• Environnement
En réponse à l'article de Magalie Lapointe du Journal de Montréal

N’en jetez plus, la rivière est pleine !

Lettre ouverte

 

Chère Magalie, Vous permettez que je vous appelle Magalie ? Vous avez pris tant de libertés dans votre article du 4 octobre dernier s’intitulant Saint-Hyacinthe a rendu 80% des poissons malades[1],  que je présume que vous vous sentez intime avec les Maskoutains ? Malheureusement, vous nous connaissez encore mal.

D’abord, Saint-Hyacinthe n’a pas rendu 80% des poissons malades. Pourquoi ? Parce que les poissons malades sont dans la rivière Yamaska ; que la rivière Yamaska mesure 177 kilomètres, du lac Brome en Estrie au lac Saint-Pierre près de Sorel,  et  que son bassin versant dessert 92 municipalités. Saint-Hyacinthe est en effet traversée par la rivière, ce qui est assez unique sur son parcours, mais elle ne peut en aucun cas être responsable à elle seule, du fait révélé par le récent rapport de l’état de la rivière, effectué par les scientifiques de l’Organisme de bassin versant de la Yamaska.

Ce rapport demandé par la Ville et son maire M. Claude Corbeil, révèle d’abord un réel souci de transparence face à la catastrophe dont les milliers de poissons ont été victimes. Elle témoigne aussi de l’admission de culpabilité collective. De plus, l’intention avouée de la Ville était de faire un état des lieux le plus exhaustif possible afin de, si possible, réparer le tort qu’on avait fait à la rivière. Suite à ce rapport, la Ville propose d’ailleurs d’intéressants ajustements pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise et sur toute sa chaîne de commandement si j’ose dire. Mais de ça, vous ne faites pas mention.

Dans votre article vous rapportez : En plus de tuer des milliers de poissons le 28 juin dernier en déversant des eaux usées dans la rivière Yamaska, la Ville de Saint-Hyacinthe a rendu anormaux 80 % des poissons qui ont survécu.  Heille ! Croyez-vous sincèrement que les poissons peuvent développer des anomalies de cette ampleur en trois mois ??? C’est biologiquement impossible ! Par contre, ce que je peux vous révéler sur les poissons de la rivière, c’est qu’ils sont en piètre état depuis des années. Pourquoi ? La Yamaska est la rivière la plus fragile du Québec. Elle est gravement polluée, malgré tous les efforts des dernières années. Polluée depuis bien avant qu’un ministère de l’environnement ne soit créé. Bien avant que les Maskoutains réalisent à quel point l’eau est une ressource précieuse, qui fait partie des biens communs que nous avons à gérer et partager, et que nous devons protéger, sauvegarder, régénérer, restaurer, voire réensemencer si nécessaire. Il s’avère que cette dernière solution que le maire était prêt à envisager quoi qu’il en coûte, ne sera pas nécessaire. Notre rivière est encore miraculeusement résiliente. Mais ne vous inquiétez pas, cette bonne nouvelle, ne diminue en rien notre continuelle vigilance !

Par exemple, nous croyons que ce rapport ne mentionne pas certains éléments, certaines causes qui mériteraient plus d’attention, tels les déversements d’eaux usées planifiés (certaines sources font mention du chiffre sous-estimé de 45 000 par an sur le territoire québécois) ni le surturbinage effectué par la mini centrale gérée par Algonquin Power qui affecte gravement le débit de la rivière. Et si le maire veut augmenter le nombre d’inspecteurs pour un travail plus rigoureux, c’est pour compenser les coupures austères qui ont coupé à l’aveugle dans les services des eaux.

Vous parlez du seul déversement des eaux usées du 28 juin, parce qu’en effet, il a eu un impact énorme et désastreux. J’ai pourtant plusieurs gros titres pour vous qui les aimez tant, qui vous assurerait une source quasi pérenne de sujets. Il ferait de vous une journaliste spécialisée, de renom, crédible. Peut-être même serez-vous engagée par des revues scientifiques ? Car vous n’êtes sans doute pas de ces journalistes paresseux qui critiquent les rapports qu’on leur apporte sur leur bureaux en surfant sur les gros titres des documents, n’est-ce-pas ? Voici donc quelques titres de vos collègues que je vous invite à fouiller : Déversements d’eaux usées : une conséquence de l’austérité, dit le syndicat de la fonction publique, Charles Côté,  La Presse, 15-07-21-016.  Le Québec à la traîne en matière de déversements d’eaux usées, Charles Côté, La Presse, 16-07-2016. Un débit influencé par la météo et le barrage, Rémi Léonard, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 14-07-2016.  Vous qui aimez les gros titres vous allez adorer celui-là de votre collègue de Drummondville : Algonquin Power tue la faune,  Pas mal, hein ? Gérard Martin, 31 -10 -2014, L’Express. Vous apprécierez L’arnaque des mini-centrales, Pierre-Paul Sénéchal, L’Action nationale, 17 mai 2013.

Et tiens, dans celui-ci, on parle de ces passes migratoires pour les poissons qui sont toujours inadéquates à Ste-Brigitte-des-Saults comme à Saint-Hyacinthe : Petite production hydroélectrique privée: un bilan et une révision des pratiques s'imposent, Pierre Leclerc de Fondation rivières (autre excellente source d’informations), Le Soleil, 28-01-2014. Fouillez également le rapport de la commission Doyon (1997). Comparez le travail des villes et municipalités à celui des gouvernements qui les surplombent : il y a là matière de recherches. Regardez les ententes qui lient Hydro-Québec aux 102 mini-centrales sur les petites rivières du Québec.

Vous avez trouvé un filon formidable, Magalie ! Il suffit juste de regarder juste un peu à côté du brillant qui vous aveugle. Momentanément, j’en suis sûre.

Marie-Claude Delisle, Saint-Dominique,

Membre du CCCPEM (Comité des citoyens et citoyennes pour l’environnement maskoutain)

 
Post-Scriptum: 

[1] Journal de Montréal, Section faits divers, Magalie Lapointe, article circulant trop largement sur les médias sociaux pour qu’on laisse passer. http://www.journaldemontreal.com/2016/10/04/saint-hyacinthe-a-rendu-80de...

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