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La charte : une manœuvre ou un débat?

Un envoi de Jean-Simon Carrier
Lettre ouverte

Depuis que ce sujet est à l’ordre du jour, je lis, je débats, je réfléchis. Toutefois, je suis incapable de forger mon opinion. Je trouve des arguments d’un côté comme de l’autre, mais rien ne semble faire pencher la balance. Je suis d’accord avec 4 des 5 orientations proposées. Celle qui me chicote, comme la majorité de la population est celle sur le port de signes ostentatoires. En plus, les positions sont souvent très polarisées. Ce qui rend mon ambivalence encore plus inconfortable. Dans tout ce dossier, le parti Québécois (PQ) est maladroit ou trop électoraliste. Je vais me servir de quelques discussions que j’ai eues dernièrement pour l’illustrer.

Il y a quelques jours, j’ai croisé Léo Bureau-Blouin, député de Laval-des-Rapides lors d’un arrêt de la tournée Destination 2030. Ce qu’il m’a dit sur ce dossier c’est qu’il était intervenu récemment pour que les jeunes prennent part au débat. Parce qu’au bout du compte, selon lui et l’ensemble du PQ, cette charte se veut les bases d’un débat qui devrait déboucher sur un projet de loi cet automne. Selon le ministre Drainville, 25 000 courriels de Québécois ont été reçus. Il affirme en plus que le projet de loi devra tenir compte de ces opinions. Je suis totalement pour les débats et pour l’implication des citoyens dans des réflexions de cette ampleur. Là n’est pas le problème.

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de discuter plus formellement dans le cadre d’activités professionnelles sur la position qu’une organisation devrait prendre quant à ce projet de charte. Le débat fut très intéressant mais très polarisé. De nouveaux arguments ont été apportés. Finalement, nous n’avons pas été capables d’en venir à un consensus. Donc nous nous abstiendrons en ce qui a trait au port de signes ostentatoires.

Pendant le congé de l’Action de grâce, j’ai organisé une activité familiale chez moi. Je viens d’une famille qui a une opinion sur tout. Chacun suit l’actualité, la politique et les sports. Nous avons échangé sur la situation américaine, sur le Canadien de Montréal et sur l’éventuel discours du trône de cette semaine. Là-dessus, il n’y a pas eu de heurts. Par contre, le sujet de la charte est revenu sur le plancher à plusieurs reprises parce qu’encore, les opinions étaient très polarisées. Les discussions ont été enflammées et heureusement, rien de grave n’en a découlé. À la fin de la soirée, tout le monde s’est embrassé et chacun prendra plaisir à se revoir à une autre occasion. Cette charte ne nous aura pas désunis en tant que famille.

Le PQ a fait l’erreur d’associer ce débat à des valeurs au lieu de parler de laïcité. Il est évident qu’on ne peut rien gagner en débattant de cela. Certains sont prêts à tuer pour les défendre, c’est là qu’est le danger. On parle d’individus et de ce qui leur est le plus cher. Par contre, si l’on avait parlé d’une charte de la laïcité, ce sont les institutions qui auraient été dans la mire. Ç’aurait été beaucoup moins dangereux et beaucoup plus rassembleur.

Malheureusement, je crois que le choix des mots n’a pas été fait à la légère. C’est un calcul politique et électoral. On le voit très bien quand on additionne les autres manœuvres récentes. Ce que je déplore c’est qu’avec la charte, on joue sur la xénophobie de certains citoyens en espérant recueillir plus de votes.

Jean-Simon Carrier
Enseignant à St-Hyacinthe

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