• Environnement

Les espèces envahissantes gagnent du terrain

Geneviève Raymond

La ville de Saint-Hyacinthe, technopole de l’agroalimentaire au Québec, est aussi un terreau fertile pour les espèces exotiques envahissantes (EEE) en raison de la pratique intensive de l’agriculture sur son territoire. Le journal Mobiles a discuté de la situation avec Hélène Godmaire, directrice générale du Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes (CQEEE).

Quelles sont les caractéristiques des espèces exotiques envahissantes (EEE) ?

Les végétaux, les animaux ou les micro-organismes provenant d’une région éloignée peuvent se multiplier en dehors de leur milieu naturel et devenir une menace pour l’environnement, l’économie et la société. Lorsque les EEE arrivent dans nos régions, leurs compétiteurs naturels et leurs maladies ne viennent pas avec elles. Elles ne sont pas encore en équilibre avec nos écosystèmes et c’est pourquoi elles colonisent notre territoire.

Pourquoi prolifèrent-elles rapidement ?

Les EEE ont des stratégies de croissance vraiment championnes ! Des fragments de racines de la plante peuvent produire de nouveaux plants et de nouvelles colonies. Par exemple, le myriophylle à épi prolifère actuellement dans les lacs des Laurentides et des Cantons de l’Est. Ils forment des herbiers très denses qui déstabilisent les espèces habituées de vivre en eaux libres.

Hélène Godmaire, directrice générale du Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes (CQEEE). Photo : Nelson Dion

Il y a aussi la berce du Caucase, qui pousse dans les milieux perturbés et humides, par exemple le long des berges, des fossés et des routes, mais également dans les prés et les terrains vagues. Un plant produit entre 30 000 et 50 000 graines, et celles-ci peuvent survivre jusqu’à trois ans dans le sol. Sa sève contient des toxines qui rendent la peau extrêmement sensible au soleil.

Quelles sont les espèces exotiques envahissantes végétatives présentes à Saint-Hyacinthe ?

En bordure des autoroutes, on peut observer le roseau commun, aussi appelé phragmite, une plante remarquable avec ses grands plumeaux qui ressemblent à du foin. La plante mesure jusqu’à cinq mètres de haut. Elle a été introduite il y a des centaines d’années en Amérique du Nord sans prendre d’expansion. On a malencontreusement éparpillé l’espèce en construisant des autoroutes au début des années 50.

On trouve également la renouée du Japon, qui pousse sur les rives. C’est une vivace à croissance rapide qui atteint de deux à trois mètres de hauteur. Elle a des tiges creuses qui ressemblent au bambou. Très agressive, elle envahit les parcs, les bords de routes et les terres agricoles en s’infiltrant à travers les cultures. Chaque colonie est tellement dense qu’il est difficile de la traverser.

Pourquoi représentent-elles une menace pour la biodiversité ?

Les espèces exotiques envahissantes vont prendre de l’espace et envahir les milieux naturels ou les milieux urbains. Elles modifient les écosystèmes localement et forcent un déplacement des espèces indigènes qui vivent ici depuis toujours. Par exemple, les oiseaux qui étaient habitués à venir dans les érables ou les sapins ne se retrouvent plus. Les EEE menacent directement les services écologiques, c’est-à-dire tous les avantages que la nature nous donne.

Comment peut-on éradiquer les espèces exotiques envahissantes ?

Ces plantes ont une capacité de multiplication végétative à partir des racines ; leurs résidus doivent être gérés comme des produits nocifs. Il faut les déplacer complètement, ne rien laisser sur place et excaver les sols parce que les racines sont profondes. Surveiller et revenir après les interventions est essentiel. Ce sont des coûts très importants pour les villes et les propriétaires de terrain. La meilleure façon de contrôler et d’éviter l’envahissement demeure donc la prévention. Il faut savoir qu’elles existent pour ne pas les laisser entrer sur notre territoire !

lien entrevue vidéo : http://journalmobiles.com/video/les-especes-envahissantes-gagnent-du-ter...

 

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