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« Comme Marois, mais sans référendum »

David St-Amand

« Comme Marois, mais sans référendum » Cette courte phrase, qu’aurait apparemment prononcée Philippe Couillard en marge d’un point de presse il y a quelques jours de cela, illustre parfaitement cette campagne électorale. Une campagne électorale où, plus que jamais, l’électeur se retrouve pris au piège d’un système qu’il rejette pourtant majoritairement; la commission parlementaire sur une réforme du mode de scrutin, en 2006, avait amené la proposition d’un mode de scrutin mixte qui avait reçu l’approbation de plus de 80% des participants. Pourtant, nous y voilà à nouveau, dans une élection où les partis les plus établis sont éclaboussés par des révélations quant à la corruption et au manque d’intégrité, tandis que les moins établis, pour des raisons évidentes liées au déficit démocratique d’un système à un tour majoritaire, peinent à récolter les appuis.

Et qui blâmerait l’électorat? Même après avoir voté majoritairement pour un parti qui promettait une réforme en ce sens, le changement n’est pas venu. Enterré, qu’ils disent. Sous pression d’un groupe d’intérêts ou d’un autre. Ce qui nous ramène à cette phrase prononcée par monsieur Couillard et à ce deuxième et dernier débat des chefs. Il était pour le moins pénible de regarder s’agiter ces quatre personnes – brillantes au demeurant – en sachant pertinemment que la question n’était pas tant de déterminer qui du lot aurait les meilleurs arguments ou les meilleures idées ; les premiers ont depuis longtemps été évacués de tels échanges tandis que les secondes méritent plus qu’une minute pour être développées correctement. Non, la question était de déterminer qui obtiendrait le vote stratégique d’un électeur cynique et volontiers désabusé. Un peu comme un gambler qui parie sur les parties de sport professionnel en se basant sur les statistiques, l’électeur moderne parie sur les partis politiques en se basant sur les sondages. Qui bat qui, dans quelle région? Comment est-ce que je peux faire en sorte que mon vote serve au parti que je veux ou, plus souvent, nuise au parti que je déteste?

J’avais débuté cet article avec l’idée de faire un retour sur le deuxième débat des chefs. Pour être honnête, je me suis rendu compte en l’écrivant que ce n’était pas tant le débat, l’échange académique (le mot est généreux) qui a eu lieu qui importe mais plutôt sa perception. Celle que les autres en ont eue. Les fabricants d’images vous ont d’ailleurs immédiatement servi des notes après le débat, à la manière d’analyses sportives. Couillard, sur la défensive, mauvais match, 6/10. Marois, mieux, ton plus posé, sans réellement se détacher du lot, 7/10. David, brillante, calme, agréable, 8/10. Legault, audacieux, agressif, plusieurs bons coups, 9/10. Vous serez ensuite quelques milliers à être consultés, que ce soit par CROP, Léger ou autres maisons de sondages. L’important, au fond, aura été ce sondage d’après-le-débat. Le débat ne sera venu que lui accorder sa bénédiction.

 Il reste un peu plus d’une semaine, donc, à cette campagne sans trop d’intérêt, déclenchée sur un enjeu qui, au fond, ne semble pas avoir soulevé les passions espérées par le Parti Québécois. Une campagne molle, où certains chefs furent à peine présents, tandis que d’autres auraient mieux fait de s’effacer. Pour l’instant, les Libéraux ont une certaine avance et sont en territoire majoritaire, malgré une fin de règne difficile pour Charest en 2012 et un chef rattrapé par cette histoire de paradis fiscaux. Les Péquistes ne sont pas loin derrière mais stagnent depuis le début de cette campagne, éparpillés, à l’image de leur gouvernement des derniers dix-huit mois, promettant une chose et son contraire, parlant de souveraineté avant de rejeter l’idée d’un référendum. La CAQ, de son côté, est en chute libre mais ce dernier débat pourrait lui avoir permis de se ressaisir et de peut-être éviter l’humiliation d’être rayés de la carte. Quant à Québec Solidaire, deuxième choix très populaire d’une bonne partie de l’électorat, malgré des performances très respectables de Françoise David à chaque rendez-vous télévisuel, il n’arrive pas à percer à l’extérieur de ses quelques comtés « forts » et se retrouve le plus souvent victime du vote stratégique.

La grande perdante, au fond, risque d’être la démocratie. Une démocratie où le taux d’abstention flirte avec les résultats des meilleurs partis, souvent à cause de ceux-ci. Une démocratie où un vote ne vaut assurément pas un autre. Une démocratie où même les mieux intentionnés finissent par choisir le moins pire plutôt que le mieux. Une démocratie malade, une démocratie de gamblers.

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  • Re: « Comme Marois, mais sans référendum »

    Il est triste de voir qu'un parti comme Équipe Adrien Pouliot parti conservateur du Québec réussi pas a se faire entendre par les média comme au débat .Pourtant Adrien Pouliot est le fondateur de l'institut économique de Montréal ,ex président de CFCF ,(TQS et autres ) président de Draco capital inc. Il est une sommité économique et un exemple pour tous. Je vous invite a allé voir le site FB ou le site officiel du parti conservateur du Québec

  • Re: « Comme Marois, mais sans référendum »

    Adrien Pouliot, "une sommité économique et un exemple pour tous"?... Permettez que j'essuie la gorgée de café avec laquelle je viens de m'étouffer... Quand on est le fondateur de l'institut économique de Montréal, le seul exemple que l'on donne, c'est celui d'une société qui se fout des inégalités, qui valorise le profit personnel au détriment du bien commun, l'exploitation du travail des autres, ses propres droits individuels sans égard aux droits collectifs. Ce monsieur, comme tous ceux de son espèce, parlent de "monde libre" mais ils entendent "libre marché". Monsieur Morissette, ça me désole que vous ne le voyez pas... À moins que vous ne soyez vous-mêmes de cette même race!

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