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Face à un mur

La maison DESSAULLES mourra

Anne-Marie Aubin

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE SAINT-HYACINTHE ET AUX MEMBRES DU CONSEIL MUNICIPAL - Marie-José Raymond

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Marie-José Raymond
Crédit image : TVCOGECO

Ces jours-ci, le maire de Saint-Hyacinthe dit à qui veut l’entendre que la page est tournée dans dossier de la maison DESSAULLES !

Cette maison de l’avenue Hôtel-Dieu, vis-à-vis la cathédrale, a été construite vers 1850 et, jusqu’en 1930, a été la résidence de Georges-Casimir DESSAULLES, avocat, député, sénateur, homme d’affaires et maire de Saint-Hyacinthe pendant plus de 25 ans. Georges-Casimir DESSAULLES fut une figure emblématique de Saint-Hyacinthe, à l’époque un fleuron de la vie politique, économique et culturelle du Québec.

Mais ce n’est pas tout ! Sa fille, Henriette DESSAULLES, connue sous le pseudonyme de FADETTE, a été la première femme journaliste au Québec - sinon au Canada - écrivant à partir de 1910 au journal Le Devoir, fondé par son cousin, Henri Bourassa. C’est de sa chambre, au cœur de la résidence familiale des DESSAULLES, que Henriette a rédigé son Journal, sélectionné par le musée McCord comme un de ses 90 trésors. Ce journal a aussi obtenu le prix du Gouverneur Général pour la traduction anglaise de Liedewy Hawke (Hopes and Dreams, The Diary of Henriette Dessaulles) et ce livre est reconnu mondialement comme un chef d’œuvre de la littérature féminine.

Le dimanche 14 novembre 2010, un incendie dont l’origine demeure encore nébuleuse, a détruit le toit de la maison. Un rapport indépendant de la firme d’architectes Beaupré et Michaud, dont la renommée en architecture patrimoniale est incontestée au Québec, a confirmé il y a quelques semaines que l’incendie n’a pas causé de dommages directs au bâtiment à part l’annexe arrière et les mansardes du toît. Tout laissait donc croire que ce joyau du patrimoine serait sauvé !

Mais pour le maire et le conseil municipal de Saint-Hyacinthe, la page était déjà tournée !

La recommandation du conseil d’urbanisme de la MRC, envoyée en novembre 2010 à la municipalité et aux propriétaires de la maison DESSAULLES de couvrir le toit et d’assurer l’étanchéité du bâtiment durant l’hiver, n’a eu aucun écho ; ni la recommandation de s’adresser à des spécialistes pour guider la municipalité afin que les mesures essentielles à la sauvegarde de l’édifice soient mise en place ! Se contentant de l’avis de l’assureur de l’édifice, la municipalité a permis aux propriétaires d’opter pour la démolition et, en effet, le 3 février dernier le Courrier de Saint-Hyacinthe titre : « La doyenne redeviendra poussière ».

Alors qu’une plaque devant la résidence aurait pu laisser croire que la maison DESSAULLES était un des attraits patrimoniaux et touristiques exceptionnels de Saint-Hyacinthe, qu’elle avait été citée (ce qui ne côute rien à la ville et empêche les démolitions sauvages), eh bien, en fait ! la démolition était déjà prévue, les plans d’un nouvel édifice, entrepris.

Ni les deux interventions au conseil municipal d’un comité de sauvegarde, ni les mentions dans le Journal de Montréal, Le Devoir, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, La Lucarne, à Radio-Canada, à Cogeco, ni les exhortations publiques de Lise Bissonnette, n’auront réveillé le sens du devoir de conservation du patrimoine chez ces élus municipaux.

Non plus que les interventions du député auprès du maire et des conseillers, et malgré l’appui des différents paliers de gouvernement qui reconnaissent tous que devant l’urgence de la situation, seul le pouvoir municipal peut sauver la maison DESSAULLES. Rien ne fait bouger ce maire-amiral dont un des navires est en perdition, il n’en a rien à faire, lui dont le rôle est précisément de guider et d’inspirer les décisions de sa ville.

Aucune aide, aucune ouverture n’a été consentie par la municipalité, bien au contraire ! Même la consultation du rapport Beaupré et Michaud a été refusée aux membres du comité consultatif d’urbanisme de Saint-Hyacinthe qui doit approuver les plans du nouvel édifice remplaçant la maison DESSAULLES. La mémoire de Casimir DESSAULLES a même été ridiculisée dans une affiche publicitaire distribuée à tous les citoyens de la ville...

En cette fin du mois de mai, les intérêts particuliers semblent prévaloir sur les intérêts publics, la ville sachant bien que le temps joue en sa faveur. Cette semaine, le temps chaud accélèrera la dégradation de la maison qui n’a pas été protégée depuis l’incendie, et la page sera tournée !

NON, car les RESPONSABLES de cette destruction de notre patrimoine architectural (un escalier hélicoïdal exceptionnel, unique au Canada), de notre patrimoine culturel (aucun édifice n’est classé, ni même cité à Saint-Hyacinthe), de notre patrimoine littéraire (Fadette) laisseront en héritage à leurs descendants leur négligence, voire même leur mépris pour notre richesse collective et notre histoire ! Ils y figureront à ce titre.

Y a-t-il encore une chance qu’ils choisissent de sauver la maison DESSAULLES et leur réputation ?

Marie-José Raymond

Arrière-petite-fille de FADETTE

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Crédit image : TVCOGECO.

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  • Un maire et des conseillers historiques

    Sur la rue Girouard, à quelques pas des bureaux d’Intact, compagnie d’assurances, se dresse un vieux chêne de quelques centaines d’années. À lire cette lettre ouverte, il devient facile d’imaginer que si la Ville coupait ce chêne, elle l’utiliserait pour chauffer l’Hôtel de Ville.

    Les citoyens protesteraient, mais le maire et la Ville se défendraient en disant que brûler le chêne est ce qu’il y a de mieux à faire. Enfin, l’équipe de conseillers proposerait peut-être de faire diffuser sur les ondes de la télévision locale le foyer du bureau du maire qui, petit à petit, bûche par bûche, brûlerait le chêne. Non, la Ville n’exigerait pas qu’on en fasse des meubles ou des escaliers exceptionnels (hélicoïdaux, par exemple), des bibliothèques ou des tables de conférences littéraires ou politiques. Saint-Hyacinthe n’a que faire du patrimoine... Les citoyens protesteraient, mais la Ville ne les écouterait pas...

    Malheureusement, on ne peut reconstruire avec justesse ce qui est démoli (que ce soit une demeure ou une réputation). La nostalgie y arrive un peu, avec l’aide de la mélancolie, mais le tout ne tient pas vraiment.

    Je ne sais pas s’il existe une chance que le maire et ses conseillers renversent la vapeur. Mais une chose est certaine, qu’ils fassent démolir ou non cette demeure, ils écriront un pan de l’histoire de la ville.

     

  • Merci!

    Merci Martin pour cette belle réflexion poétique...

     

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