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La déshodoration du centre-ville

Sylvain Laforest

Personne ne pleurera la disparition de 10 horodateurs pour aider les commerçants centre-ville de St-Hyacinthe, mais avec l'état actuel du commerce au détail, cette décision devient-elle l'équivalent d'un diachylon sur une jambe amputée?

Les compétitions

Depuis l'avènement des ventes en ligne dans nos vies, le commerce au détail vit des heures sombres et à première vue, on ne voit pas de flamme vacillant au bout du tunnel. Selon une étude réalisée par l'organisme Détail Québec en 2016, «l'évolution du commerce au détail n'est pas une mode passagère et elle a réduit sensiblement les ressources et les employés des petits commerces.» Pour remédier à la situation, le Ministère de l'Économie organisait au Centre des Congrès de St-Hyacinthe en février 2018 une conférence intitulée «Virage numérique», qui ne laisse pas beaucoup de place à l'interprétation, alors qu'on encourage les commerçants à se plier à la nouvelle réalité. Et cette dernière est cruelle, puisque seulement 14% des commerçants du centre-ville ont aujourd'hui un site web pour promouvoir leurs produits en ligne. Comme si la peste n'était pas assez, y'a aussi le choléra, car la compétition commerciale pour le centre-ville ne se limite pas au virtuel, elle est aussi bien concrète.

«C'est certain qu'il y a eu des impacts négatifs pour le centre-ville par la croissance de deux autres pôles commerciaux en ville», de dire Sylvain Gervais, directeur du développement commercial chez St-Hyacinthe Technopole. «L'effet combiné du boum commercial dans le secteur nord, de l'installation des horodateurs au centre ville en 2014, en même temps que l'augmentation du commerce en ligne a frappé fort au début. Mais les choses se replacent.»

 La nouvelle Promenade deviendra-t-elle le Montmartre maskoutain? Photo : Nelson Dion + montage : Martin Rinfret

Selon les sondages réalisés par St-Hyacinthe Technopole, 60% des commerces au détail ont vu une augmentation de leur chiffre d'affaires en 2018 et 80% des propriétaires est satisfait de son rendement. Bien sûr, il faut remettre en perspective que ce sondage s'étend sur l'ensemble de la ville, et la réalité particulière de la rue Cascades et ses déclinaisons perpendiculaires est sans doute un peu en deçà de ces chiffres fort réjouissants. Pour Sylvain Gervais, le domaine de la restauration serait le plus affecté, puisque depuis l'arrivée du Centre des Congrès et du Complexe M dans le secteur nord, on a ajouté plus de 800 places assises dans ces restaurants pour la plupart franchisés.

Le maire Claude Corbeil ne voit pas les trois pôles commerciaux de St-Hyacinthe comme un problème à solutionner, puisqu'il estime que «chacun a sa spécialité: magasinage familial autour du Wallmart, commerce d'affaires dans le secteur nord, alors que le centre-ville offre un commerce de proximité pour la population, mais se veut aussi polarisant en raison de ses nombreux autres attraits». Et pour lui, la clé sera le méga projet de la Promenade Gérard-Côté qui devrait faire converger beaucoup de monde vers le bord de la rivière.

Sylvain Gervais approuve et note que l'attrait principal du centre-ville repose «sur l'atmosphère, les divertissements, et les restaurants spécialisés plutôt que les bannières qu'on retrouve dans le secteur nord.» Le conseiller municipal du district de Cascades Jeannot Caron confirme d'ailleurs que ceux qui s'en tirent le mieux sont les petits commerces de produits de niche et ceux qui offrent un service personnalisé, bien qu'il juge que plusieurs auraient intérêt à développer leur site web pour garder le cap.

Perspectives

Maintenant si on prend un pas de recul pour regarder l'ensemble de la nouvelle situation, peut-être qu'une lueur vacille au bout du tunnel. Une analyse froide dirait que la population résidente du quartier n'est pas majoritairement riche, et que l'effet du commerce de proximité doit avoir ses limites pour faire vivre les restos et les produits de niche. On peut donc en conclure que la décision prise par la ville et la Société de développement du Centre-Ville, de libérer 124 cases de stationnement devient cruciale pour endiguer l'irritation de la clientèle venue de l'extérieur. Et qui sait, peut être que ces gens auront envie de se garer un peu plus loin quand la nouvelle Promenade deviendra le Montmartre maskoutain.  

Si le retrait des horodateurs est un bon incitatif, peut-on espérer que la ville les retire tous, et accole à toutes les cases de stationnement un répit de 2 heures gratuites? «Comme la ville a plusieurs engagements financiers, elle doit aussi assurer une part de ses revenus, ce n'est donc pas dans nos plans immédiats», de conclure monsieur le Maire.

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