pour les 3-4 prochains mois résulte d’une mobilisation importante mais qui n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir au Québec. Les élites françaises seraient-elles plus éclairées que nos politiciens locaux ? La pétrolière Total, qui participe à un consortium exploitant les sables bitumineux en Alberta a pourtant annoncé que le potentiel gazier était important, particulièrement dans les Cévennes (sud de la France). Or, Total a indiqué au journal Les Échos que le potentiel de la France était inconnu et que ce n’est pas avant 3 ans que l’entreprise saura si l’investissement en vaut la chandelle. Donc, un moratoire de 3-4 mois…

Dépôt de la pétition pour un moratoire

Amir Khadir, député de Québec Solidaire, déposera aujourd’hui (mardi le 8 février) la pétition exigeant un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Issue d’une mobilisation populaire contre l’arrogance de l’industrie des énergies fossiles, cette pétition de près de 120 000 signataires devrait amener le débat à l’Assemblée nationale où les libéraux et adéquistes feront front pour éviter un moratoire en fidèles serviteurs de l’industrie.

Le PQ marche sur un mince fil puisqu’il tente de concilier une position en faveur d’un moratoire tout en étant favorable à l’exploitation des énergies fossiles. Plusieurs ex-péquistes (André Boisclair, Lucien Bouchard, Yvan Loubier) occupent des postes stratégiques dans la campagne pro-gaz de schiste. Québec Solidaire se démarque ainsi comme la seule formation politique qui combine approche démocratique, respect de la volonté populaire et approche écologique qui vise à substituer aux énergies fossiles des énergies propres.

Manifestation le 22 avril

La Coalition Mobilisation Gaz de schiste et les comités-citoyens opposés aux gaz de schiste ont confirmé dimanche le 6 février dernier ce que Presse-toi à gauche annonçait il y 2 semaines : il y aura manifestation en faveur d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste le 22 avril prochain. Toutefois, en plus de la manifestation de Montréal, une autre pourrait avoir lieu à Québec le même jour. Auparavant, les organismes auront parcouru le Québec afin de sensibiliser la population et les éluEs à l’importance d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Des spectacles-bénéfices se tiendront grâce notamment à la collaboration du metteur en scène Dominic Champagne.


Certains des comités citoyens opposés aux gaz de schiste

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