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Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

Alain Charpentier

La rivière Yamaska jouit d’une mauvaise réputation auprès du public puisqu’elle est l’une des rivières les plus polluées au Québec. C’est peut-être pour cette raison que plusieurs s’étonnent que l’on puisse y pratiquer une pêche sportive de qualité et que l’on puisse même consommer ses prises.

La rivière Yamaska prend sa source dans le lac Brome pour terminer sa course dans le fleuve Saint-Laurent. En cours de route, elle croise d’autres cours d’eau qui viennent l’alimenter, comme les rivières Noire, de la Barbue ou Yamaska Nord. Dans les années 50 et 60, la réputation de la Yamaska au point de vue de la pêche était excellente, surtout pour ses maskinongés records, poisson emblématique de la rivière. Puis, au cours des années 70 et 80, la pollution résidentielle, industrielle et agricole ont considérablement nuit à la qualité de l’eau et, par conséquent, de la pêche.

Depuis quelques années, on remarque cependant que plusieurs industries ont déserté la région, que les résidences sont de plus en plus reliées à des installations septiques conformes, que les municipalités se sont dotées d’usines de filtration des eaux usées et, enfin, que quelques agriculteurs commencent à modifier leurs pratiques de façon à limiter leur impact sur le bassin versant. Cela n’empêche pas qu’il ait encore des pointes de coliformes fécaux dans certains affluents de la Yamaska et que la rivière connaisse parfois, bien que rarement, des éclosions d’algues bleues (surtout en période de canicule, dans les méandres où le courant est quasi absent), mais somme toute, cela ne semble pas affecter le poisson ni la santé des usagers de la rivière.

Cela étant dit, il ne faut pas craindre la rivière Yamaska, car ce serait se priver de belles occasions de pouvoir pêcher à deux pas de chez soi.

Où pêcher ?

Sur la majorité de son cours, la rivière Yamaska se pêche mieux à partir d’une embarcation en raison de sa profondeur variable et de son faible débit. Cependant, il existe quelques endroits qui offrent de belles opportunités de pêche à gué. Le centre-ville de Saint-Hyacinthe, du barrage T.D. Bouchard jusqu’au pont Morison, est l’un des meilleurs secteurs à prospecter. Muni de bottes-pantalons (waders) ou de cuissardes, le pêcheur pourra se déplacer aisément d’un côté à l’autre de la rivière pour avoir accès à une multitude de coulées, de poches d’eau et de fosses. L’espèce dominante dans ces eaux est l’achigan à petite bouche, dont certains spécimens peuvent atteindre 2 kg (4 lbs). « Achigan » veut dire « celui qui combat » en langage amérindien et cette espèce défend ce titre avec honneur ! Sans doute le poisson le plus plaisant à prendre dans cette rivière et, en plus, il est très abondant.

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La rivière Yamaska au centre-ville de Saint-Hyacinthe.

(Photo : Alain Charpentier)

L’autre endroit où l’on peut pêcher à gué est à Farnham. Comme au centre-ville de Saint-Hyacinthe, on trouve là des barrages suivis de rapides qu’il est intéressant de prospecter. En aval de Saint-Hyacinthe, derrière le cimetière de la cathédrale, on trouve une ligne de roches qui créent un petit rapide intéressant pour la pêche à gué ou en canot. Enfin, tout le secteur du Rapide-Plat (Nord et Sud) est à considérer pour la pêche à gué. Pour le reste de la rivière, il vaut mieux l'explorer à bord d’une embarcation que l’on pourra mettre à l’eau à partir d’un débarcadère public.

Quand pêcher ?

Les périodes de pêche varient d’une espèce à l’autre et il préférable de se référer au tableau des dates et limites de possession du Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) pour en connaître tous les détails. Notez également que certains secteurs (comme le secteur du centre-ville de Saint-Hyacinthe susmentionné) sont soumis à des règles particulières. La pêche est meilleure en début de saison, quand le niveau d’eau s’y prête, soit de la mi-mai au début juillet. Les poissons sortent de leur léthargie hivernale et l’eau encore fraîche de la rivière les rend plus actifs. Au fur et à mesure que l’eau se réchauffe, l’oxygène se raréfie et seules les espèces d’eau chaude, comme l’achigan et la carpe, restent très actives. L’activité reprend pour toutes les espèces vers la fin de l’été, alors que les poissons s’apprêtent à hiverner. Il faut aussi ajouter qu’en début de saison, la végétation aquatique est plus clairsemée et les accrochages du leurre sont donc moins fréquents.

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La Yamaska est un très bon endroit pour taquiner l’achigan à petite bouche.

(Photo : Alain Charpentier)

Enfin, en plus de la saison, l’autre facteur à considérer pour s’assurer de pêcher en temps opportun est le niveau de la rivière. La pêche est à son meilleur lorsque le niveau de la rivière est entre 15 et 30 mètres cubes/seconde. On peut connaître le niveau d’eau en allant sur le site du Centre d’expertise hydrique du Québec. Enfin, les heures les plus propices sont tôt le matin et en fin de journée, quand les rayons du soleil sont moins directs, ou alors lors de journées nuageuses ou même pluvieuses. Le seul poisson à tolérer le plein soleil est l’achigan à petite bouche.

Quelles espèces pêche-t-on ?

En plus de l’achigan, on peut aussi prendre une foule d’espèces dans la Yamaska : doré jaune, grand brochet, maskinongé, laquaiche argentée, ouitouche, meuniers, chevaliers, carpe, barbue, barbotte, perchaude, anguille, couette, malachigan, etc. Il s’est même déjà pris de la truite arc-en-ciel au pied du barrage T.D. Bouchard ! Pour ce qui est la Yamaska Nord, à Granby, sachez qu’elle reçoit annuellement deux ensemencements de truites : truites brunes surtout, mais parfois de l’arc-en-ciel et de l’omble de fontaine (ou « truite mouchetée »). Bref, la Yamaska est une vraie boîte à surprises et on ne sait jamais ce qui mordra au bout de la ligne !

Quelles techniques utiliser ?

Au lancer léger

À peu près toutes les techniques se valent pour pêcher ces espèces. La pêche au ver de nuit (lombric) est celle qui garantit le meilleur succès si elle est bien maîtrisée et, en plus, elle permet de récolter à peu près toutes les espèces. Du fil 6 ou 8 lbs test (pas plus gros !), un plomb coulissant ou fendu, un petit hameçon no 6 ou 8, un beau grand ver piqué par la tête, et hop ! On laisse aller le tout dans un endroit jugé propice. Quand on sent une touche, on ferre. Les accrochages surviendront sans doute, mais si on n’accroche jamais le fond, c’est signe qu’on ne pêche pas à la bonne profondeur.

Les poissons-nageurs artificiels (de type « Rapala ») et les « jigs » munis d’une queue de caoutchouc sont aussi de bons leurres pour les espèces sportives que sont le doré, l’achigan, le maskinongé et le brochet. Les « Rapala » flottants classiques de 2 à 3 pouces (bleu/argent, noir/argent, noir/doré) sont parmi les meilleurs, alors que pour les « jigs » en cahoutchouc, le chartreuse, le blanc, l’orangé et le noir sont les meilleures couleurs. Lancés à 45 degrés aval et ramenés par saccades entrecoupées de pauses fréquentes, ils ne vont pas laisser les prédateurs indifférents.

À la mouche

Toutes ces espèces peuvent aussi représenter un défi intéressant pour le moucheur. Pour les carnassiers (doré, brochet, maskinongé) on préférera de gros streamers (Woolly buggers, Mud-lapins, Zonkers no 2 à 6) de couleur vive (chartreuse, blanc, orangé), lestés ou non et pêchés de la même façon que les « Rapala » (45 degrés aval). Mais le nirvana de la pêche sur la Yamaska est sans contredit l’achigan à la mouche. Vous pouvez le taquiner de la même façon, soit avec de gros streamers ou avec des nymphes pêchées « dead drift » (début de saison) ou au « popper » (à partir du milieu de l'été jusqu'en fin de saison). À l’achigan, il est important de changer souvent de mouche et de varier la technique, car c’est un ogre qui change de menu plusieurs fois par jour, selon son humeur et selon ce que la nature a à lui offrir : insectes, écrevisses, grenouilles, sangsues, ménés, etc.). Il est aussi l’un des rares poissons à se nourrir en plein jour, au gros soleil. Au risque de se répéter, c’est le poisson le plus intéressant à prendre dans la rivière de notre point de vue. Rien de plus excitant que de surveiller sa mouche en surface et d'être surpris par l'attaque furieuse d'un achigan !

La laquaiche à la mouche : summum du plaisir

Pour les amateurs de pêche à la mouche sèche, un secret bien gardé de la Yamaska est la pêche de la laquaiche à la tombée du jour. La laquaiche argentée est un curieux poisson : appartenant à la famille de l’alose et du hareng, il a le corps plutôt plat, couvert de grandes écailles argentées. Il a de grands yeux surdimensionnés et une toute petite bouche. Sa chair bourrée d’arêtes fines la rend impropre à la consommation. Bien qu’elle dépasse rarement le poids d’une livre, sa combativité est surprenante !

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La laquaiche argentée : un défi intéressant pour le moucheur

(Photo : Alain Charpentier)

Mais l’intérêt de ce poisson est qu’il a tendance à se nourrir d’insectes en surface le soir, ce qui en fait une cible privilégiée pour le pêcheur à la mouche. On peut la leurrer avec de petites artificielles de type Adams, Elk Hair Caddis ou autres en taille 8 à 12. Dès qu’on aperçoit des ronds de gobage (à partir de 18 h environ, jusqu’à la nuit tombée), on lance la mouche au milieu de ces ronds et on se tient prêt à ferrer au prochain gobage. La laquaiche est un poisson qui tolère mal la pollution et son abondance dans la Yamaska est un gage d’une eau de qualité somme toute assez bonne. Elle arrive dans la rivière vers la mi-mai pour repartir au mois d’août vers le fleuve. On la trouve surtout là où le courant est modéré, dans les cirés sur les queues de rapides. Bref, c’est un poisson qui mérite l’attention du pêcheur à la mouche dont elle sait mettre l’habileté à l’épreuve !

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Coucher de soleil sur la Yamaska : l’heure propice pour le doré et la laquaiche.

(Photo : Alain Charpentier)

Éthique du pêcheur urbain

Que l’on pêche en plein ville ou dans le Grand Nord, le pêcheur doit adopter le même comportement, à commencer à l’égard de l’environnement. Nous déplorons de trouver trop souvent sur les lieux fréquentés par les pêcheurs des détritus de toutes sortes : contenants de styromousse pour le transport des vers, cannettes de bière, monofilament, emballages de leurres, etc. Un pêcheur digne de ce nom rapporte tous ses déchets. Le respect à l’égard des autres utilisateurs de la rivière est aussi important : comme cela se pratique pour la pêche au saumon, une rotation pourrait être pratiquée dans les fosses très achalandées. Communiquez avec courtoisie avec les autres pêcheurs. N’oubliez pas que la pêche est un loisir et que vous n’êtes pas là pour votre gloire personnelle. Respectez aussi la propriété privée : pour accéder à la rivière, empruntez des voies publiques ou demandez l’autorisation aux riverains si vous devez absolument passer sur leur terrain. Si vous le demandez poliment, il est à peu près certain qu’on vous autorisera l’accès à la rivière.

Surveillez les règlements qui s’appliquent à la pêche (dates, limites de possession) et respectez le poisson : ne conservez que les poissons que vous avez vraiment l’intention de manger et remettez tous les autres à l’eau, sans discrimination et avec beaucoup de soin. Enfin, respectez-vous vous-mêmes : reconnaissez vos limites et ne sous-estimez jamais le danger potentiel de l’eau.

Consommation de ses prises et remise à l’eau

Quant à la question de la consommation du poisson, on peut se référer à ce guidepour en connaître tous les détails. Sachez cependant qu’une pratique commence à faire de plus en plus d’adeptes au Québec : il s’agit de la remise à l’eau (que les Américains appellent Catch & Release). Sans en faire une religion, on peut mettre en pratique cette philosophie de la pêche qui consiste à gracier à peu près tous les poissons capturés. Pour arriver à gracier un poisson sans risque pour sa santé, il est recommandé d’écraser l’ardillon sur l’hameçon, d’éviter de manipuler le poisson avec les mains et de le maintenir dans l’eau le plus longtemps possible pendant le décrochage.

Cette pratique permet de minimiser l’impact de la pêche sportive sur les populations de poissons et donne l’occasion de pouvoir reprendre le même poisson plus tard, quand il aura grossi. Comme le disait Lee Wulff, fondateur de cette façon de penser, « Un poisson gracié est un cadeau d’un pêcheur à un autre pêcheur ».

Et voilà, vous êtes prêts à aller pêcher maintenant ! En souhaitant que vous fassiez vous-mêmes vos propres découvertes ! La Yamaska n’attend plus que vous !

 

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  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    <p>Un texte fluide, bien r&eacute;dig&eacute; qui donne le go&ucirc;t de poursuivre la lecture. Un texte bien document&eacute;, agr&eacute;ment&eacute; de jolies photos, qui donne le go&ucirc;t d&rsquo;aller valider le tout par soi-m&ecirc;me. Merci &agrave; l&rsquo;auteur.</p> <p class="hyperlien">Voir en ligne : <a class="spip_out" href="http://http//www.journalmobiles.com/spip.php?article320" target="_blank">P&ecirc;che sportive&nbsp;: les tr&eacute;sors de la Yamaska</a></p> <p>&nbsp;</p>

  • lien du guide ne fonctionne pas

    Le lien Guide dans le texte suivant ne fonctionne pas ... Consommation de ses prises et remise à l’eau Quant à la question de la consommation du poisson, on peut se référer à ce guide pour en connaître tous les détails. Sachez cependant qu’une pratique commence à faire de plus en plus d’adeptes au Québec : il s’agit de la remise à l’eau (que les Américains appellent Catch & Release). Sans en faire une religion, on peut mettre en pratique cette philosophie de la pêche qui consiste à gracier à peu près tous les poissons capturés. Pour arriver à gracier un poisson sans risque pour sa santé, il est recommandé d’écraser l’ardillon sur l’hameçon, d’éviter de manipuler le poisson avec les mains et de le maintenir dans l’eau le plus longtemps possible pendant le décrochage. Cette pratique permet de minimiser l’impact de la pêche sportive sur les populations de poissons et donne l’occasion de pouvoir reprendre le même poisson plus tard, quand il aura grossi. Comme le disait Lee Wulff, fondateur de cette façon de penser, « Un poisson gracié est un cadeau d’un pêcheur à un autre pêcheur ». Et voilà, vous êtes prêts à aller pêcher maintenant ! En souhaitant que vous fassiez vous-mêmes vos propres découvertes ! La Yamaska n’attend plus que vous !

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    <p>Fish on&nbsp;! M.&nbsp;Charpentier&nbsp;!!!</p> <p>Vous faites des heureux&nbsp;!</p> <p>David-Alexandre Gris&eacute;</p> <p>&nbsp;</p>

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    <p>Merci de toutes ces bonnes informations...Elles nous ont &eacute;t&eacute;s tr&egrave;s pratique...Une perchaude, un brochet et quelques barbus, tout ca en lespace de 2 ou 3 heures...Chaques prises &eacute;taient une nouvelle surprise...Nous &eacute;tions &agrave; Yamaska pr&egrave;s de sorel si cela int&eacute;resse certain d&rsquo;entre vous&nbsp;:)</p>

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    Bonjour Je pêche beaucoup à Granby, mais vous me rappelez que j'ai déjà eu beaucoup de plaisir à pêcher au centre-ville de St-Hyacinthe, achigan et laquaiche, ce fut de belle soirée et je rendrai surement cette été pour passer du bon temps. Denis Tarte

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    si jamais ça arrive j'espers bien te rencontrer je suis un pechereur a la mouche alors il ce peut que tu m'y vois je suis le plus souvent possible, surtout entre les ponts de la concorde et la providence alors bonne été de pèche a toi

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    denis si jamais ça arrive j'espers bien te rencontrer je suis un pechereur a la mouche alors il ce peut que tu m'y vois je suis le plus souvent possible, surtout entre les ponts de la concorde et la providence alors bonne été de pèche a toi

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    je cherche un compagnion pour pêcher j'ai bcp pêcher en étant jeune et la jaimerai y retourné et jai tout oblie les basse ce qui peux etre pêcher en date ect ci il na un que ca lui interesse envoyer moi un emil nathalie-chartier@hotmail.com merci

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    bonjour j aimerais aller pecher sur la yamaska mais je ne sais pas ou je peut mettre mon bateau a leau merci d avance

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    ahhhhhhhhhh cette yamaska des poissons aux etrons,aux condoms qui flottent quelle belle place pour pecher,,,,,,,deux perchaudes,un doré,deux kotex...j,adore

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    Savez-vous si il faut un permis de pêche pour aller pêcher dans la Yamaska.. Je ne m'y connais pas gros dans ce domaine hihi..

  • avatar

    Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    Oui, Je crois qu'Il faut en effet un permis pour pêcher dans la rivière Yamaska. Comme pour tout autres étendus d'eau du Québec.

  • Re: Pêche sportive : les trésors de la Yamaska

    le poissons es til bon a manger dans le yamaska ?

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